Santé

Quelle pilule choisir ?

Le sexe vous donne envie de bâiller ? Si le stress, la fatigue, la routine, les soucis financiers, les conflits ou la consommation de médicaments ne sont pas en cause, le contraceptif oral pourrait bien l’être… La Dre Louise Lapensée, gynécologue et obstétricienne à l’Hôpital Saint-Luc du CHUM, fait le point.

« Soyons clairs : aucune étude n’a démontré qu’un anovulant était meilleur qu’un autre pour la libido, explique la spécialiste. Votre médecin va procéder par essai et erreur, jusqu’à ce qu’il trouve le dosage hormonal qui vous convient le mieux. » Certaines pistes sont toutefois plus prometteuses que d’autres. Par exemple, on pense que la baisse de désir attribuée à la pilule s’expliquerait par le fait que, en transitant par le foie, les œstrogènes augmenteraient la production d’une protéine,la sex hormone binding globulin (SHBG) ou globuline spécifique, qui neutralise l’hormone du désir, la testostérone. Si l’on éprouve une baisse de libido, il serait donc logique d’essayer un anovulant plus faible en œstrogènes. « Il ne s’agit toutefois que d’une hypothèse », note la Dre Lapensée.

Des anovulants contenant moins d’œstrogènes

Parmi les pilules contraceptives offertes sur le marché, Alesse et Yaz 24/4 sont celles qui contiennent le moins d’œstrogènes, avec seulement 20 microgrammes. (À titre de comparaison, celles qui en contiennent le plus, comme Diane-35, renferment 35 microgrammes d’œstrogènes.)

Par rapport à Alesse, la pilule Yaz 24/4 détient toutefois un atout supplémentaire : elle contient un progestatif, appelé la drospirénone, qui comporte un effet diurétique. N’oublions pas que la pilule contraceptive contient des œstrogènes synthétiques et un progestatif (une hormone de synthèse similaire à la progestérone produite naturellement par les ovaires), mais en quantité assez importante pour simuler un état de grossesse et empêcher l’ovulation. « Si l’on est moins ballonnée et de mauvaise humeur, on sera peut-être plus disposée aux relations sexuelles, ajoute la Dre Lapensée. Mais, encore une fois, cette hypothèse n’est validée par aucune étude. »

Pas d’œstrogènes du tout… pas complètement efficace !

Si les œstrogènes sont en cause, pourquoi ne pas utiliser un contraceptif oral qui renferme seulement un progestatif, comme la pilule Micronor ? Réponse de la Dre Lapensée : « C’est une option possible, mais l’efficacité de cette pilule sera moindre que celle d’une autre combinant un progestatif et des œstrogènes. Pour diminuer les risques de grossesse, on doit donc la prendre à heure fixe, tous les jours. En fait, Micronor est surtout prescrite aux femmes qui allaitent ou aux fumeuses de 35 ans et plus, deux catégories de patientes pour lesquelles les œstrogènes sont déconseillés. »

Une autre piste à explorer

Comme le taux de SHBG augmente lorsque les œstrogènes passent par le foie, pourquoi ne pas utiliser des contraceptifs hormonaux qui libèrent les mêmes hormones, mais sans passer par le système digestif ? Deux exemples : le timbre contraceptif Evra, qui est appliqué sur la peau, et l’anneau NuvaRing, que l’on insère dans le vagin et qui les diffuse à travers la paroi vaginale. Là encore, leur effet sur la libido, bon ou mauvais, n’a jamais été démontré. « Mais on peut toujours les essayer », dit la Dre Lapensée.

Conclusion

Si vous attribuez votre manque d’intérêt pour le sexe aux contraceptifs oraux, votre médecin peut vous proposer une pilule faible en œstrogènes ou qui contient un progestatif différent. Il pourrait même vous proposer une méthode hormonale comme le timbre Evra ou l’anneau vaginal NuvaRing, mais sans en garantir les résultats. « Chaque femme est différente, et les médecins procèdent au cas par cas », précise la Dre Lapensée. Gardez toutefois en tête que lorsque l’on essaie un nouveau contraceptif, il faut attendre trois mois avant de savoir si la libido s’améliore : la plupart des effets secondaires – dont la perte de désir – se résorbant durant ce laps de temps.

« Certaines femmes sont plus sensibles à la contraception hormonale que d’autres, conclut la Dre Lapensée. Même en changeant d’anovulant, une petite proportion d’entre elles éprouvera tout de même des problèmes de désir. Pour celles-là, d’autres moyens de contraception, comme le stérilet ou le condom, sont disponibles. »

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