Ma parole!

S’avouer vaincue

Parfois notre corps a besoin de repos et on devrait l’écouter. S’avouer vaincue, oui, il le faut parfois, explique Geneviève Pettersen, qui associe encore répit et échec.

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Je n’aime pas m’avouer vaincue. C’est sans doute pour cette raison que je m’étais convaincue que je serais assez en forme pour aller au gym la semaine dernière. Je ne voulais pas faire faux bond à mon entraîneuse, même si je faisais 39 de fièvre et que j’avais l’impression qu’un dix roues venait de me passer sur le corps. Ne pas y aller, c’était comme avouer que je n’avais pas de volonté ou déclarer forfait. Rater ce rendez-vous sacré, c’était un genre d’aveu. L’aveu que je suis humaine comme les autres et que mon corps, même si je le pousse souvent jusque dans ses derniers retranchements, exige parfois du repos. Je sais que c’est fou mais je n’aime pas penser à ça. Je préfère me voir comme une superhéroïne que rien ni personne n’arrête.

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C’est dangereux cette façon de se percevoir. Quand ça m’arrive, quand je prends cette route-là et que je me mets à déformer la réalité, des signaux d’alarme devraient se faire aller dans ma tête. Je devrais être capable de me dire que j’exagère. Je devrais être capable d’arrêter. Mais, même si je sais cela, même si je me suis tellement déjà pété la gueule à me penser invincible, il m’arrive encore souvent de ne pas être capable de m’avouer que j’ai besoin d’une pause.

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Photo: iStock

Il n’y a pas que dans le domaine sportif que j’ai de la difficulté à établir mes limites. Cette attitude gouverne aussi les autres sphères de mon quotidien. Quand je suis malade, que j’ai mal ou que je suis fatiguée, j’ai la fâcheuse tendance à ignorer tous les signaux que mon corps m’envoie. Je me ramasse donc à travailler même si j’ai la migraine, à souper tard avec des amis même si je me meurs de fatigue ou à jouer au hockey cosom dans la ruelle malgré un problème de bandelette.

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C’est mon entraîneuse Valérie qui a su trouver les bons mots pour me faire sortir du cercle vicieux dans lequel je patauge malgré toute ma bonne volonté. Elle m’a fait comprendre que je devais donner à mon corps ce qu’il demandait, du repos. Elle m’a aussi dit que le repos était une partie importante de l’entraînement et que, sans lui, je n’irais pas bien loin. C’est simple, non ? Eh bien pour moi cette affirmation est un véritable sac de nœuds. Je suis incapable de ne pas associer répit et échec.

Comme je suis une bonne fille et que je désire vraiment m’entraîner sérieusement, j’ai écouté Valérie et je me suis reposée toute la semaine. Pas de gym pour moi. Pas de yoga. Rien, niet, nada. Hier, j’étais de retour sur le rameur pas mal plus en forme que si je m’étais imposé un entraînement malgré la maladie. Mais pendant que je ramais et que la chaîne s’en allait de tous les bords et de tous les côtés à cause de mon manque de technique et de concentration, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que, si j’étais venue au gym comme prévu, la chaine serait droite comme un i. Pour moi, prendre un temps d’arrêt, c’est m’avouer vaincue. Et je n’aime pas ça. Je n’aime pas ça du tout. Je vais travailler là-dessus. Promis, juré.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)

 

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