Sophie Grégoire Trudeau a besoin d’aide, nous autres aussi, et puis?

La première dame est la cible de plusieurs critiques depuis la semaine dernière, car elle a osé demander de l’aide pour gérer toutes les demandes de soutien à des causes qu’on lui envoie. Qu’est-ce que cela dit de la conciliation travail-famille? Et de l’aide aux mères? demande Marianne Prairie.

 

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Sophie Grégoire Trudeau est en train de diviser le Canada. Depuis qu’elle a accordé un entretien au journal Le Soleil, titré de façon assez sensationnaliste « J’ai besoin d’aide! », le pays s’entredéchire. Est-ce que notre première dame est une bourgeoise privilégiée qui dilapide les fonds publics sur du staff non essentiel ou un modèle féminin rafraîchissant, parce qu’enfin elle ose être honnête et demander du soutien? Choisissez votre camp, bonnes gens!

De passage à Donnacona où elle participait à une activité de l’organisme Fillactive dont elle est la porte-parole, Sophie (soyons intimes) a confié être dépassée par le nombre de demandes qui lui sont adressées : «J’ai un bureau chez nous sur ma table à dîner. On veut dépoussiérer un peu les vieilles méthodes (…). J’ai une personne qui m’aide à recevoir les demandes, à leur répondre, et on en a plus qu’on peut en traiter. »

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Elle explique trouver difficile de choisir entre les demandes d’aide et le soutien aux causes, « C’est épouvantable les lettres que je reçois, les personnes qui souffrent » et qu’elle souhaiterait en faire plus. Puis, elle ajoute (attention, voici LA citation qui fait jaser) : « Je voudrais être partout, mais je ne peux pas. J’ai trois enfants à la maison, puis j’ai un mari qui est premier ministre. J’ai besoin d’aide. J’ai besoin d’une équipe pour m’aider à servir les gens. »

Selon ce que je lis dans les médias anglophones et sur les réseaux sociaux, il semble qu’on aura retenu de cette déclaration que le milieu : « J’ai trois enfants à la maison, puis j’ai un mari qui est premier ministre. J’ai besoin d’aide. » Avec un tel message, pas surprenant que le Canada capote.

Photo: REX/Shutterstock
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Mais cette pseudo polémique autour de Sophie Grégoire Trudeau est-elle causée seulement par une question d’interprétation, une mise en contexte défaillante ou peut-être une traduction bâclée? Ce n’est pas sans rappeler le faux débat des nounous de la famille Trudeau qui faisait rage en novembre dernier. Si on conçoit que le premier ministre ait besoin d’employés pour faire son travail, qu’en est-il de sa femme, non élue de surcroît? Combien de personnes payées par nos précieux impôts est-il raisonnable d’engager pour la soutenir, elle? Pourquoi ne pas payer cette aide de sa poche? Les Trudeau en ont les moyens! Et qu’est-ce qu’elle fait de ses journées au juste, pour avoir besoin de toute cette aide? JUSTIFIE-TOI SOPHIE!

Je ne sais pas d’où devraient provenir les sommes pour payer les employés de Sophie Grégoire Trudeau. Je n’ai pas d’opinion arrêtée à ce sujet, surtout que « Première Dame du Canada » n’est pas un rôle officiel ici, aux responsabilités claires et aux engagements définis. Chaque femme de premier ministre décide bien de ce qu’elle veut en faire, mais je pense que Sophie utilise sa visibilité et son « pouvoir » à bon escient, avec une transparence et une candeur un peu surprenante.

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Mais lorsqu’on sort l’argument « Pourquoi je payerais pour elle? Moi, j’en ai pas d’aide! Qu’elle court, comme tout le monde! », je suis confuse. Pourquoi pénaliser des organismes de bienfaisance et des causes sociales qui profiteraient de la présence remarquée de Sophie Grégoire Trudeau? Ces dizaines de milliers de dollars en salaire ne sont pas retranchées du budget fédéral alloué à la prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE). Ce montant ne ferait pas de différence dans nos vies de famille de la classe moyenne s’il nous était redistribué.

Toutefois, je conçois complètement qu’il est choquant de voir une femme riche avoir accès aussi facilement à une panoplie de ressources. Pourquoi pas les femmes qui en ont davantage besoin? Cette injustice est bien réelle. La frustration est partagée par d’autres mères. Nous sommes une gang qui mériterait nounou et soutien administratif. J’en parlais justement la semaine dernière.

Croyez-vous que si on se démarre un organisme du genre « Mères épuisées de s’arranger toutes seules et qui voudraient avoir les moyens d’engager de l’aide », Sophie viendrait à notre collecte de fonds?

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)

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