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Ma peur du pantalon blanc et autres phobies irrationnelles

Le pantalon blanc, notre chroniqueuse (ronde) en avait une peur bleue. Puis un jour, elle a essayé de l’apprivoiser. Et l’a trouvé pas si effrayant que ça, finalement…

JoanieSauf pour ma taille plutôt fine, j’ai une silhouette empâtée. Bras mous, seins lourds, ventre rebondi, fesses tombantes, hanches larges, cuisses épaisses. La totale, quoi. Ceci dit, mes proportions sont assez bien balancées pour me permettre de porter presque tout sans que les tissus tirent, plissent ou bâillent. «Presque tout», c’est la classique garde-robe taille plus: des vêtements noirs ajustés mais pas trop, des jeans taille haute, des vestons longs, des jupes ligne A, des robes cache-cœur. C’est aussi une tonne de pièces tendances comme des robes cintrées, des pantalons larges, des salopettes, des hauts écourtés, des jeans skinny, des shorts troués. Presque tout ce qu’on me répète qu’une femme ronde ne devrait jamais porter, à chaque jour, depuis toujours.

Photo: Maude Chauvin

Photo: Maude Chauvin

C’est drôle, quand on y pense. La mode a été créée pour nous habiller et nous mettre en beauté, et nous, ce qu’on a trouvé de mieux à rajouter, c’est des guides d’instruction. Quoi porter ou ne pas porter, selon la forme de son corps. Des tonnes de recommandations, pas beaucoup d’exceptions. Des règles strictes, presque des lois, qu’on se sent fautive de transgresser. Même si je comprends ça et que je fais ce qui me plaît, que j’aime mon corps comme il est et que je connais l’industrie de la mode comme si je l’avais tricotée (j’y œuvre depuis huit ou neuf ans), j’ai aussi, comme tout le monde, des petites phobies. Et une grosse: le pantalon blanc. Pas les maillots, pas les sous-vêtements, pas les robes de grands soirs; le simple pantalon blanc.

Lui et moi, on ne vit pas sur la même planète. On ne respire pas le même air, on ne parle pas le même langage. On ne se connaît pas, ou presque. Il me fait peur, sans que je sache trop pourquoi. Au fil des ans, je me suis inventé des excuses pour ne pas le porter: il a l’air trop serré, trop transparent, trop propret. Pas pour moi, ce style-là. Puis, en début d’année, quand j’ai enfin décidé de bien m’aimer et d’adopter les tendances à ma façon, j’ai fait une liste de choses que je voulais enfin oser: la minijupe en suède, le crop top, le jean déchiré, la robe maxi moulante. Check, check, check, check. Le pantalon blanc? Angoisse.

Par un beau dimanche, j’ai pris la route vers la Place Rosemère avec une amie, en direction du H&M comprenant une section taille plus. Dès que je suis entrée, je l’ai vu. Il était là, accroché, fier et droit. L’air de dire: «Essaie-moi, juste pour voir.» Je l’ai accompagné dans les cabines, gênée. Je l’ai enfilé, traumatisée. Puis, miracle: ce jean blanc m’allait. Il m’allait bien. C’est sûr, ce n’est pas le vêtement qui m’avantage le plus – il met mon surpoids en valeur, souligne mes courbes, révèle une pointe de cellulite. Mais vous savez quoi? Je m’en foutais alors, je m’en fous autant maintenant. Comme pour la robe moulant mon ventre, la camisole montrant mes bras, le short exhibant mes cuisses, je me suis dis: «Oui, et puis?». L’idée, c’est de s’habiller pour soi, non? De se trouver belle et sexy? D’être bien dans ses fringues et dans son corps? Le combat d’une vie, sans aucune doute. À gagner à petits pas, un pantalon blanc à la fois.

À VOIR: On a demandé à Joanie Pietracupa de démanteler les pires clichés associés aux rondes… Sa réponse en vidéo!

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