Anouk Jolin, passionaria de l’allaitement

Sa mission : accroître le taux d’allaitement des bébés suédois.

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Photo: Jenny Frejing

Photo: Jenny Frejing

Anouk Jolin a grandi à Granby et étudié à l’Université de Montréal et à McGill. À 36  ans, la voici à Falun, dans le centre de la Suède, investie d’une grande mission : accroître le taux d’allaitement des bébés suédois. Avec, à la clé, un budget de 1,2  million de dollars.

« L’allaitement est une fonction biologique de base mais, en Occident, nous l’avons en partie perdue, fait-elle valoir. En Suède, 97 % des femmes enceintes expriment le désir d’allaiter. Or, au bout de quatre mois, seuls les trois quarts des bébés sont toujours nourris au sein, et ce taux ne cesse de baisser depuis 1996. Beaucoup finissent par arrêter parce qu’elles n’ont ni l’information ni le soutien nécessaires. »

Anouk Jolin est arrivée en Suède il y a une quinzaine d’années, dans le cadre d’un échange étudiant – elle entreprenait alors une maîtrise en didactique. Elle y a rencontré un grand blond et a ensuite décidé de s’y installer. Plusieurs expériences de travail (prof de français, entre autres) et deux enfants plus tard, elle est maintenant à la tête d’Amningskurs för blivande föräldrar (Cours d’allaitement pour futurs parents), un programme qu’elle a créé en collaboration avec une école de formation continue, pour appuyer les Suédoises qui veulent allaiter mais n’y arrivent pas toujours.

 «Une vidéo de promotion de l’allaitement a fait jaser… Même dans ce pays progressiste, voir une femme nourrir son enfant au sein dérange.»

Amningskurs för blivande föräldrar s’adresse aux futurs parents et au personnel de la santé. Lancé en juin 2011, le programme devrait se poursuivre jusqu’à la fin de 2014. Subventionné par l’État, il emploie cinq personnes et une cinquantaine de formatrices rémunérées qui dispensent les cours à l’échelle du pays, selon des horaires très flexibles (matin, midi, soir, cours hebdomadaires ou intensifs). En avril, Anouk Jolin a reçu le prix suédois Bröstpriset 2014, qui récompense une initiative dans le domaine culturel encourageant l’allaitement. La jeune femme et ses collègues ont aussi organisé une campagne de promotion de l’allaitement en public, avec des affiches, des autocollants et un vidéoclip humoristique, « histoire de dédramatiser la chose ». La vidéo en question a beaucoup fait jaser. On a critiqué le fait que des femmes dénudent leurs seins, et des internautes anonymes ont lancé des menaces de mort… Même dans ce pays progressiste, voir une femme nourrir son enfant au sein dérange.

La passion d’Anouk Jolin pour le sujet remonte à l’enfance. Sa mère, médecin de famille dans un CLSC, s’y est intéressée dès les années 1970 et a beaucoup travaillé dans les pays en développement. « Autour de la table, chez nous, l’allaitement était un sujet de discussion prisé, dit Anouk. J’avais l’impression que, grâce à son travail, ma mère pouvait changer le monde. » Quand elle a elle-même eu des enfants, elle s’est d’autant plus sentie interpelée. La Québécoise et son équipe ont même décidé d’aller un peu plus loin en s’associant à Seins invisibles, une initiative à deux volets. D’abord, en septembre prochain à Stockholm se tiendra une exposition de 42 photos de seins et de femmes qui allaitent, de la photographe Elisabeth Ubbe. Puis un livre suivra, qui présentera lui aussi des poitrines de toutes les tailles, de toutes les formes et de toutes les couleurs. Les seins d’une quarantaine de madames Tout-le-monde, âgées de 15 à 80 ans. Une qui a allaité ses neuf enfants, une autre qui a utilisé le biberon, une autre encore qui a subi une mastectomie à la suite d’un cancer.

De quoi lancer la discussion. Et faire réfléchir.

La Suède en quelques chiffres*

  • 9,5 millions d’habitants
  • La Suédoise moyenne se marie à 32.5 ans, a en moyenne 1,9 enfant et vit jusqu’à 87 ans
  • Durée du congé parental rémunéré: 480 jours
  • 45% de députés à la Diète Nationale, le Parlement suédois
  • Écart salarial entre hommes et femmes: 15,8%
  • La Suède est au quatrième rang sur le plan de l’égalité (selon le Global Gender Gap Report 2013)

*Sources: The Global Gender Gap Report 2013, Banque Mondiale, Union interparlementaire, Gouvernement suédois, Eurostat

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