La voisine qui met de la magie dans les boîtes aux lettres

On l’appelle «la fée du Mile-End». Parce que Patsy Van Roost a un jour eu une idée inusitée: se servir de son talent d’artiste pour offrir des cadeaux de Noël à tout son quartier.

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Photo: Jean-François Lemire

« Longtemps j’ai haï Noël ! Pour survivre, j’ai commencé à prendre soin des autres et à répandre de la magie dans mon quartier. » Patsy Van Roost est une quadragénaire excentrique d’origine belge. Pour ses voisins, c’est la fée du Mile-End qui affiche des mots d’empathie dans les vitrines, les attache aux clôtures, les enroule autour des arbres, les fixe aux murs et les imprime sur le trottoir. « Mes bouts de papier permettent aux gens de se raconter et de se rencontrer », explique l’artiste multidisciplinaire devant un café. À l’ère du tout numérique, son approche no techno fait mouche.

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Le déclic s’est produit il y a trois ans. Alors que ses finances étaient à sec, Patsy s’était lancé le défi d’offrir un cadeau de Noël au voisinage avec les cartons et les bouts de ficelle qui lui restaient dans son atelier. Interdiction d’acheter quoi que ce soit ! Elle a lu des centaines de contes, mais toujours La petite fille aux allumettes lui revenait en tête. « Cette histoire, c’est la mienne, s’écrie-t-elle. Celle d’une enfant sans le sou ni souliers qui craque des allumettes pour se réchauffer tandis que les gens font la fête à l’intérieur. Elle finit par mourir de froid sur le trottoir ! » Pour dédramatiser son isolement, elle a segmenté le conte en 25 morceaux, puis déposé chaque jour de décembre dans une boîte aux lettres de sa rue un bout d’histoire imprimé sur un carton accompagné d’une note : « J’offre ce cadeau au quartier. Tout ce que je vous demande est d’afficher votre page bien en vue. »

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Le secret de la rue Waverly s’est propagé comme une traînée d’étoiles. « Les enfants et leurs parents sortaient le soir lire la suite chez le voisin », s’émerveille Patsy. Chacun s’est mis à la saluer, les journaux ont commencé à parler d’elle. La mère monoparentale timide et recluse qui, pendant 15 ans, avait dessiné des faire-part de mariage se sentait enfin le droit de mener ses projets artistiques et participatifs dans l’espace public. « J’ai réalisé qu’il y avait une ville avec laquelle je pouvais jouer. Que je n’étais plus seule avec mon fils. J’avais trouvé une famille. Aujourd’hui, j’aime Noël ! »

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Son vœu ? Rééditer La petite fille aux allumettes ailleurs que dans le Mile-End. Et trouver le financement pour mener à bien son projet. Aux dernières nou­velles, Unikub, une entreprise du quartier Griffintown, à Montréal, avait accepté de jouer les mécènes dans Saint-Henri. Ne restait plus qu’à déterminer les maisons qui recevraient ses offrandes. Pour connaître les adresses ciblées et suivre le conte en direct : Facebook.com/patsy.roost.

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