Féministe et républicaine, elle tient tête à Donald Trump

Grâce à l’élection de Donald Trump, les Américaines constatent le long chemin qui leur reste à parcourir avant d’atteindre enfin l’égalité, juge Jennifer Pierotti Lim, une féministe américaine, républicaine de surcroît.

 
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Photo: Amanda Good

Jennifer Pierotti Lim, 31 ans, républicaine convaincue, voulait faire quelque chose pour son parti au cours de la dernière campagne à la présidence américaine. L’avocate de formation, spécialiste des questions de santé, a donc fondé Republican Women for Hillary (Républicaines pour Hillary), histoire de rallier celles qui, comme elle, se sentaient trahies par leur parti et son candidat. D’abord catastrophée par les résultats des élections, elle s’est aussitôt relevé les manches. Son groupe – rebaptisé Republican Women for America et concentré au départ dans une dizaine d’États – fait des petits partout aux États-Unis. Le but : se joindre à toutes les Américaines progressistes qui montent au front pour protéger leurs acquis contre les politiques du nouveau président.

Châtelaine l’a jointe à son bureau de Washington.

Est-il facile d’être à la fois féministe et républicaine ?

Ça devrait l’être. Le parti républicain, celui d’Abraham Lincoln, a été fondé par des antiesclavagistes sur des valeurs d’inclusion et un idéal de liberté et de prospérité. Mais, depuis quelques années, il s’est égaré. Disons que les républicaines vivent une réalité plus difficile que les démocrates. Nous avons beaucoup de mal à faire reconnaître la valeur de nos idées. Je rêve que nous puissions amener notre formation politique dans la bonne direction. Il faudrait toutefois que le parti nous écoute davantage.

« Après l’élection de Donald Trump, on ne va pas pleurer. On va s’organiser. »

– Gloria Steinem, journaliste, auteure et activiste féministe américaine, dans The Guardian, le 10 novembre 2016.

Ce qui n’est pas le cas en ce moment.

Donald Trump considère les femmes comme des citoyennes de seconde classe et parle d’elles en termes choquants. Le voir remporter l’investiture de notre parti a été un électrochoc. Pour moi, comme pour beaucoup d’autres républicaines, il n’était pas possible de voter pour lui. D’où la création de Republican Women for Hillary, un mouvement spontané qui, croyions-nous, disparaîtrait le soir du 8 novembre.

« Je pense qu’on devrait manifester. »

– Teresa Shook, une avocate de l’Indiana, retraitée à Hawaï, dans un message Facebook publié au lendemain de l’élection. L’idée s’est répandue. Quelques jours plus tard, l’organisation de la Women’s March on Washington se mettait en branle sous la houlette de Bob Bland, une designer new-yorkaise.

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NEW YORK, NY - NOVEMBER 3: A group of protestors, comprised mostly of women, rally against Republican presidential candidate Donald Trump outside of Trump Tower, November 3, 2016 in New York City. Election Day is less than a week away in the United States, where citizens will choose between Donald Trump and Hillary Clinton to become the next president. (Photo by Drew Angerer/Getty Images)
Photo: Drew Angerer/Getty Images

Mais Donald Trump a battu Hillary Clinton…

Ç’a été le second électrochoc. Ce sont les électrices qui devaient arrêter Trump. On savait que les hommes blancs des classes défavorisées lui donneraient leur vote, mais on pensait qu’énormément de femmes blanches voteraient contre lui. Et que les milléniaux et les membres des minorités sortiraient en plus grand nombre. Mais le taux de participation a été trop bas.

« L’administration Trump est un cauchemar qui s’incarne dans un gouvernement. Il est important que nous, les femmes, montrions que nous n’avons pas peur. »

– Linda Sarsour, codirectrice du mouvement Women’s March on Washington. Cette initiative, née spontanément après les élections, veut rassembler un million de femmes progressistes de toutes allégeances politiques pour une marche pacifique à Washington le 21 janvier, lendemain de l’assermentation du nouveau président.
Aux dernières nouvelles, plus de 200 000 femmes s’étaient engagées à participer à ce grand rassemblement. D’autres marches pourraient avoir lieu un peu partout
aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Voyez-vous la présidence Trump comme une catastrophe ?

Il y a de quoi s’inquiéter dans de nombreux dossiers, comme ceux de l’immigration, du climat et des relations internationales. Et encore plus celui des femmes. Le nouveau président ne semble pas comprendre le rôle que nous jouons dans l’économie d’aujourd’hui. Sur les questions d’équité salariale, de conciliation travail-famille, de planning familial, d’avortement, ses positions sont très loin de ce que nous voulons.

Mais il y a du positif. Sans Trump, notre pays n’aurait pas saisi l’ampleur et la profondeur de nos pro­blèmes de sexisme et de racisme. Les plus jeunes ont tenu pour acquises les avancées des dernières décennies. Sans lui, nous ne sentirions pas le besoin de nous organiser, de construire un réseau de solidarité et d’action à la grandeur des États-Unis.

« Nous croyons que le féminisme est universel, que les droits des femmes correspondent aux droits de tous les êtres humains, que les progrès en matière de justice raciale, de droits des LGBTQ et des personnes handicapées, de liberté religieuse et de lutte contre la haine ne sont possibles que lorsque chacune et chacun sont engagés. »

– Extrait du manifeste de Pantsuit Nation. Lancé en octobre par Libby Chamberlain, une enseignante du Maine, le groupe n’était au départ qu’une page Facebook privée créée pour permettre aux partisanes de Hillary Clinton d’échanger à l’abri des harceleurs et des trolls qui hantent le web. Et pour les inciter à porter un tailleur-pantalon (à l’image de la candidate) le 8 novembre, jour du vote, en signe de solidarité. Un mois plus tard, le groupe comptait près de quatre millions de membres, aux États-Unis et un peu partout dans le monde.

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Les Américaines doivent donc se serrer les coudes ?

Démocrates et républicaines, nous sommes toutes dans le même bateau. Et nous allons devoir former des alliances, travailler ensemble pour nous assurer que les femmes et les minorités puissent avancer. En ce moment, des regroupements féminins ouvrent leurs portes à toutes celles qui souhaitent parler d’avenir et de stratégies. Des groupes Facebook se créent pour celles qui veulent partager leurs peurs, leurs espoirs, leurs rêves et leurs expériences. Ça bouge ! Republican Women for America fait partie de cette mouvance. Nous accueillons déjà des démocrates et voulons ramener l’idée qu’il est possible de traverser les lignes de parti.

C’est faisable ? Nous avons été nombreux à l’oser pendant la campagne et nous nous sommes trouvé beaucoup de points communs. Nous partageons plusieurs idéaux. Il faut maintenant que les élus en fassent autant. Il y a encore bien des démocrates au Congrès qui vont se battre contre les mesures extrêmes. Il faut rappeler aux républicains modérés qu’on attend d’eux qu’ils bloquent les politiques dangereuses. Le nouveau président sera sous haute surveillance.

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