Rencontre avec Inès de la Fressange, icône de la mode française

Elle signe des collections capsules pour la chaîne japonaise Uniqlo et ouvre ce printemps une nouvelle boutique à Paris. Rencontre avec Inès de la Fressange, qui a été la si belle égérie de Chanel.

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À l’adolescence, je suis tombée en admiration béate devant la beauté d’Inès de la Fressange. Dans les années 1980, elle était le visage, la silhouette de Chanel, l’incarnation du grand retour de la marque légendaire sous la houlette de Karl Lagerfeld. Elle me semblait parfaite. Elle était tout ce que j’aurais aimé être : grande, élégante, bellissime, souriante et pétillante, avec le bagout et le panache d’une fille issue de la noblesse française. Bref, un ange avec du caractère.

En 1991, Inès lance sa marque, avec son nom, et devient synonyme de style de vie à la française. Il y aura des succès, puis l’échec. C’est la descente aux enfers, marquée par de nombreuses batailles en justice qui l’amèneront finalement à perdre l’usage de son nom. Ajoutez à cela la mort, à 55 ans, de son mari, père de ses deux enfants.

Aujourd’hui, à 57 ans, Inès revient en force. Elle signe sous son nom des collections chez la japonaise Uniqlo, travaille pour la marque Roger Vivier et ouvre ce printemps une boutique « art de vivre » à Paris.

Son étoile brille de nouveau. Inès peut exprimer ses talents, et la femme parfaite est devenue une survivante allumée. Ses réponses à mes questions m’ont fait rire, m’ont charmée. On y sent la richesse d’esprit et la simplicité de celle qui a beaucoup perdu et qui s’est relevée.

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Quels sont les plus grands défis auxquels les femmes doivent faire face aujourd’hui? Ceux de tous les êtres humains : avoir une vie digne, dans un pays libre.

Quel est votre personnage historique féminin préféré? Lucie Aubrac [morte à 94 ans en 2007]. Cette femme s’est engagée dans la Résistance française sous l’Occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale alors qu’elle était mère d’un petit garçon ; elle a aussi sauvé son mari.

Ines-de-la-Fressange-livre-sophie-fontanelQuelles sont les écrivaines qui vous inspirent? Je découvre en ce moment la New-Yorkaise Siri Hustvedt. J’aime aussi Virginia Woolf, Colette et Sophie Fontanel, une amie.

Quelles sont vos personnalités politiques féminines préférées? Fadela Amara, politicienne française socialiste, première présidente de Ni putes ni soumises. Mais la plus jolie est la ministre française de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem.

Si vous pouviez déménager dans n’importe quelle ville, ce serait où? À Jaipur, en Inde, ou à Avignon, dans le sud de la France.

Quelles sont, selon vous, les vacances idéales? Les vacances qui sont bien celles que l’on souhaite. Personnellement, c’est en Provence avec mes amis, leurs enfants et de grandes tables.

Quel est votre parfum naturel de prédilection? J’ai une passion totale pour le cèdre de l’Atlas.

Ines-de-la-Fressange-parfumQuel parfum portez-vous? Mitsouko, de Guerlain. Mes filles seraient furieuses si je changeais !

Quel est votre apéritif ou cocktail préféré? J’adore le porto (un peu suranné !), mais aussi le pina colada et la margarita.

Si vous êtes seule à la maison, que cuisinez-vous pour vous faire plaisir? Bien que je sache cuisiner, je n’aime pas tellement ça. Un repas de purée de pommes de terre et de jambon me paraît idéal. Mais j’aime la pastilla marocaine, la tête de veau, la nourriture thaïe et indienne.

Quel serait le petit-déjeuner idéal? Au lit ! Avec un jus de carotte frais préparé par quelqu’un d’autre.

Dans quels vêtements vous sentez-vous le mieux, réellement en beauté? Vous allez être étonnée : quand je porte un vieux short en jean troué et un t-shirt. C’est lorsqu’on est en vacances et heureuse qu’on est le plus radieuse, non ?

Vous êtes plus escarpins, baskets ou Birkenstock? Les trois ! Il y a aussi les ballerines, les mocassins, les sandales, les espadrilles… Vous savez, je travaille chez Roger Vivier et je suis l’une des rares cordonnières bien chaussées ! Mais quand je porte mes Birkenstock fourrées, j’avoue que mon compagnon n’est pas enchanté… Disons qu’il est intrigué ! [Rires]

Quel est le vêtement le plus important dans la vie, l’essentiel, l’incontournable? Aucun. Le vêtement n’est jamais important. Celui dans lequel vous vous sentez bien est le meilleur. Il peut coûter 35 euros chez Uniqlo. J’ouvre ce printemps à Paris une boutique afin de proposer aux femmes des vêtements qui représenteront de véritables solutions.

Le maquillage est-il essentiel ? Ah oui ! La preuve : même quand vous êtes mort, on pense à vous le faire !

Que pensez-vous des remplisseurs, lisseurs, injections de Botox et autres interventions esthétiques? Les « remplisseurs » font leur travail. Seulement, par la suite, ce qui est « rempli » se remplit un peu trop ! Moi, vous savez, je me contente du Revitalift de L’Oréal (parce que je le vaux bien !).

Si on vous croise un dimanche matin, ça sera où? Au marché, au musée, au café ou au lit, en train de prendre le petit–déjeuner? Tout ça. Ensemble ou en alternance. J’adore aller déjeuner au Marché des Enfants-Rouges dans le Marais, marcher des kilomètres dans Paris, mais aussi ne rien faire au chaud, au lit, sans culpabilité. Bon allez, j’avoue : je traîne à la maison et je ne fais rien de ce que j’avais prévu ! Tenez, vous me donnez une idée pour ma prochaine infolettre (qui paraît tous les jeudis et est gratuite : lalettredines.com) : mes adresses du dimanche.

Votre maison est-elle parfois en désordre? Vous faites quoi? Parfois ? Hum, je suis obsédée par le rangement, mais je crois que, pour les femmes, il y a toujours quelque part un petit désordre qui les gêne. J’ai plein de petits désordres et je procrastine, mais ça me dérange beaucoup. Mon bureau, lui, ressemble à une brocante joyeuse, c’est affligeant ! Bon, ne me branchez pas sur ce sujet : c’est une névrose ! Dans ma boutique, il y aura d’ailleurs plein de boîtes, paniers, sacs pour… ranger.

Votre sport de prédilection? Sport, sport, sport… J’ai déjà entendu ce mot, mais c’est très vague.

Un conseil aux jeunes femmes d’aujourd’hui? Vous n’êtes pas parfaites, vous ne le serez jamais, mais vous êtes épatantes. N’oubliez pas que votre vie, c’est maintenant et que, dans le fond, là, à la seconde, présentement, ça ne va pas trop mal, non ?

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