Non-binarité: pourquoi tout définir par le sexe de l’enfant?

Un parent de Colombie-Britannique a obtenu gain de cause pour que son bébé de huit mois ne se fasse pas assigner de genre sur ses documents officiels.

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Tête à chapeaux

«Dans mon temps» – Dieu que j’avais hâte de commencer à ponctuer mes observations de ce cliché indémodable –, les genres, c’était chose simple: t’avais un pénis, t’étais un gars; t’avais un vagin, t’étais une fille. Et heureusement pour moi, j’ai trouvé sans peine ma place dans cette conception binaire des genres. Dans le langage des initiés, je suis une femme cisgenre.

Le sexe neutre

Non-binarité

Si la nouvelle du bébé non genré peut être surprenante, la réaction des personnes cisgenres est plus prévisible qu’un lever de soleil à l’est. Oussé que le monde s’en va si l’on sait pu différencier un pénis d’une vulve? C’est don’ ben rendu compliqué! Bientôt, on saura pu dans quelle toilette faire pipi! Un remâché, en somme, des réactions d’outrage et de prophéties d’écroulement des valeurs sociales qui accompagnent chaque lutte – de la fin de l’esclavage au droit de vote des femmes et des Premières Nations, en passant par le mariage entre personnes de différentes couleurs ou de même sexe.

C’est absurde, mais imaginons qu’il est coutume depuis toujours d’indiquer sur le certificat de naissance l’orientation sexuelle de l’enfant et qu’on y inscrit «hétérosexuel» par défaut. Serait-ce si absurde de lire dans un journal qu’un parent gai refuse d’assigner une étiquette hétéro à son bébé naissant? Est-ce si irrationnel qu’un parent, ayant lui-même porté une étiquette erronée et s’étant battu pour s’en défaire, veuille épargner à son enfant le risque de devoir mener le même combat?

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Les organes sexuels d’un bébé en déterminent le genre, le nom, le pronom, la coupe des vêtements et des cheveux, les qualificatifs utilisés pour le décrire, les couleurs des jouets, les types d’activités, de livres, de films – bref, tout le schéma identitaire d’une personne est construit à partir de ce qu’elle a entre les jambes à la naissance. À quoi rime cet acharnement à tout définir par le sexe?

La Suède – sans surprise – s’est taillé une réputation d’avant-gardiste dans le domaine. Il est coutume de trouver des conseillers en genre dans les écoles et certains établissements préscolaires, dits «gender-neutral», sont axés sur l’apprentissage non genré, allant jusqu’à utiliser un pronom neutre.

Et l’orientation sexuelle dans tout ça?

L’idée n’est pas que les enfants n’aient pas de genre, pas plus que l’absence de mention de l’orientation sexuelle d’un bébé sur son certificat de naissance ne signifie qu’il est asexuel. L’idée est de donner aux enfants la latitude de se découvrir en dehors de nos attentes et des conventions définies du genre.

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Comme toutes les luttes avant elle, celle de la non-binarité fera son chemin dans l’esprit collectif et deviendra une autre évidence, en rétrospective. Ce que nos petits-enfants trouveront absurde, ce n’est pas la multiplicité des genres, c’est notre conception obstinément dichotomique de ceux-ci.

Je ne m’étonne pas que l’on puisse trouver consternant le refus d’assigner un genre à son enfant. Mais je me demande pourquoi l’on ne trouve pas plus consternant le risque plus élevé de suicide chez ce même enfant si le mauvais genre lui est assigné. Pourquoi l’on n’est pas aussi abasourdi par la solitude, la dépression, la violence, l’abus auxquels le condamnent les statistiques, cet enfant, quand on lui refuse la possibilité d’être qui il est parce qu’on aime les choses telles qu’elles sont.

manal_drissi

Manal est chroniqueuse, journaliste, blogueuse et aime se dire «ironiste» de profession. Elle nous livrera chaque semaine des réflexions tout en humour et en humeurs sur les aléas de la vie d’une femme moderne. 

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