Société

Catherine Fournier: qui est la plus jeune députée provinciale?

À 26 ans, Catherine Fournier est députée de Marie-Victorin à Longueuil pour le Parti québécois, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’habitation, de condition féminine, de protection des consommateurs et de lutte contre l’homophobie et la transphobie.

Photo: Louise Savoie

Ce que je fais dans la vie

Je suis devenue, en décembre 2016, la plus jeune femme à siéger à l’Assemblée nationale du Québec. Mon travail est de représenter et d’aider les citoyens de ma circonscription, l’une des plus pauvres de la province. J’ai aussi un rôle de porte-parole et de critique du gouvernement dans certains dossiers, comme la défense des droits des LGBTQ2+.

Pourquoi j’ai choisi ce métier

Lorsque j’étais ado, j’aurais bien ri si on m’avait dit que je deviendrais députée ! Je rêvais d’être journaliste sportive – je ne manquais jamais un match de hockey et je connaissais par cœur les statistiques. Je ne viens pas d’une famille politisée, mes parents ne parlaient jamais de politique à la maison, sinon pour dire que les «politiciens sont tous pareils ». Le déclic s’est fait progressivement à partir du cégep, grâce à des amis qui m’ont traînée à des activités militantes.

Mon dada

Les robes. J’en ai tellement, ça n’a pas de sens ! Et je les porte à l’année. En fait, si vous me voyez en pantalon, ce sera un jour à marquer au calendrier. J’ai seulement un ou deux jeans. Quand j’ai une soirée ordinaire avec des amis, je ne sais pas quoi mettre ! Je suis très féminine – j’aime le chic, la dentelle et les paillettes.

Je ne sors jamais sans…

L’alliance de mon arrière-grand-mère, que m’a léguée ma grand-mère l’an passé à son décès. Cette dernière était pour moi comme une seconde mère. Elle a habité avec nous pendant 13 ans. Je suis heureuse qu’elle ait eu le temps de me voir devenir députée. Elle s’en vantait à tout le monde ! [Rires] Être aussi près d’elle m’a rendue très sensible à la solitude et à la maltraitance que vivent bien des personnes âgées. Si j’avais à choisir un dossier comme ministre, ce serait celui-là.

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À quoi ressemble mon quotidien

Quand je suis à Québec, du mardi au jeudi, dès 6 h, je consulte les nouvelles afin de me préparer à la période de questions à l’Assemblée nationale. Ensuite, j’enchaîne les rencontres et les réunions de comités, qui s’étirent parfois jusqu’à 22 h 30. Le reste de la semaine, dans ma circonscription, je suis sur le terrain avec les citoyens. Ça me permet de tisser des liens avec eux et de comprendre leur réalité, mieux que si je restais à mon bureau à l’analyser sur papier.

Ce que je dois améliorer

Je trouve que mon mode de vie n’est pas sain. Je mange trop souvent au restaurant, je ne dors pas assez et je ne fais pas d’exercice (quoique, à l’Assemblée nationale, je marche l’équivalent de 5 km par jour d’une salle de réunion à l’autre – je l’ai calculé avec mon podomètre !).

Ma routine beauté

Ça ne me gêne pas du tout d’être au naturel, mais j’adore me maquiller. Quand j’étais étudiante, j’étais cosméticienne dans une pharmacie, et je dépensais mes paies en produits de beauté ! J’apprécie les marques Clarins, Vichy et Lise Watier. Mes petites gâteries : les faux cils et les manucures.

Un livre qui m’a marquée

L’insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera, pour sa manière d’exposer les dilemmes humains. Cette lecture m’a forcée à me questionner sur le sens des relations avec les autres – j’en étais déstabilisée à chaque page ! On ne peut pas rester impassible en lisant ce livre, il nous incite à l’introspection.

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Photo: Louise Savoie

Sur les réseaux sociaux, je suis…

Tous mes collègues, des humoristes, quelques influenceuses comme Marilou, de Trois fois par jour, Andréanne Marquis, des vêtements Womance, Maripier Morin… Je suis très à l’aise avec les outils tels que Facebook et Instagram, ce qui est encore peu commun chez les députés.

Un de mes grands défis

Arriver à concilier une éventuelle vie amoureuse et familiale avec la politique. C’est faisable, je crois, à condition de savoir prioriser ses activités. Ce que je ne fais pas en ce moment… De nature intense, je dis oui à tout et je multiplie les projets. Je devrai apprendre à mieux gérer mon temps pour être en couple et avoir des enfants. Mais je me demande tout de même quel homme accepterait mon mode de vie…

Ce qui me choque

La pauvreté. Je trouve incroyable qu’en 2018, il y ait tant de gens au Québec qui vivent dans des conditions de pauvreté inimaginables. J’en vois au quotidien…

Une valeur à laquelle je tiens

L’honnêteté. Je suis très préoccupée par la perte de confiance des citoyens vis-à-vis de la classe politique. Faire du Québec un pays indépendant est mon plus grand rêve, la cause pour laquelle j’ai commencé à m’impliquer, mais parfois je me dis : « Comment peut-on penser bâtir un projet de société si on n’a plus confiance dans la politique elle-même ? » C’est à nous, députés, de reconstruire cette confiance. Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression que la vaste majorité d’entre nous, tous partis confondus, se sont engagés pour les bonnes raisons et n’ont jamais été pris dans aucun stratagème de corruption.

Une leçon que j’ai apprise

J’ai dû me construire une carapace lors de la course à l’investiture pour remplacer Bernard Drainville dans la circonscription de Marie-Victorin (que j’ai remportée). C’était une campagne électorale à l’interne, plusieurs membres du PQ étant intéressés par ce poste. Or, le combat se faisait moins sur les idées que sur la personnalité. J’ai trouvé ça extrêmement difficile ! Il y a eu beaucoup d’attaques personnelles. Je suis passée au travers sans trop me laisser distraire de mon objectif. Je suis plus forte que je le pensais.

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Un conseil aux filles

On me demande souvent si la politique est un boys’ club, étant donné que les femmes y sont minoritaires. En fait, je ne me suis jamais sentie exclue à cause de mon sexe – il y a eu une belle évolution. Aussi, j’ai été étonnée qu’au quotidien, l’ambiance à l’Assemblée nationale ait si peu en commun avec le côté macho des périodes de questions qu’on voit à la télévision et qui sont vraiment un spectacle. Beaucoup de filles hésitent à aller en politique parce qu’elles ne se reconnaissent pas dans cette dynamique axée sur la confrontation, mais ce n’est qu’une perception. Moi non plus, je n’aime pas les excès de partisanerie. Même si je suis une personne discrète et posée, je sens que j’ai ma place et que je suis entendue.