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Livre du mois: La tête légère

D’une plume caustique, Olga Slavnikova dépeint la vie à Moscou à l’ère postsoviétique dans son dernier ouvrage La tête légère. Qu’en ont pensé les membres du Club de lecture?

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livre.du.mois.la.tete.legere.roman.articleL’histoire

Enfant, Maxime ressent sous sa casquette « un vide étrange et venteux », ce qui ne l’empêchera pas de réussir ses études, puis de quitter sa région pour s’installer à Moscou. Acceptant son « destin ordinaire », il est relativement heureux jusqu’à cette matinée de janvier où deux agents des services secrets se présentent à son bureau, lui ordonnant de se « tirer une balle dans la tête ». Selon l’État, cette « tête légère » nuit au « champ gravitationnel » de l’Univers. Sous surveillance constante, le jeune homme résistera à ce décret absurde avec la dernière énergie…

Les personnages

Maxime T. Ermakov, chef de marque pour un fabricant de chocolat. Partisan des « Droits de l’Individu Commun », il a choisi la liberté, ce qui fait de lui un « Objet Alpha », soit un indésirable. Marinka, jeune femme très belle, en quête d’une vie dorée à Moscou. Petite Lucie, discrète secrétaire, amoureuse de Maxime. Choutov, dissimulé sous une fausse identité de souteneur alcoolique, voisin prévenant. Pépé Valera, fantôme surgi de l’au-delà pour épauler son petit-fils.

On découvre…

Un roman complexe où, sous la satire grinçante, apparaît le fragile équilibre de la « nouvelle Russie ». Un recours au réalisme magique qui ajoute à l’invraisemblance de la situation de Maxime et au désarroi des générations coincées entre présent et relents du passé.

livre.du.mois.la.tete.legere.auteure.articleL’auteure

Olga Slavnikova est née en 1957 à Sverdlovsk, en ex-URSS. D’abord journaliste, elle opte pour la fiction, « seul moyen de dire vraiment ce que je pense », confiera-t-elle en entrevue. Auteure de huit ouvrages (traduits en français et en anglais), lauréate de plusieurs prix, dont le Booker russe pour son roman 2017 (2006). Très impliquée dans la vie littéraire en Russie, elle coordonne le Prix Début, destiné aux auteurs de moins de 35 ans. Depuis 2003, elle habite Moscou avec son mari. A trois enfants et deux petits-enfants. La tête légère a remporté le Prix du Livre de l’année (2011) à la Foire internationale du livre de Moscou.

Mirobole Éditions, traduit du russe par Raphaëlle Pache, 480 pages

POUR LIRE UN EXTRAIT DU ROMAN LA TÊTE LÉGÈRE

Les critiques du Club de lecture Châtelaine

Raphaelle-LambertRaphaëlle Lambert :

J’ai aimé : L’univers kafkaïen dans un Moscou moderne, post-soviétique, très gris et sale. Le personnage antipathique, de qui part la prémisse du livre : sa tête qui serait vide donc à l’origine de catastrophes… Les descriptions des personnages, des époques, de détails de la vie des uns et des autres s’enchevêtrent, tissant une courtepointe complexe, tachée et lourde qui force le lecteur à un certain effort qui vaut toutefois la peine. L’ironie est au cœur de cette histoire qui, sans l’acceptation de son réalisme « fantastique », peut laisser perplexe…

J’ai moins aimé : C’est chargé! Les phrases sont longues, descriptives, pleines d’images grotesques, il faut parfois les reprendre du début pour se rappeler de quoi elles parlaient! Ça demande (en tout cas à moi!) assez de concentration, mais c’est drôle!

Autres commentaire : Une lecture qui ne plaira pas à tous, c’est sûr, ce n’est pas une lecture légère. C’est un peu comme si Balzac et George Orwell s’amusaient à écrire un jeu vidéo aux décors sertis de glauques dentelles et jonchés de vaisselle pleines de vieux restants…

Ma note sur 10 :  7,5

SandrineDesbiensSandrine Desbiens

J’ai aimé : Le côté philosophique et le fond austère-froid-calculateur russe sur le fond duquel se déroule l’histoire. Le culot de l’auteur, sa fin superbement amenée. On se demande jusqu’au bout s’il va commettre l’irréparable. Le côté humain que montre enfin Maxime lorsqu’il tombe en amour avec Petite Lucie. Les agents de l’État sont aussi assez révélateurs du genre de contrôle qu’exerce le pays sur son peuple. L’histoire, très originale!

Je n’ai pas aimé : Le personnage principal, pauvre homme presque quinquagénaire, bedonnant sur les bords, à court d’argent et qui a le malheur d’avoir une manière de penser différente. Comble de l’ironie… il y a erreur… enfin presque! Le roman est un peu long et légèrement mélangeant.

Ma note sur 10 : 8

SoniagrattonSonia Gratton

J’ai aimé : Une certaine musique dans l’écriture, une poésie qui entre parfois en contradiction avec le propos, le rythme à la fois lent et vif. La bonté, l’innocence et la tendresse du héros, qui porte l’humanité ordinaire sur ses épaules.

J’ai moins aimé : L’insoutenable légèreté! Il y a dans ce livre une proposition, une convention qu’il faut accepter et qui n’a pas passé pour moi. L’absurdité de l’intrigue, le côté kafkaïen, les revirements impossibles, le jeu vidéo, Big Brother, la fantaisie dont on nous gave de force… ça en faisait beaucoup à digérer pour moi. Aussi, j’ai fini par avoir une réaction épidermique au fait que les noms des personnages soient constamment répétés, à fortiori le nom de Maxime T Ermakov – je crois que si on enlève son nom du texte, le livre doit faire cent pages de moins!

Autres commentaires : Je dois mentionner que ce livre était de toute évidence à l’extrême opposé de ce dont j’avais envie ou besoin de lire ces derniers temps. Des tragédies personnelles aux changements sociaux horrifiants qui se déroulaient, tout me poussait à chercher réconfort, vérité, espoir, humanité… J’admets donc que le timing malheureux m’a probablement fait juger ce livre d’une façon plus sévère. Ce livre est certainement audacieux et intelligent, mais ça ne m’a pas empêché d’avoir envie de le lancer de toutes mes forces à chaque fois que je l’ai repris!

Ma note sur 10 : 6

karine martelKarine Martel

J’ai aimé : Le portrait grinçant de la Russie moderne. On y rencontre des personnages qui ne devraient rien remettre en question, mais plutôt accepter les situations souvent misérables dans lesquelles ils se trouvent. Notre héros rejette cette culture de l’abnégation. Une fois la mise en contexte passée, cette incursion caustique dans la vie moscovite est savoureuse et nous amène ailleurs.

J’ai moins aimé : J’ai eu de la difficulté à me laisser emporter par l’histoire pour le premier tiers du livre (environ les 150 premières pages). L’histoire insolite de la tête légère de Maxime T. Ermakov est difficile à digérer et les actions de ses détracteurs en deviennent exaspérantes. Mais j’ai ensuite réalisé que le personnage principal était aussi perplexe et exaspéré que moi par rapport à la situation, ce qui a modifié ma perception et permis de plonger dans l’histoire. J’aurais aussi souhaité qu’il y ait des chapitres pour rythmer le récit, au lieu de ce défilement ininterrompu de texte.

Autres commentaires : La lecture de ce livre, quoique difficile au début, en vaut vraiment la peine et le personnage principal, sans être attachant, ne laisse personne indifférent!

Ma note sur 10 : 8

Anja_DjogoAnja Djogo

J’ai aimé : La tête légère est un livre qui en demande beaucoup à son lecteur : d’abord, de s’abandonner à une prémisse saugrenue, puis de suivre un personnage central souvent antipathique, et même parfois de chercher certains mots dans le dictionnaire! Ces efforts sont toutefois récompensés par une histoire originale, bien écrite et qui rappelle le style onirique de Haruki Murakami.

J’ai moins aimé : Je ne peux pas dire que je suis restée accrochée du début à la fin mais, malgré certaines longueurs, les quelque 100 dernières pages valaient vraiment l’effort.

Autres commentaires : Un livre à lire quand on veut plus qu’une lecture de plage!

Ma note sur 10 : 8

Nathalie-ThibaultNathalie Thibault

J’ai aimé : Roman complètement déjanté. Divertissement assuré. L’absurdité des propos est servie à merveille par une écriture nerveuse et rythmée. L’auteure dépeint des scènes tout aussi improbables qu’imprévisibles. Quand il y a plus d’adjectifs que de mots à qualifier, c’est dire qu’à la prémisse farfelue du roman s’ajoute un style haut en couleur.

Je n’ai pas aimé : Beaucoup trop long. Si le style alambiqué nous fait sourire, il fatigue à l’usure. Entre la téléréalité, le jeu vidéo et l’art de la manipulation, il reste un long marathon qu’on n’a pas le goût de terminer.

Ma note sur 10 : 7,5

isabellegoupilsormanyIsabelle Goupil-Sormany

J’ai aimé : La prémisse du roman nous amène dans une Russie remplie de clichés sur fond de complot et de diaspora nouveau genre. Comment mourir sans mourir, alors que le destin de la planète repose sur votre suicide : enjeu colossale pour un rêveur, un tantinet philosophe, qui croit à son intelligence et son impunité. J’ai apprécié l’ironie où l’explication absurde prévaut sur les responsabilités les plus élémentaires. J’ai ri… jaune.

J’ai moins aimé : Le nom de l’anti-héros, Maxime T. Ermakov, T pour Térentiévitch, revient sans cesse dans le texte, comme un mantra. Je n’ai cessé de me demander ce que cherchait à traduire l’auteure par cette répétition incessante, si c’était culturel ou non. Une chose est sûre, ça devenait trop répétitif pour moi.

Ma note sur 10 : 8,5

marie-claude_n_bMarie-Claude Rioux

J’ai aimé : Une fois qu’on décide de jouer le jeu et de s’immerger à fond dans cette intrigue kafkaïenne, la lecture devient vite addictive. Ce roman m’a complètement déstabilisée, il m’a sortie de ma zone de confort, et ce, pour mon plus grand plaisir. L’absurdité de l’intrigue, l’ironie sous-jacente et le suspense grandissant font de ce roman un page turner efficace. Je me suis forcément attachée à Maxime, le personnage principal, développant une grande empathie pour lui et son sort. J’ai beaucoup apprécié le style d’Olga Slavnilova, empreint d’ironie et de poésie. Une belle découverte!

J’ai moins aimé : Les longues digressions et les flashbacks m’ont semblée superflus. Pour être franche, j’avais envie de sauter des passages, mais je suis demeurée bonne joueuse!

Ma note sur 10 : 8

 

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