Vivre sans enfants

Catherine-Emmanuelle Delisle ne deviendra jamais maman. Pour apprivoiser son chagrin, elle a créé une communauté en ligne qui s’étend jusqu’en Europe et en Afrique.

  1
Jocelyn Michel

Photo: Jocelyn Michel

La vie de Catherine-Emmanuelle Delisle est pleine de bambins. Ceux de ses amies. Et tous ceux à qui, depuis plus de 10 ans, elle enseigne la musique, l’art dramatique ou le français. Mais elle-même n’en a pas. Et, drame pour elle, n’en aura jamais.

Elle cherchait une gang de filles avec qui surmonter son chagrin et apprendre à aimer la vie malgré tout. Elle n’en a pas trouvé. Alors elle a créé le blogue Femme sans enfant. Depuis, elle écume le Web et les médias pour traquer toutes les infos, toutes les histoires, tous les témoignages qui touchent à son sujet. Elle fait aussi des entrevues avec des femmes, certaines connues (comme Pénélope McQuade et Geneviève Brouillette), d’autres non, qui, par choix ou à cause des circonstances de la vie, n’ont pas eu d’enfant non plus. « Ce projet, c’était presque un processus thérapeutique, admet-elle simplement. Je cherchais tout ce qui pouvait m’aider. Et j’ai voulu partager. »

Son blogue, mis en ligne il y a un peu plus d’un an, a reçu au-delà de 27 000 visites et est devenu un point de rencontre pour des femmes (et des hommes) aux prises avec cette réalité, au Québec et dans toute l’Europe francophone.

Catherine-Emmanuelle sait qu’elle est infertile depuis que, à l’âge de 14 ans, attendant toujours ses premières règles, elle a consulté un spécialiste. Et appris qu’elle souffrait d’aménorrhée inexpliquée et de ménopause précoce. Ce qui signifiait qu’elle n’aurait jamais de règles et resterait donc infertile. « Un choc, dit-elle. Mais à cet âge-là, on est loin de l’idée de maternité. Je n’ai pas vraiment compris ce que ça impliquerait. »

Quand elle a eu 16 ans, les médecins ont déclenché une puberté artificielle qui lui a fait vivre toutes les étapes de l’adolescence en moins de six mois. Puis elle a vécu sa vie. A fait des études, est devenue enseignante.

Le vrai choc, la grande remise en question sont venus au début de la trentaine, quand elle a vu ses amies tomber enceintes, allaiter, pouponner. « Je me suis sentie exclue, dit-elle. Je me sentais seule au milieu d’un océan de familles. »

Depuis, elle a lu des études et des reportages, recueilli des dizaines de témoignages, découvert des femmes qui, même sans enfant, vivent une existence pleine, riche et utile. Son chagrin fait tout doucement place à autre chose. Son prochain objectif : transformer le blogue Femme sans enfant en site Web complet, créer une communauté et, espère-t-elle, aider d’autres femmes à emprunter le même chemin qu’elle.

 

À lire : L’une n’a pas aimé être enceinte, l’autre a détesté allaiter…  Quand maternité rime avec calamité.

Impossible d'ajouter des commentaires.