Lâchée lousse

Une forêt dans ma cour

Le projet de Louise Gendron: faire de son jardin un habitat naturel dûment certifié par la Fédération canadienne de la faune. Facile?

Lache_lousse

Vous avez vu, dehors ? Il n’y a plus de neige et il ne fait pas -95°. Vous êtes peut-être en train de sortir les chaises du cabanon ou d’accrocher la table rabattable à la balustrade du balcon. Enfin ! À nous les après-midis de lézard et les soupers d’amis sous les lilas.

Cette année, je ne veux pas être la seule à jouir du minuscule paradis qui s’étend au-delà de la porte de ma cuisine. Je veux inviter la nature. La vraie. Mon projet pour l’été : faire de mon jardin un habitat naturel dûment certifié par la Fédération canadienne de la faune, qui ajoutera les 900 pi2 de mon arrière-cour aux millions d’hectares d’habitat faunique que compte le pays.

Déjà l’idée me fait plaisir. Voilà une façon accessible d’agir pour l’environnement. De changer les choses sur 900 pi2.

Pas besoin d’adopter un caribou ou d’inviter une famille de ratons laveurs à crécher sous sa terrasse. Ni de laisser son jardin à la française se transformer en jungle boréale. Un bain d’oiseau et un petit arbuste à fruits suffisent à convertir votre balcon du troisième étage en refuge pour insectes pollinisateurs, oiseaux et papillons. Votre jardin urbain est déjà aménagé ? Pas de problème. Troquer l’engrais chimique contre le compost ou le fumier, renoncer aux poisons que sont les pesticides et les herbicides, ajouter une mangeoire et un diffuseur de bruine, et le tour est joué.

La dernière étape consiste à remplir le court formulaire sur le site de la Fédération canadienne de la faune et à y joindre un croquis et quelques photos de votre petite forêt personnelle. On vous enverra un document officialisant la démarche et on ajoutera votre jardin sur la carte des habitats naturels du Canada.

Une fois que l’on est engagé sur ce chemin, l’envie d’aller plus loin pousse toute seule. On se surprend alors, chez le pépiniériste, à choisir des plantes indigènes, plus accueillantes pour les animaux qui essaient vaillamment de survivre dans nos villes et nos banlieues. Sans compter que ces végétaux, par définition, se débrouillent très bien sans aide. Fini les hideux fantômes de jute sur son terrain tout l’hiver. Fini les séances d’arrosage. Bonjour jaseur boréal, cardinal, paruline jaune…

On y gagne quoi ? « Un magnifique spectacle dans sa fenêtre, un bout de nature sauvage à soi, un immense plaisir pour pas cher. Et une grande fierté », répond Diana Ackroyd. Quand elle s’est installée avec son mari en Nouvelle-Écosse, cette Ontarienne d’origine s’est amusée à faire certifier son jardin tout neuf. Puis elle a embarqué son village dans sa folie. « On parle tout le temps d’écologie, dit-elle. On s’inquiète pour la planète, et on a l’impression de ne pas pouvoir changer grand-chose. Faire certifier son jardin, c’est augmenter, pour vrai, la proportion du territoire canadien considéré comme habitat faunique. Ce n’est pas rien. » Et grâce à Diana, Lawrencetown, petit village de 600 habitants ancré dans la baie de Fundy, est la seule municipalité du Canada à avoir acquis ce statut officiel !

Allez donc comprendre comment il se fait que moins de 1 000 Canadiens (dont une soixantaine de Québécois) aient pris la peine d’entreprendre cette démarche depuis le début du programme, ajoutant ainsi 24 hectares (près de 4 millions de pieds carrés) à cet espace faunique collectif !

Pour écrire à Louise Gendron: louise.gendron@chatelaine.rogers.com

Pour réagir sur Twitter: @lou_gendron 

Photo: Istock by Getty Images

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