Le livre du mois: Windows on the World de Frédéric Beigbeder

Prix Interallié 2003, cet ambitieux roman de Frédéric Beigbeder portant sur les attentats du 11 septembre 2001 vient de sortir en format poche.

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Couverture-BeigbederL’histoire

Septembre 2002. Un an après la tragédie. Attablé au restaurant du 56e étage de la tour Montparnasse, la plus haute de Paris, Beigbeder tente de « décrire l’indescriptible ». Et réussit. Minute par minute, cette matinée effroyable défile en chapitres courts et phrases percutantes, portée par un rythme haletant. De New York, où l’horreur se précise, à Paris, où l’écrivain réfléchit à son parcours de « RiRe » (riche rebelle), commence un voyage au bout de la nuit…

Les personnages

Les tours jumelles du World Trade Center, symboles déchus de l’invincible toute-puissance américaine. Carthew Yorston, agent d’immeubles texan divorcé, qui offre à ses deux jeunes fils un petit-déjeuner dans le resto le plus haut de New York. Un homme d’affaires brésilien, refusant d’éteindre son cigare, qui quitte les lieux avant la fatidique seconde. Des amants qui disparaissent en faisant l’amour. Et les autres, tous les autres…

Pourquoi on a aimé

L’audace du bad boy des lettres parisiennes, qui le premier osera écrire un livre sur ce sujet sensible. Son style lapidaire et d’une grande sensibilité. Sa façon désinvolte d’aborder la fatalité, soit l’amour et la mort.

Photo-BeigbederL’auteur

Naissance en 1965 à Neuilly-sur-Seine dans une famille de la grande bourgeoisie française. Études dans les lycées parisiens les plus prestigieux et à Sciences Po (où il fonde le Caca’s Club : Club des analphabètes cons mais attachants). Publie à 25 ans un premier roman, Mémoires d’un jeune homme dérangé. Mariage en 1991, divorce en 1996. En 1999, naissance de sa fille Chloé. Remariage en 2003, redivorce. En 2014, épouse une jeune mannequin de 24 ans sa cadette. Éditeur, chroniqueur, animateur télé. Auteur de nombreux romans semi-fictionnels comme Vacances dans le coma, L’amour dure trois ans et 99 francs. En 2009, obtient le prix Renaudot pour Un roman français. Oona & Salinger, son plus récent opus, met en scène son idole, l’auteur de The Catcher in the Rye (L’attrape-cœurs) et la passion que ce dernier éprouva pour la jeune Oona O’Neill, avant qu’elle épouse, à 18 ans, Charlie Chaplin, 52 ans. Si son personnage de dandy narcissique peut agacer, son talent d’écrivain est bien réel.

Windows on the World, Le livre de poche, 360 pages

 

Les critiques

  1. Gabrielle Paquette

gabriellepaquetteJ’ai aimé : Je connaissais Beigbeder la personnalité publique, mais pas Beigbeder l’écrivain, n’ayant lu aucun de ses livres. J’ai abordé son roman sans savoir dans quel univers je m’aventurais. J’ai été tout d’abord un peu surprise par le langage bourré d’anglicismes du personnage principal, puis, comprenant où Beigbeder voulait amener le lecteur, je me suis laissée happer par l’histoire, les émotions, l’appréhension de ce qui s’en vient ; même si l’on connaît le sort qui attend les personnages, j’ai souhaité un miracle pour qu’ils s’en sortent. J’ai donc aimé le livre, plus particulièrement le regard critique de Beigbeder sur la société et sur lui-même. L’écriture est directe et efficace, le roman se lit d’une traite.

J’ai moins aimé : Le sujet m’apparaissait au départ peu attirant, mais les qualités de l’écriture et du récit ont eu raison de ma réticence.

Ma note sur 10 : 8

 

  1. Julie Gagnon

juliegagnonCommentaires : Je me suis arrêtée à la page 160. Sans vouloir minimiser la perte qu’ont subie les familles des victimes, les États-Unis et le monde entier, finalement, l’effondrement des tours jumelles est un sujet sur lequel je ne désire plus lire.

Frédéric Beigbeder est un auteur que j’apprécie beaucoup et si, souvent, je ne suis pas d’accord avec ceux qui lui reprochent son égocentrisme, je dois admettre qu’ici, il est déplacé. Il a voulu se mettre en parallèle avec les événements et son sens de l’humour grinçant ne cadre pas avec cette tragédie.

Ma note sur 10 : 6

 

  1. Émilie Côté

emiliecoteJ’ai aimé : Que les heures donnent leur titre aux chapitres. L’auteur réussit à créer une structure dans laquelle les heures impaires montrent le personnage Carthew Yorston vivre les deux dernières heures de son existence, le 11 septembre fatidique, en haut de la Tour 1 du World Trade Center. Les heures paires sont davantage le journal intime de l’auteur qu’une œuvre romanesque.

J’ai moins aimé : Le ton condescendant de Beigbeder qui, malgré toute l’humanité que l’on trouve dans son roman, ne peut pas s’empêcher de se pointer le bout du nez.

Commentaires : J’ai trouvé qu’il s’agissait d’un hommage touchant pour toutes ces vies anonymes qui se sont arrêtées si brusquement. On suit le personnage principal jusqu’à l’acte fatidique : ses doutes, l’espoir, la fierté envers ses fils ainsi que la fatalité de ce qu’il vit. On suit minute par minute, heure par heure, jusqu’à 10 h 29. C’est un sujet très dur à traiter et délicat, mais il est abordé avec doigté.

Ma note sur 10 : 8

 

  1. Yannick Ollassa

yannickollassaJ’ai aimé : Je dois avouer que Frédéric Beigbeder est l’un de mes auteurs favoris. J’avais donc un a priori positif. J’aime tout de l’écriture de Beigbeder : son cynisme, son autodérision, sa sensibilité et son honnêteté. J’ai particulièrement apprécié la façon dont il se sert de la tragédie du 11 septembre pour aborder la peur de certains hommes devant la paternité, malgré l’amour qu’ils ont pour leurs enfants. Cette peur qui mène parfois au désinvestissement paternel. J’ai apprécié l’alternance des deux voix, celle du personnage et celle de l’auteur.

Commentaires : L’auteur déplore que l’on n’ait pas montré les images des gens qui sautaient dans le vide, des femmes et des hommes ensanglantés qui pendaient des fenêtres, de ceux consumés par la chaleur qui agonisaient avant que les tours s’effondrent. Il s’est donné le mandat de leur donner une voix, de montrer cette tragédie telle qu’elle a probablement été vécue de l’intérieur. Cela donne lieu à des moments émouvants, troublants.

Ma note sur 10 : 9

 

  1. Marielle Gamache

mariellegamacheJ’ai aimé : L’histoire fictive du père et de ses deux fils lors de l’attentat du 11 septembre au World Trade Center : touchante, émouvante et criante de vérité. J’ai trouvé géniale l’idée de l’auteur de nous la faire vivre minute après minute, mettant ainsi l’accent sur le temps qui semble s’étirer lors d’événements de cette envergure. De plus, la façon dont Beigbeder décrit la perception qu’ont les enfants de la tragédie est très réussie.

J’ai moins aimé : L’alternance des chapitres de fiction et d’autobiographie. L’étalage de tout ce qui est relatif à l’auteur est intéressant, amusant, voire nécessaire afin d’alléger le récit au départ, mais cela finit par lasser et par égarer le lecteur.

Commentaires : Il est dommage que Beigbeder ne s’en soit pas tenu à son idée première : inventer une histoire sur les événements du 11 septembre. Il y a finalement vu un prétexte pour écrire une autobiographie et il a pris un malin plaisir à provoquer, avec ses idées sociologiques et philosophiques sur le monde contemporain. Ce qui, selon moi, peut être savoureux pour certains, mais décevant pour d’autres.

Ma note sur 10 : 7

 

  1. Philippe Garon

philippegaronJ’ai aimé : La dissection systématique et sans pitié de notre époque à travers le prisme du 11 septembre. Est-ce du sadomasochisme que de savourer l’intelligence (lire « le cynisme ») avec laquelle Beigbeder nous passe au tordeur, minute après minute, nous, suppôts du consumérisme et du néolibéralisme ? Et à travers cette épopée brûlante, apocalyptique, quelques perles, comme cette conversation avec Troy Davis du Comité d’action pour un Parlement mondial à 9 h 58… Voilà ce à quoi peut encore servir un livre aujourd’hui, considération qu’aborde d’ailleurs avec brio Beigbeder à 10 h 24.

J’ai moins aimé : On pourrait être tenté d’évoquer ici l’usage abusif des anglicismes, mais ça serait une erreur. Cette arme fait partie de l’arsenal auquel Beigbeder recourt méthodiquement pour mieux nous mettre K.-O.

Ma note sur 10 : 8,5

 

  1. France Giguère

francegiguereJ’ai aimé : Pas grand-chose, si ce n’est les critiques et réflexions fort à propos que Beigbeder fait de sa génération à travers son personnage d’auteur.

J’ai moins aimé : Le sujet (11 septembre 2001) si racoleur, le style « film catastrophe », le ton, l’écriture avec tellement de mots anglais, le côté franchouillard, la relation amour-haine que nourrissent les Français vis-à-vis des États-Unis qui est exploitée à fond la caisse ici.

Ma note sur 10 : 3

 

  1. Isabelle Goupil-Sormany

isabellegoupilsormanyJ’ai aimé : Le prétexte – imaginer l’impensable, chercher un sens à une tragédie unique, tenter de décrire une histoire dont les témoins n’existent plus. L’écriture, simple et efficace. Le roman se lit facilement. Les pages se tournent à une vitesse folle, à mesure que l’issue fatale se confirme.

J’ai moins aimé : Le cumul de clichés, les pensées parfois trop éparses, les réflexions faussement intimes. L’alternance Montparnasse/World Trade Center a fini par m’ennuyer sérieusement.

Commentaires : Le 11 septembre 2001 a marqué à jamais notre histoire collective et ce roman m’a fait revivre cette journée terrible. Je me souviens de m’être posé à l’époque les questions auxquelles l’auteur propose une réponse. Un rappel cruel, mais oh combien nécessaire !

Ma note sur 10 : 7

 

  1. Stéphanie Vincent

stephanievincentJ’ai aimé : Les chapitres qui s’égrènent sous forme de minutes, le ton sarcastique, le jeu avec les codes du roman. Réflexion sur la fiction, les mécanismes d’écriture, la société de consommation, l’individualisme, la culture américaine… On a entre les mains un objet complexe et intéressant. Difficile de dire s’il s’agit d’un récit personnel qui est prétexte à interroger la société ou d’une réflexion sur la société qui sert à exposer un ego incroyable.

J’ai moins aimé : Le récit de fiction qui s’étire. L’impression qu’on essaie de provoquer le lecteur à tout prix. Les passages sincères ou profonds qui sont freinés dans leur élan par des bêtises.

Ma note sur 10 : 8

 

 

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