À lire: Chanson de la ville silencieuse d’Olivier Adam

La voix sensible d’Olivier Adam accompagne les déambulations d’une jeune femme.

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On entre lentement dans ce roman lancinant où une fille cherche à retrouver son père disparu. Icône de la chanson, adulé des foules, couvert de fric et de femmes, celui-ci vit dans un immense domaine. Un jour, brusquement, il arrête le cirque et se retire dans ses terres. Puis, sa voiture et ses effets sont découverts près de la rivière, mais on ne retrouvera jamais son corps. Sa fille a la conviction intime qu’il n’est pas mort et, quand des amis, de retour du Portugal, lui montrent la photo d’un chanteur de rue, elle sait que c’est lui. Elle ira à Lisbonne…

Les personnages

«Discrète, aux confins de l’effacement», la fille du chanteur célèbre mettra longtemps à faire la paix avec ce «personnage multiple» qu’était Antoine Schaeffer, son père. Sa mère «un peu mannequin, un peu comédienne, un peu chanteuse» l’abandonne dès ses huit ans. Paul et Irène, gardiens de la maison et grands-parents substituts, accueillent la fillette esseulée et l’aimeront, elle qui, adulte, deviendra éditrice, sachant «que celui qui écrit n’est jamais celui qu’on voit».

On aime

Ce long monologue au tempo hypnotique lève le voile sur l’envers de la célébrité et le prix à payer pour les proches, surtout les enfants qui grandissent «dans le giron d’adultes absents». Réflexion sur le fossé entre le créateur et l’énorme machine médiatique et commerciale qui s’empare de l’œuvre, si elle est rentable, et la rejette quand elle ne l’est plus. en librairie le 4 janvier.

L’auteur

Olivier Adam est né à Paris en 1974. Son premier roman, Je vais bien, ne t’en fais pas (2000), succès public et critique, est adapté au cinéma et le film est sélectionné aux César. Depuis, romans (Des vents contraires, Les lisières), scénarios, livres jeunesse se suivent, récoltant plusieurs prix. Plutôt farouche, l’écrivain tente de vivre à l’écart des milieux littéraires branchés. Après quelques années en Bretagne, il est de retour à Paris avec sa femme, la romancière Karine Reysset, et leurs deux enfants.

Flammarion, 240 pages

Lire un extrait de Chanson de la ville silencieuse

Les critiques du Club de lecture Châtelaine

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Marie-Claude Rioux

J’ai aimé Un chanteur iconique de la scène française évaporé dans la nature? Mort? Vivant? Sa fille partie à sa recherche. Oh que ce n’était pas gagné… J’ai plongé dans le nouveau roman d’Olivier Adam le pied sur le frein, craignant le mélodrame et les réminiscences larmoyantes. Alors là, pour une bonne surprise, c’en fut toute une! Mes a priori superficiels sont rapidement tombés. J’ai été happée par l’histoire de cette fille délaissée par sa mère, qui grandit dans l’ombre d’un père absent et apprend à vivre sans piliers. J’ai partagé sa quête, j’ai suivi ses pas à Lisbonne – ville que j’adore –, à la recherche de ce père disparu sans explications. J’ai aimé la façon dont l’auteur sonde l’envers du décor du milieu de la musique, en apparence so glamour. La complexité du père artiste, ses contradictions et ses failles sont admirablement bien dépeintes. La construction du roman, entremêlant le présent et le passé, est menée de main de maître. Le style laconique d’Olivier Adam a vraiment su me charmer.

J’ai moins aimé La personnalité de la narratrice manquait de vigueur à mon goût. Je comprends qu’elle soit introvertie, effacée. N’empêche que c’est le genre de personnage auquel je m’attache difficilement.

Ma note sur 10: 8,5

karine martel

Karine Martel
J’ai aimé Cette jeune femme douce, discrète et attachante. On aurait envie de l’aider dans sa quête, de la protéger, de la connaître. L’auteur alterne de façon efficace entre le passé et le présent pour nous présenter la vie singulière du personnage, laissant parfois des détails en suspens pour les reprendre et les démystifier plus loin. Tout ici est plus en ambiances et en impressions qu’en rebondissements. Un livre qui nous laisse le temps d’apprivoiser les personnages, sans nous brusquer, tout en douceur.

J’ai moins aimé Les longues énumérations, qui deviennent parfois lassantes… on aurait compris en moins de mots. J’ai trouvé aussi que la fin s’étirait en longueur. À plusieurs reprises, je finissais une page en me disant que c’était certainement la dernière, mais non, l’auteur avait encore des choses à nous dire. J’ai bien aimé la fin malgré tout.

Ma note sur 10: 9

 NathalieThibault

Nathalie Thibault

J’ai aimé Ce roman m’a intriguée dès que j’ai lu son titre et ceux des chapitres. Il m’a plu dès les premières lignes. Étrange trame de fond: une fille part à la recherche de son père réputé suicidé. Véritable star française, ce dernier a vécu tous les clichés, allant des passions exaltées aux grandes fiestas qui animent l’imaginaire des fans, en passant par des trous noirs qui lui ont fait frôler la folie. Racoleur? Que non! Je l’ai craint à tort. J’ai été emportée par le rythme d’écriture effréné, décrivant pourtant une lente et éternelle quête du père disparu, qui est en fait pour sa fille une reconquête de sa vie, de son enfance, de ses parents et surtout d’elle-même. Voilà le grand plaisir tout à fait paradoxal de ce roman: une narration rapide et précise pour raconter cette romantique quête identitaire ponctuée de détails dignes d’un guide de voyages ou d’un magazine à potins. Je suis celle qui n’a pas de voisine en classe, la fille qui traverse la ville. Ce ton est bouleversant, et l’émotion m’a habitée du début à la fin.

Autres commentaires Parmi mes belles expériences de lecture, autant pour les émotions que pour l’histoire, incluant la superbe finale!

Ma note sur 10: 9

 isabellegoupilsormany

Isabelle Goupil-Sormany

J’ai aimé Le délire réflexif (au sens noble du terme) mi-amer, mi-sucré d’une jeune femme dont le père et la mère sont absents, distants, voire incompétents, au milieu du bruit, de l’abondance, des inconnus, de l’abandon et des détours de la vie dépravée des vedettes. J’ai apprécié la quête de cette fille qui veut dire un dernier au revoir à son père alors qu’il est si rare d’avoir cette chance avant la mort. Et je savoure encore l’absence d’amertume qui traduit tout l’amour possible entre eux, même en des circonstances défavorables. La résilience et la lucidité de l’héroïne sont dépeintes avec justesse et sensibilité.

J’ai moins aimé Le style, original, est parfois déroutant. L’auteur choisit de nous partager les pensées éparses de son héroïne, où dialogues, souvenirs et temps présent se confondent constamment. Il est souvent nécessaire de revenir sur la phrase précédente pour saisir la transition. Ce n’est pas mauvais, juste déstabilisant. Je dois quand même exprimer ma déception quant aux trop nombreux clichés sur la vie des gens riches et célèbres, qui sont en plus pathologiques à l’extrême. J’ai peine à croire qu’on puisse idolâtrer quelqu’un d’aussi faux.

Autres commentaires Et si Elvis n’était pas mort?… Et si Lisa Marie Presley avait osé le chercher dans les rues d’une ville oubliée d’Amérique?… C’est une prémisse vraiment intéressante qui m’a quand même fait apprécier le roman.

Ma note sur 10: 7

 SandrineDesbiens

Sandrine Desbiens

J’ai aimé Il est très facile de se placer dans la tête de celle qu’on identifie comme la fille du chanteur et de percevoir sa détresse et son besoin d’obtenir des réponses à propos de la disparition de son père. On a envie de découvrir la vie cachée de ce célèbre chanteur dépeint par sa fille mi-abandonnée, mi-transparente à ses yeux. J’aime qu’on nous tienne en haleine, qu’on raconte la vie du père par petits épisodes, en parallèle avec la vie actuelle de sa fille, pour nous démontrer l’impact qu’il a eu. Les personnages sont profonds, bien développés, et leur mode vie bien brossé.

J’ai moins aimé Ce n’est pas une lecture qu’on peut mettre de côté et reprendre plus tard, car un paragraphe comprend un dialogue, une description ainsi que des pensées personnelles, bout à bout, sans division. L’auteur a tout de même structuré le texte en plusieurs petits chapitres de quelques pages pour ne pas nous embrouiller. Il aurait été agréable d’avoir la perception du père face à certaines situations pour nous donner une idée de ses sentiments et de ses pensées.

Ma note sur 10: 7,5

 Raphaelle-Lambert

Raphaëlle Lambert

J’ai aimé La poésie dans l’écriture, très minimaliste, des phrases courtes qui pourraient souvent se lire comme des paroles de chanson. Cette jeune femme silencieuse et solitaire, issue d’un milieu sexe, drogue et rock’n’roll, qui aurait facilement pu tomber dans les excès, mais qui rase plutôt les murs, se sentant extérieure à toute la vie grouillante du dehors. On déambule dans cette vie, dans les souvenirs, les douleurs d’une enfant laissée à elle-même… à se demander si être l’enfant d’un chanteur légendaire a de quoi faire envie, finalement.

J’ai moins aimé Il n’y a pas grand-chose que je n’ai pas aimé dans ce roman. C’est sobre tout en dépeignant une vie qui ne l’est pas du tout.

Autres commentaires J’ai été étonnée d’aimer l’histoire, surtout qu’on présentait «le grand retour de l’auteur à la narration au féminin» comme un des points forts du livre… Il est clair qu’il doit être facile de tomber dans les clichés, mais ici, on est au-delà du sexe du personnage. C’est un livre très intérieur, une espèce de quête contemplative qui m’a beaucoup plu.

Ma note sur 10: 9

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