Alléger sa vie

Se désencombrer, c’est s’offrir la liberté, la créativité, la quiétude. Et du temps, celui qu’on gaspille à jongler avec les objets et les obligations inutiles.

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Garder en sa possession un objet dont on n’a pas besoin est un vol », a déjà dit le mahatma Gandhi. Si on en juge par nos tiroirs, nos placards et nos garages qui débordent, nous sommes toutes un peu voleuses !

À l’automne 2007, un sondage Ipsos-Reid révélait que dans 84 % des familles canadiennes où le revenu annuel était de 60 000 $ ou plus, tous les besoins étaient satisfaits. Pourtant, quelques semaines plus tard, le magasinage des fêtes battait encore une fois des records. On consomme de plus en plus mais, surtout, on accumule, on entasse et on empile comme jamais. Et à cette pléthore d’objets s’ajoutent des obligations et des activités incessantes qui nous emportent dans un tourbillon si puissant qu’il peut nous faire perdre la maîtrise de nos vies.

Libérer les murs
Quand Chantal Landry a acheté son chalet en Mauricie, elle y a fait un méchant ménage ! Armoires démontées, mur abattu, meubles mis à la porte… « En même temps, dit-elle, je faisais le ménage dans ma tête. Je venais de vivre une séparation ; en dégageant les pièces, j’avais l’impression de faire de l’espace en moi-même. Je respirais mieux. »

À Montréal, où elle est coordonnatrice photo, elle a décroché à peu près tout ce qu’il y avait sur les murs de son trois-et-demie. « Je préfère ranger ce qu’on n’a pas besoin de voir. Je me sens plus légère dans un environnement sobre. » Froid, son appartement ? « Au contraire, mes amis me disent que c’est chaleureux ! J’ai peu d’objets, mais chacun a une histoire. » Vieil écriteau trouvé dans un champ près du Lac-à-Beauce, pittoresque boîte en bois marchandée dans une brocante à Saint-André-de-Kamouraska… « Je ne suis pas très consommatrice. Ne pas m’embarrasser d’objets me libère l’esprit. Je peux ainsi penser aux choses positives qui me rendent heureuse : jouer de la guitare, faire du sport. »

Faire le vide pour mieux faire le plein
Le temps de mettre de l’ordre dans sa vie est arrivé. Dégager la place, se délester du superflu, dire non au troisième téléviseur. Faire la même chose avec les obligations sociales et les relations qui grugent l’horaire sans apporter de plaisir. Bref, se redonner des droits sur son espace et sur son temps.

Les Américains appellent ce grand ménage uncluttering (désencombrement). Ils s’y connaissent : les mini-entrepôts où l’on peut empiler les objets qui ne trouvent pas de place dans la maison sont chez eux une véritable industrie, avec 32 000 entreprises et 55 000 employés. Ils y consacrent chaque année 6,6 milliards de dollars !

Doit-on pour autant se priver et adhérer mordicus à la « simplicité volontaire » ? Absolument pas. Il s’agit seulement de réapprendre à répondre à ses vrais besoins. Pour reprendre les propos de la Française Dominique Loreau, qui, séduite par l’art de vivre minimaliste des Japonais, a publié L’art de la simplicité (Robert Laffont) : « Il ne s’agit pas d’éliminer ce qu’on aime, mais de se débarrasser de tout ce qui ne contribue pas ou plus à notre bonheur. »

Se distancier des amitiés toxiques
La copine qui a le don de nous faire pester parce qu’elle est toujours en retard, celle qui ne donne des nouvelles que lorsqu’elle a une faveur à demander, cette autre encore dont la conversation tourne toujours aux ragots… Accepter de les laisser contrôler sa vie, c’est se faire injure à soi-même. La psychologue Janine Corbeil : « Invariablement, on finit par étouffer dans de telles relations. Alléger sa vie, c’est aussi apprendre à percevoir l’amitié que l’on donne comme un privilège que l’on consent aux autres. Et comprendre qu’on a le droit d’être respectée. » Avoir le courage de mettre cartes sur table, c’est :
· Parler franchement de ce qui nous dérange : « Je n’aime pas me sentir complice des rumeurs que tu colportes. »
· Proposer une solution quand on en a assez de servir de déversoir à frustrations : « Pourquoi ne vas-tu pas consulter ? »
· Manifester sa frustration au lieu de la refouler : « La prochaine fois, je t’attends pendant 10 minutes, pas une de plus. » Et tenir parole !
Et si ça ne fonctionne pas, prendre graduellement ses distances. Faire place à d’autres amitiés plus saines.

Un monde de surstimulation
D’où vient donc ce besoin de « tout remplir », aussi bien son emploi du temps que son garde-manger ? La psychologue Janine Corbeil, qui s’intéresse à la relation qu’on entretient avec ses objets et son cadre de vie, le croit lié à la peur du vide et à la « surstimulation » caractéristiques de notre époque. « Nous vivons, dit-elle, dans une civilisation qui nous demande beaucoup, mais qui nous donne aussi beaucoup. Quand nous passons des années à faire tourner la roue de plus en plus vite, il est normal de nous sentir perdus au moment de ralentir, devant une page blanche ou une armoire vide. » Alors on apaise ses angoisses en cherchant le réconfort dans le tangible, le concret, les possessions matérielles.

« Regardez les enfants, continue la psychologue : ils ont des horaires de ministre dès leur plus jeune âge. Bombardés d’informations parce que placés très jeunes devant la télé, beaucoup seraient incapables de se débrouiller pour passer une journée à s’amuser, comme nous le faisions à leur âge. Aujourd’hui, il faut leur organiser des activités. Une période de temps où rien n’est prévu les laisse complètement démunis ! » Janine Corbeil confirme qu’il existe un lien intime entre la maîtrise qu’on a de son environnement et la maîtrise de soi : « On met de l’ordre dans sa vie ou dans ses idées de la même façon qu’on met de l’ordre dans son placard. Quand on a perdu le contrôle de ce qui nous entoure, cela se répercute immanquablement sur notre état d’esprit. » Il est aussi difficile, ajoute-t-elle, de vivre avec un esprit encombré que dans un espace encombré.

Accepter ses limites
Marie-Annick Boisvert est une femme terriblement occupée. Créatrice de sa propre boîte de conception et d’organisation d’événements, elle est aussi l’une des fondatrices du festival de jeux vidéo Arcadia et est à l’origine de Breast Yourself, une soirée-bénéfice annuelle au profit du cancer du sein.

Au début de 2007, Marie-Annick a amorcé un virage. L’année 2006 avait été dure ; excessif, le nombre d’heures consacrées à Arcadia, souvent tard dans la nuit. « J’ai alors compris que je n’avais plus de plaisir à tant travailler. » Au retour de ses vacances des fêtes, elle décide de faire des choix. Elle vend ses parts dans Arcadia et entreprend de restructurer l’événement Breast Yourself. Elle se remet au sport. « Je ne me sens plus tenue d’accepter toutes les invitations. Ce n’est pas d’aller manger au resto le plus hot de l’heure qui compte, mais de partager un repas avec une amie, peu importe où. Je choisis le plaisir, je vais à l’essentiel. »

Marie-Annick dresse des listes des activités qu’elle souhaite faire et la respecte. « On peut avoir un emploi du temps très chargé et être heureuse. Mais il faut connaître ses limites, préserver son équilibre, rester à l’écoute de soi. Après une période de travail intense, je m’offre une récompense ! »

Le désarroi de la surabondance
Connaissez-vous la loi de Pareto, du nom du sociologue et économiste italien Vilfredo Pareto (1848-1923) ? Cette « loi », qui s’appelle aussi loi du 80/20, veut que 80 % des richesses dans le monde soient entre les mains de 20 % de la population. En l’étudiant, des chercheurs ont remarqué qu’elle s’appliquait aussi à une foule d’autres aspects de la vie. Ainsi, on ne porterait, 80 % du temps, que 20 % de ses vêtements ; dans 80 % des cas, on ne se servirait que de 20 % de ses objets, et ainsi de suite.

Alors pourquoi hésiter à passer en mode allégé, quand la surabondance ne rend même pas service ? On n’a qu’à penser à la valise qu’on emporte en voyage : 10 vêtements pour deux semaines et, chaque jour, on a une tenue qui convient. Dans ces conditions, comment se fait-il qu’on se gratte la tête tous les matins devant un placard grand comme une salle de bains ?

Sophie Legault, « organisatrice résidentielle » de profession, a fait partie de l’équipe de l’émission Le grand ménage, à Canal Vie. Elle a publié l’an dernier Vaincre le désordre, le comprendre pour l’éliminer (Publistar). « J’ai pu maintes fois constater le désarroi de gens qui ont littéralement perdu le contrôle de leur environnement tant ils ont emmagasiné de choses, relate-t-elle. Certains rêvent d’un endroit dans la maison où faire de la couture ou du dessin… mais c’est impossible, tellement il y a de boîtes, d’objets et de meubles qui occupent l’espace ! »

Réduire ses dettes
Le taux d’endettement moyen des ménages québécois, l’automne dernier, était de 123 % de leur revenu annuel net. De quoi faire de l’insomnie ! Comment alléger ce boulet et les inquiétudes qui vont avec ?

Au lieu de se demander où va l’argent, noter toutes ses dépenses.
Puis dresser son bilan (ce qu’on a, ce qu’on doit) avec l’aide d’un spécialiste en planification budgétaire ou d’un conseiller financier (celui de la banque où l’on fait affaire par exemple).

Ensuite, établir un budget mensuel et le respecter. Si besoin est, voir son conseiller pour consolider ses dettes de façon à n’avoir plus qu’un seul paiement mensuel à régler, qui sera prélevé directement dans son compte en banque. Pour un coup de main : Coalition des associations de consommateurs du Québec, 514 362-8623 / 1 877 962-2227.

Chaque jour un peu plus légère…
Pour Sophie Legault, trier les objets en fonction de l’espace dont on dispose est une sorte de rendez-vous avec soi-même. L’opération, à laquelle elle conseille de consacrer 15 minutes par jour, aura des effets immédiats sur son humeur et son niveau d’énergie. On remet en question l’utilité réelle de chaque objet. On garde, on range, on jette, on donne. Petit à petit, les résultats de cette opération se feront sentir. « Quand on peut s’offrir le luxe de ne plus tourner en rond pour chercher ses choses, qu’on n’achète plus en double et qu’on n’a plus à fouiller et à déplacer des meubles pour en débusquer d’autres, on gagne non seulement du temps, mais de la tranquillité d’esprit. » On respire !

Car alléger sa vie, c’est se donner deux outils précieux qui rendent chaque jour plus facile : du temps et de la liberté. Aux dernières nouvelles, ça ne s’achète nulle part…

Se déculpabiliser devant son assiette
Alléger sa façon de manger, c’est surtout décompresser face à la nourriture et cesser de s’encombrer l’esprit de tous les risques, petits et grands, auxquels nous expose notre fourchette. Trois pistes pour perdre des kilos de culpabilité et remettre le plaisir gourmand au menu.
• Dehors, les snobismes alimentaires. Qui nous oblige à assaisonner notre viande au sel de Guérande à 7 $ la boîte ? à courir 10 boutiques pour trouver le dernier ingrédient à la mode pour épater ses invités ? Après tout, on a toutes pu survivre jusqu’ici sans piment d’Espelette…
• Sus au superflu. Pourquoi faire de l’urticaire devant un comptoir réfrigéré qui propose des dizaines de types de lait différents – avec calcium, oméga-3, aromatisé, biologique et ainsi de suite –, quand on est restée en bonne santé jusqu’à maintenant avec du 2 % ?
• Un peu de tout, c’est bien meilleur. C’était le credo nutrition de nos mères, et elles n’avaient pas tort. La recette est simple : aliments frais et variés, beaucoup de fruits et de légumes, des portions raisonnables. Un dessert de temps en temps n’a jamais tué personne. Et ça évite de sombrer dans le cercle vicieux des perpétuels régimes et privations, tout en aidant à mieux gérer son appétit.

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