Société

J'ai changé de vie : la double carrière d'Andréa Desforges-Caron

La Montréalaise Andréa Desforges-Caron, 34 ans, mène de front une double carrière. En plus de son boulot à temps plein de designer de mode, elle est aussi joaillière, créatrice de la marque de bijoux L’amoureuse. Un tour de force qu’elle réussit grâce à une leçon de vie apprise à la dure : savoir dire non.

Photo : Louise Savoie

Ce que je fais dans la vie
Je suis designer de vêtements depuis 10 ans. Je travaille à temps plein pour une marque canadienne, où je suis responsable des blouses et des robes, et je me consacre à L’amoureuse le soir et les fins de semaine. J’ai toujours été passionnée par les tissus et j’ai encore beaucoup à apprendre dans ce domaine. Mais dès qu’il est 17 h, je file à mon atelier de joaillerie !

Pourquoi j’ai lancé ma collection de bijoux
C’est à 30 ans que ça m’a frappée. J’avais besoin d’un projet personnel à l’extérieur du travail pour être encore plus libre dans ma création. Une amie suivait des cours de joaillerie. L’idée de transformer les métaux en pièces que l’on peut porter me plaisait beaucoup. Je me suis inscrite à des cours du soir à l’École de joaillerie de Montréal tout en continuant à travailler. Ç’a été une explosion totale de créativité ! J’allais à l’école presque tous les soirs, et je traînais toujours des cahiers sur moi pour dessiner dès que je me sentais inspirée.

Le look de L’amoureuse, c’est…
Épuré et simple, avec une touche d’originalité dans la féminité. J’adore les perles, leur côté romantique et nostalgique. Et je puise dans les matériaux naturels et les formes organiques.

Ma philosophie
Je préfère que mes bijoux soient portés et qu’ils s’usent, plutôt que de ne servir qu’une fois à un mariage pour ensuite se retrouver dans une boîte. Ce qui m’interpelle le plus, c’est le « tous les jours ». C’est pour ça que je crée des pièces légères et peu encombrantes, au point où l’on oublie qu’on les porte.

Ce qui m’inspire
J’aime fouiller dans les livres anciens et je suis fascinée par l’époque victorienne. Je suis aussi très inspirée par la nature. J’ai grandi dans un petit village de l’Outaouais. Un champ bordait notre maison et j’allais y chercher des fleurs, des roches, de la mousse… Et il y a les voyages. Je suis allée en Californie, où j’ai longé la côte Ouest sur la fameuse route 1. Le relief de la plage m’a inspiré des bijoux avec des lignes sinueuses.

Bijoux L'amoureuse

Photos : Louise Savoie

Je ne tiens pas à créer des pièces parfaitement identiques parce que…
J’y vois une façon de célébrer la diversité. En mélangeant les silhouettes, avec deux perles aux formes différentes, on habitue son œil à une certaine asymétrie, et à la beauté de celle-ci.

Un tournant dans ma carrière
Deux jours avant le gala des prix Gémeaux, en 2019, une styliste m’a contactée parce qu’elle voulait des bijoux pour les comédiennes Sophie Cadieux et Rose-Marie Perreault. J’étais honorée, c’était un rêve de voir mes pièces sur un tapis rouge…

Une épreuve qui m’a fait grandir
Mon père a subi un AVC il y a deux ans et ça m’a vraiment sciée en deux. Peu après, c’était à mon tour de tomber malade. Tout dans ma vie personnelle et professionnelle s’est mis à dégringoler, et j’ai eu très peur de faire un burnout. Je ne voyais plus le bout. J’ai alors pris une pause du boulot de cinq mois, pendant lesquels j’ai vu un psychologue chaque semaine.

Ce que cet épisode a changé
J’ai appris à dire non et à mettre mes limites. Je donne la priorité à ce qui est important et je tente de ne pas trop remplir mon agenda. Question de ne pas me brûler. Car si je veux fabriquer de belles pièces de qualité, il faut que mon cœur et mon corps soient en santé.

Mon truc pour arriver à tout faire
Je n’hésite pas à demander de l’aide pour les aspects dans lesquels je ne suis pas compétente. Pour mes campagnes sur les réseaux sociaux, notamment. J’essaie toujours de m’entourer de gens de confiance. Ça me permet de concentrer mon énergie sur la création.

Ce qui surprend le plus les gens en joaillerie
Le chalumeau ! Quand j’accueille les gens dans mon studio, par exemple lorsque je dois agrandir une bague, ils sont toujours surpris que je fasse de la soudure. J’ai aussi des machines industrielles, et je me sers de gros maillets, de scies, de limes, d’étaux. Je suis très féminine, alors me voir marteler comme un forgeron étonne.

La partie de mon travail que je préfère
C’est sans aucun doute d’être à ma table de joaillière et de travailler les métaux. De sabler une pièce avec ma lime et qu’elle prenne forme… C’est une joie immense !


Cet article est paru dans notre numéro de novembre/décembre.
Disponible par abonnement et sur Apple News.