Suis-je prisonnière de l’algorithme de Facebook?

«J’ai l’impression de vivre dans une bulle, un univers parallèle où tout le monde pense pareil et dit la même chose.» Geneviève Pettersen se demande si l’algorithme de Facebook n’est pas en train de modifier notre manière de comprendre le monde.

 

Ma_parole

Si comme moi vous naviguez sur les médias sociaux, vous devez savoir que ce qui gouverne cette mer agitée est une petite bête intelligente, calculatrice et, surtout, contrôlante. Son nom: algorithme. C’est l’algorithme qui régit, filtre et oriente tout ce que vous voyez sur les médias sociaux. En clair, c’est lui qui décide que vous allez lire le statut d’un chroniqueur influent avant celui de matante Gertrude. Et il est bien là, le problème.

Young woman wearing smartwatch using laptop computer. Female working on laptop in an outdoor cafe.
Photo: iStock

L’algorithme est calculé d’une façon «simple». Grossièrement, la visibilité des publications tient compte de 4 facteurs principaux :

– le créateur: l’intérêt qu’engendre l’utilisateur (profil ou page Facebook) qui publie le contenu;
– le post: la performance de la publication, c’est-à-dire l’engagement;
– le type: la publication préférée de l’utilisateur (statut, photographie, liens, vidéo);
– la récence: le degré de « fraîcheur » de la publication en termes de date.

 Source: Siècle digital

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En dehors de ces critères, point de salut. C’est la faute de ce calcul si vous avez l’impression que ce sont toujours les mêmes personnes qui s’expriment ou partagent du contenu sur les médias sociaux.

J’ai l’impression de vivre dans une bulle, un univers parallèle où tout le monde pense pareil et dit la même chose. Il est rare que défilent sur ma page Facebook des opinions divergentes de la mienne ou de mon cercle d’amis virtuel. Toujours juste un côté de la médaille. À cause de ce satané algorithme, tout le monde a les mêmes opinions et s’exprime sur les mêmes affaires, aime les mêmes choses et condamne les mêmes réalités. Ce sont les mêmes articles, chroniques et vidéos qui circulent, comme aimantés les uns aux autres. Et ce sont ces contenus mis de l’avant par l’algorithme qui finissent par former une mégaboule de neige qui écrase tout sur son passage.

C’est ma faute, vous allez me dire. J’ai juste à moins aller sur Facebook, à devenir amie avec des gens de la CAQ ou à liker la fanpage de Richard Martineau. Certes. Mais le problème est plus sournois que ça. J’ai vu défiler la semaine dernière bon nombre d’interventions où on remettait en question l’information qui circule sur les médias sociaux, lesquels sont devenus parmi les premières, sinon les seules sources d’info pour une grande partie de la population.

Moi-même, je lis chaque matin les articles qui défilent sur mon mur. Je vérifie la source et m’assure que les textes que je consomme proviennent de médias «crédibles», mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Ce n’est tellement pas le cas de la majorité que, lors du dernier droit de la campagne électorale américaine, beaucoup de gens ont cru – à tort – que le pape François appuyait Donald Trump. Tout ça parce qu’un article émanant d’un site de fausses nouvelles a été partagé des millions de fois et que l’algorithme s’en est de ce fait emparé.

Je pense à ça, et ça m’étouffe. Est-ce que mon existence, mes opinions et la façon dont j’appréhende le monde sont désormais régies par l’algorithme de Facebook? Peut-être aussi que j’écoute un peu trop la série Black Mirror, qui explore les côtés sombres de la technologie et ses effets sur la société. N’empêche qu’il y a quelque chose d’inquiétant dans ce bruit de fond uniforme dans lequel on se vautre à la journée longue.

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Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)

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