Les probiotiques sont-ils à la hauteur de leur réputation?

Ils se sont hissés au rang de produit phare grâce à leur prétendue faculté de renouveler le microbiote intestinal. Toutefois, beaucoup de recherches restent à faire.

 
Illustration: Flo Leung

Alors que les études ne cessent de confirmer l’importance d’un intestin en santé et son rôle dans les multiples aspects du bien-être, les suppléments de probiotiques continuent de jouir d’une énorme publicité. Qui rapporte gros. On parle de revenus de l’ordre de 66 milliards de dollars d’ici 2024, générés sur la base des nouvelles qui établissent un lien entre les bactéries de l’intestin et de nombreuses affections, de la dépression à l’obésité, en passant par la migraine et la maladie de Parkinson.

Les probiotiques auraient le pouvoir de coloniser le microbiote intestinal avec de «bonnes bactéries» lorsque celui-ci est mis en déséquilibre, soit à cause de la prolifération de «mauvaises bactéries» qui accompagne souvent une alimentation déficiente, soit par suite d’un traitement antibiotique ayant tué tant les bonnes bactéries que celles responsables de l’infection.

Bien que la plupart des experts reconnaissent le potentiel favorable à la santé des probiotiques, les preuves cliniques de tels bienfaits manquent le plus souvent à l’appel. Les probiotiques étant classés et régis comme des suppléments alimentaires et non comme des médicaments, ils sont soumis à des contrôles moins stricts. Qui plus est, on trouve sur le marché un grand nombre de produits, qui contiennent des souches de bactéries très diverses.

Dans une étude récente, on a cherché à vérifier si les individus ayant un bon état de santé général pouvaient retirer un bienfait des probiotiques. Les résultats de cette recherche, publiés dans la revue scientifique Cell par le docteur Eran Elinav, de l’Institut des sciences Weizmann, à Tel-Aviv, démontraient que chez 50 % des sujets en santé ayant pris les suppléments, ces derniers n’ont fait que passer tout droit dans leur microbiote intestinal, sans s’y attarder pour le coloniser. En termes prosaïques: ils entraient à un bout et ressortaient par l’autre.

Cette étude avait également pour but de valider l’un des effets les plus vantés des probiotiques, soit leur capacité de restaurer rapidement la flore intestinale après un traitement aux antibiotiques. Le groupe qui a pris des probiotiques après le traitement aux antibiotiques a mis plus de temps à retrouver un microbiote normal que le groupe témoin n’en ayant pas pris: le délai allait jusqu’à six mois pour le premier groupe, comparativement à trois semaines pour le second.

Comme l’a expliqué le docteur Elinav sur le site Medical Daily, ces résultats laissent entrevoir que des microbes personnalisés, ciblés, pourraient être plus efficaces que des probiotiques génériques pour rétablir la flore intestinale après la prise d’antibiotiques. (Étant donné que les femmes de 35 à 54 ans se voient prescrire 40 % plus d’antibiotiques que les hommes du même groupe d’âge, on peut penser que ces données rejailliront particulièrement sur la santé des femmes.)

Est-ce à dire que la popularité des probiotiques n’aura été qu’un feu de paille? Aurait-on exagéré leurs vertus? Selon Brett Finlay, microbiologiste à l’Université de Colombie-Britannique et coauteur du livre The Whole-Body Microbiome, il reste encore beaucoup à découvrir pour savoir quels probiotiques sont efficaces et à quelles fins.

«En fait, certains probiotiques sont efficaces pour certains problèmes, dans certaines conditions, pour certaines personnes», dit-il. Même si la recherche du docteur Elinav soulève une inquiétude en indiquant que les probiotiques pourraient retarder le rétablissement du microbiote après la prise d’antibiotiques, «plusieurs études cliniques démontrent que certains probiotiques sont efficaces à cette fin, en particulier dans les cas où l’antibiotique a causé de la diarrhée», ajoute le professeur Finlay.

Ce qui apparaît clairement, c’est que «les probiotiques semblent agir différemment selon les individus, une conséquence logique compte tenu de la diversité des microbiotes». (Selon une récente enquête de la BBC, on ne retrouverait que de 10 % à 20 % des mêmes bactéries intestinales d’un individu à l’autre.)

Comment savoir quels probiotiques sont les plus susceptibles d’améliorer son microbiote? Le professeur Finlay recommande de consulter le guide en ligne probioticchart.ca, qui dresse la liste de tous les probiotiques commercialisés au pays et les évalue en fonction des données cliniques compilées à leur sujet dans le traitement de problèmes de santé précis. Il compare cette recherche au choix de nouvelles chaussures de course: «Dans les boutiques spécialisées, on trouve des baskets pour tous les jours, des chaussures de jogging, de squash, de vélo… Elles ne sont pas toutes pareilles. Elles ont des utilités différentes. Je crois qu’il faut voir les probiotiques un peu de la même manière.»

Le professeur Finlay souligne que de toutes nouvelles recherches sont en cours pour développer les probiotiques de la prochaine génération: des capsules qui contiendraient un petit nombre de microbes aux propriétés déterminées pouvant cibler des problèmes spécifiques. «C’est un champ vivant!» dit-il. (Brett Finlay est cofondateur de Vedanta Biosciences, l’une des quelques entreprises qui se consacrent à ce domaine de recherche.) «Je pense que nous allons voir apparaître une gamme entièrement nouvelle et très prometteuse de véritables probiotiques, qui seront classés comme médicaments.»

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