Société

Derrière l’histoire de Marie

Il y a un an, notre collaboratrice Marie Dagoult nous racontait son histoire d’amour avec un Pachtoune fondamentaliste rencontré sur Facebook. « Oui, je le veux ?» vous avait fait réagir fortement. Et nous aussi. Nous voulions la suite. La voici.

Marie-Reine Mattera

I l y a un an, notre collaboratrice Marie Dagoult nous racontait son histoire d’amour avec un Pachtoune fondamentaliste rencontré sur Facebook. « Oui, je le veux? » vous avait fait réagir fortement. Et nous aussi. Nous voulions la suite. La voici. Lisez-la ici. Puis revenez…

Marie Dagoult n’est pas mon amie. Je ne l’ai même jamais rencontrée. Elle avait téléphoné à Châtelaine il y a plus d’un an pour une raison professionnelle. Nous avions jasé. Au détour d’une phrase, elle avait mentionné son idylle avec un Pakistanais religieux, conservateur (et marié!), mais si romantique… Elle songeait à l’épouser.

Ça m’avait sciée. « Quel âge avez-vous, madame? lui avais-je demandé. Elle avait 50 ans, avait voyagé et travaillé partout sur la planète. « Donc, vous savez ce que pensent les gens de tout ça? » ai-je con­tinué. « Oui! Mes parents, ma soeur, mes amis, tout le monde me l’a dit. Mais c’est l’homme de ma vie. »

Consultée, toute l’équipe du magazine a jugé l’histoire fascinante. J’ai donc demandé à Marie de la raconter. Pour nous permettre d’entrer dans sa tête. Pour comprendre comment se vit, de l’intérieur, une situation si facile à condamner de l’extérieur. Il n’y a que les poissons qui ne savent pas qu’ils sont dans l’eau…

« Oui, je le veux? », publié en août dernier, a suscité une avalanche de courrier. L’immense majorité des commentaires allaient de « Pauvre petite fille » à « Pauvre conne ». Marie (qui n’est ni une pauvre fille ni une conne) n’en a pas été étonnée. Elle savait bien que sa relation avait tout pour être compliquée. Elle le vivait chaque jour. Son Pachtoune et elle habitaient des continents différents. Il était marié. Il l’aimait, elle, mais détestait l’Occident. Il ne pouvait concevoir qu’elle vive libre, qu’elle voyage seule, qu’elle boive du vin. Quand ils étaient ensemble, ils se querellaient souvent. Et quand ils ne pouvaient se voir pendant de longues périodes, ils se querellaient quand même (merci Skype!).

Les mois ont passé. Marie et moi sommes restées en contact. Je m’inquiétais pour elle. Elle aussi, parfois, s’inquiétait pour elle-même. Elle oscillait entre l’espoir et le découragement. Mais elle ne voulait pas renoncer.

Le texte que nous publions ce mois-ci témoigne de toutes ses contradictions. C’est le regard d’une femme qui a choisi de suivre son coeur malgré tout. En se doutant bien que c’était probablement une erreur. Mais en espérant que, peut-être, le coeur pourrait gagner. Quelques mois après son mariage, elle vit les mêmes craintes, les mêmes joies qu’avant la cérémonie. Mais plus intensément.

Elle m’a téléphoné la semaine dernière. De son lointain Pakistan, elle avait besoin de parler. Elle s’ennuyait ferme dans son bel appartement qu’elle ne quitte pratiquement jamais. Elle m’a presque dit qu’elle sait que ce mariage ne durera pas. « Mais j’avais besoin de le vivre. »

Publier son histoire ne signifie pas l’endosser. Ni la condamner. Mais permet, peut-être, d’ouvrir une porte sur la difficulté à se dépatouiller entre la raison et les dix millions d’émotions qui font que nous sommes ce que nous sommes.

Léonard de Vinci, qu’on ne peut soupçonner d’imbécillité, a paraît-il entretenu pendant des années une relation avec un garçon qui n’avait qu’un seul talent : mener son chum par le bout du nez…

Et vous? Vous êtes-vous déjà embarquée dans une relation amoureuse qui, pour tout le monde (sauf vous), n’avait aucun bon sens? En avez-vous tiré quelque leçon? Nous attendons vos réponses et commentaires.

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