Femmes en politique: qui a peur des vilains quotas?

Candidatures féminines: faites-vous à ce point confiance aux chefs des partis?

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Photo: iStock.com/nito100

Près d’un candidat sur deux (45 %) est une femme, apprenait-on au début du mois. Alors voilà, célébrons en choeur, car la parité, c’est réglé. Et les maudits quotas contraignants n’auront pas été nécessaires pour y arriver!

Voilà, grosso modo, ce que j’ai lu à plusieurs reprises ces derniers temps sur les réseaux sociaux et dans certains textes, dont une chronique de Claude Villeneuve, du Journal de Québec. Il estime que «pour avoir une classe politique représentative, ce n’est pas de quotas dont les femmes ont besoin, mais bien d’une volonté affirmée d’y parvenir. C’est ce que QS et la CAQ sont en train de démontrer».

Sauf que… Depuis 10 ans, Québec solidaire a bel et bien une politique de quotas de candidatures féminines. Et c’est entre autres cette politique qui fait grimper la moyenne générale du nombre de femmes candidates aux élections.

Et sauf que… À la CAQ, c’est François Legault qui choisit ses candidats selon son bon vouloir. Il avait tout avantage à présenter un maximum de femmes cette fois-ci: son parti tirait dangereusement de la patte auprès de l’électorat féminin dans les sondages du printemps dernier.

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Sans compter que le ratio de 52 % de candidates – du jamais vu pour un parti politique québécois – peut facilement laisser croire qu’il s’agit pour M. Legault d’un véritable exercice de positionnement «marketing». La CAQ n’a présenté que 24% de candidates en 2012, suivi d’un creux d’à peine 21% en 2014.

C’est simple, on veut des garanties!

Bien entendu, il faut se réjouir du nombre historique de candidates en lice cette année et je me garderai bien de bouder mon plaisir.

Je rappellerai néanmoins qu’en cette année post #MoiAussi, les questions liées au rôle des femmes dans la société – notamment dans la sphère politique – sont plus que jamais d’actualité. Pour le dire bêtement, le féminisme et le désir de donner plus de place aux femmes sont «à la mode».

La tendance est d’ailleurs mondiale. Aux États-Unis, un nombre record de femmes ont remporté les primaires des deux grands partis pour des postes de gouverneure, de sénatrice et de représentante en vue des élections de mi-mandat, en novembre.

Cela dit, j’aimerais beaucoup, moi aussi, croire que ce nouveau gain pour les femmes est acquis et qu’il n’y aura pas de recul. Or, il est beaucoup trop tôt pour crier victoire. Qui dit qu’au Québec, en 2022, les partis se garrocheront à nouveau pour présenter des candidates? Qui est assez devin pour nous assurer sans l’ombre d’un doute que ce sera encore dans l’air du temps?

En 2007, Jean Charest a nommé un cabinet ministériel paritaire. Depuis, le Québec n’en a plus jamais eu. Ce fut un symbole fort, mais éphémère. Et s’il en allait de même pour le nombre record de candidatures féminines de 2018?

Tant que l’obligation de présenter un seuil minimal de candidates ne sera pas inscrite dans la loi électorale, nous n’aurons aucune garantie. Ce seuil pourrait se situer autour de 40%. L’important, c’est d’atteindre la zone paritaire, c’est-à-dire que de 40% à 60% de femmes soient élues.

La parité n’est pas une coquetterie, encore moins une forme de favoritisme envers les femmes, mais bien un enjeu démocratique de représentativité. Les femmes composent la moitié de la population, cela doit se refléter dans les Parlements. Ça devrait être la base.

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante, animatrice, chroniqueuse et conférencière. Cet automne, elle anime le magazine culturel Nous sommes la ville sur les ondes de MAtv. Elle blogue également pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme, publié chez Leméac, dont la version anglaise – MOTHERHOOD, The Mother of All Sexism (Baraka Books) – arrive en librairie cet automne.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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