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Le bonheur protège-t-il du cancer?

Ce n’est pas d’hier qu’on tente d’établir un lien entre les émotions et le cancer. La nouveauté? C’est un radio-oncologue qui s’exprime aujourd’hui.

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I l ressemble à un premier de classe, mais il est aussi très cool. Radio-oncologue et chef du service de
radiochirurgie à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, le Dr Christian Boukaram est également un expert du système nerveux. Tout un curriculum pour un gars de 34 ans. L’automne dernier, il a publié Le pouvoir anticancer des émotions, qui est vite devenu un best-seller. Et l’objet d’une certaine con­troverse.

Ce n’était pourtant pas le premier à établir des liens entre l’état psycholo­gique et le cancer. Il y a eu, entre autres, le Dr Jean-Charles Crombez, psychiatre et psychanalyste au CHUM, qui a créé la méthode ECHO visant à favoriser la guérison, et le neuropsychiatre français David Servan-Schreiber.

« Il y a 10 ans, je n’aurais jamais pu écrire un tel livre, note le Dr Boukaram. Mais depuis quelques années, les preuves scientifiques se sont multipliées. »

D’abord, on a découvert que les cel­­lules cancéreuses étaient pourvues de récepteurs d’adrénaline. Et que cette hormone, sécrétée par le corps en période de stress, accélère leur propagation. 

Mais il y a plus. Plusieurs études relient les deuils mal résolus à l’apparition du cancer, fait-il valoir. « Les cellules anormales se multiplieraient trois fois plus vite lorsque nous éprouvons un sentiment de désespoir. » Inquiétant?

C’est, justement, ce que certains reprochent au livre : essaie-t-on de nous rendre responsable de notre cancer parce que nous n’avons pas su cultiver la pensée positive? En plus d’être déprimé, va-t-on se retrouver avec une tumeur?

« Ce serait simpliste », dit le médecin. Reste que l’angoisse, le stress chronique, la dépression ou l’isolement social constituent des facteurs de risque supplémentaires. En plus d’affaiblir les défenses naturelles du corps, la souffrance psychologique nous incite à adopter de mau­vaises habitudes de vie, qui seraient pro-cancer. « Si vous êtes inquiet ou stressé, vous risquez plus de fumer, de mal manger ou d’abuser de l’alcool », dit-il.

Faut-il vivre sous une cloche de verre pour se protéger du stress? Le médecin a un petit rire. « Sortez de l’isolement. Entretenez l’amitié. Entourez-vous de gens qui vous aiment comme vous êtes. Prenez conscience des émotions qui vous habitent et ne laissez pas votre ego prendre toute la place. Enfin, si vous le pouvez, développez votre spiritualité. »

Nourrir un sentiment de bien-être et de paix intérieure favoriserait aussi la guérison, selon le Dr Boukaram. Il a d’ailleurs fondé CROIRE, organisme qui, appuyé par la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, apporte un soutien psychologique et social aux patients, entre autres par l’art-thérapie et le yoga. « Les groupes de soutien ne sont pas seulement bénéfiques pour le moral des patients mais peuvent aussi améliorer leur condition médicale », dit-il. Le Dr Dean Ornish, de l’Université de San Francisco, a même démontré qu’un programme de bien-être pouvait faire régresser la maladie. On parle ici, notamment, d’interactions personnelles, de régime alimentaire et de techniques de respiration et de visualisation. Au bout de trois mois, des biopsies ont révélé que certains gènes liés aux cancers de la prostate et du sein étaient « désactivés ».

« Prenez l’effet placebo, ajoute l’oncologue. Des patients vont mieux parce qu’ils ont cru qu’on leur donnait un médicament puissant, alors qu’ils n’avaient absorbé qu’un comprimé de sucre. On constate ainsi l’effet potentiel du mental sur le corps. »

Pour soigner aussi bien l’un que l’autre, de grands centres américains de traitement du cancer offrent des approches complémentaires, comme l’acupuncture et la méditation. « Au Québec, les patients des centres universitaires y ont aussi de plus en plus accès », précise-t-il.

Lui-même utilise l’hypnothérapie auprès de ses patients pour maîtriser la douleur et diminuer les effets secondaires des traitements. Bien sûr, il ne promet pas de miracle. « Il s’agit seulement de reconnaître que l’esprit et le corps ne sont pas séparés par une barrière étanche, mais qu’ils forment un tout », conclut-il.

Le pouvoir anticancer des émotions
, Dr Christian Boukaram,
Les Éditions de l’Homme, 22,95 $ (papier), 17,25 $ (version numérique).

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