Du botox dans le portefeuille

Ceci n’est pas une chronique financière.

 
Photo: Sinisa Botas/Veer

Combien dépensez-vous en soins et produits de beauté ? En comptant le coiffeur, les séances chez l’esthéticienne et les razzias dans les rayons de cosmétiques des pharmacies et des grands magasins ? Facilement 1 000 $ par année, sans doute. Et peut-être pas mal plus, surtout si vous êtes née avant 1970.

Non, pas question de dire que c’est du gaspillage. J’ai appris que la beauté est importante dans la vie. Notre reportage sur les salons de beauté haïtiens, de la photographe Émilie Régnier et de la journaliste Paule Robitaille, le prouve encore une fois.

Non, ce n’est pas du gaspillage (jusqu’à une certaine limite, quand même…). Mais pourquoi ne pas nous arranger pour en avoir davantage pour notre argent ? Comment ? En investissant dans ces entreprises, tiens ! C’est nous qui les faisons vivre. Devenons leurs actionnaires. Au moins une partie de notre fric va nous revenir.

Un reportage économique paru récemment dans le magazine Newsweek m’a sauté au visage : c’était une entrevue avec le P.-D.G. d’Allergan, la grande entreprise pharmaceutique qui commercialise, entre autres, le Botox, des implants mammaires et des produits de remplissage cutanés (les fillers, ces injections qui nous assurent un air de jeunesse tout en faisant la fortune des dermatologues).

Ce charmant monsieur est quasiment mort de rire (et sans rides). La raison : alors que l’économie de la moitié de l’Europe est aux soins intensifs, que les États-Unis ont du mal à se remettre de la crise de 2008, que les entreprises pharmaceutiques partout dans le monde réduisent leurs dépenses, sa société, elle, surfe sur une vague de croissance de plus de 10 % par année. Même en 2009, au moment où ils avaient le moral en bas de zéro, les Américains (et surtout les Américaines) ont continué d’augmenter leur consommation de Botox…

Et c’est loin d’être fini. Parce que les millions de baby-boomers occidentaux qui vieillissent sont prêts à dépenser pour que personne ne s’en aperçoive. Parce que les Chinoises, les Indiennes, les Européennes de l’Est, les Latino-Américaines, à mesure qu’elles font plus d’argent, se découvrent elles aussi l’envie de se payer une poitrine hollywoodienne. À eux seuls, les marchés indien et chinois représenteraient un pactole de 10 billions de dollars pour ces produits esthétiques. Dix billions, c’est 1 suivi de 13 zéros, 10 millions de millions de dollars.

C’est beaucoup de sous, ça. Alors, dites-moi, qu’est-ce qu’on attend pour devenir actionnaires de ces entreprises ? Après tout, le fric qu’elles font, c’est en grande partie de nos poches qu’il provient.

Une seringue de Juvederm dans les pommettes, c’est bien. Avec une dose de Botox dans mon REER, c’est encore mieux.

 

louise.gendron@chatelaine.rogers.com

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