Entrevues

Dans la tête de... Donna Hay

Dans le monde de la photo culinaire contemporaine, il y a un avant et un après Donna Hay. Rencontre avec celle qui a métamorphosé l'univers des magazines et des livres de cuisine.

Photo par William Meppem (Donna Hay)

Photo par William Meppem (Donna Hay)

Son esthétique très simple, épurée sans être parfaite, a métamorphosé l’univers des magazines et des livres de recettes. Elle est passée, en quelques années, de styliste culinaire à auteure, chroniqueuse, conceptrice de collections de vaisselle et éditrice du magazine qui porte son nom.

Quand l’Australienne Donna Hay est arrivée avec ses premiers ouvrages, comme Recettes saveur ou L’invitation gourmande, au début du millénaire, on s’est libéré de ces images chargées où les plats, artificiellement brillants ou polis, étaient photographiés au milieu de pots de fleurs sur des nappes baroques.

À la place, elle proposait des univers dépouillés, baignés de lumière, où des plats imparfaits – comme dans la vraie vie ! – étaient déposés sur des tables vides ou un linge blanc.

Un jour, elle m’a expliqué qu’à la fin des séances photo chez elle on pouvait encore manger les plats. Cela peut sembler normal aujourd’hui mais, avant qu’elle impose sa manière, c’était impossible. Tout devenait poison tellement on trafiquait l’apparence de la nourriture avec des huiles à vaporiser et autres laques.

Donna Hay a brisé les codes quand elle a commencé à refuser l’artificialité.

Un peu romantique, très naturel, résolument moderne, son style a fait école jusque chez nos propres auteurs de livres de recettes, comme Josée di Stasio ou Ricardo. Si on peut dire que Martha Stewart a inventé le concept même de « gourou de style de vie », c’est Donna Hay qui a influencé le plus les univers visuels de ses émules, telles Gwyneth Paltrow ou Blake Lively.

J’ai interviewé Donna Hay pour la première fois à Sydney, en 2002. Alors au début de la trentaine, enceinte de son premier fils, elle travaillait dans un studio assez modeste, aménagé dans un loft près du centre-ville. Tout en ce lieu était inspirant. La lumière entrant à pleines fenêtres, les interminables étagères de vaisselle blanche hyper simple, le gros canapé de plumes où ses collègues s’arrêtaient pour allaiter leur bébé. J’avais l’impression de flotter dans un monde souriant, en bleu pastel et blanc.

Je me suis abonnée à son magazine, où tout sem-blait à la fois raffiné, simple et moderne. Pendant des années, j’ai essayé -pratiquement toutes ses recettes, très faciles, dont plusieurs sont devenues des classiques chez moi, comme la tatin au fenouil ou le poulet grillé à la badiane.

Je l’ai jointe à Sydney, au moment de la sortie de son -dernier ouvrage en français, Les nouveaux classiques, pour en savoir plus sur elle.Donna.Hay.livre

Quel est l’aspect de votre métier que vous préférez ?

J’ai le bonheur de travailler avec des gens créatifs – photographes, stylistes, inventeurs de recettes, designers. Mon équipe au magazine est totalement inspirante. J’aime moi-même créer, que ce soit une recette ou une image ! Dans mon travail, il n’y a pas deux journées pareilles. J’adore le changement.

Quelles sont les entrepreneures qui vous impressionnent le plus ?

Grace Coddington. Photo par ZUMAPRESS.com / Keystone Press

Grace Coddington. Photo par ZUMAPRESS.com / Keystone Press

Plusieurs de ces femmes sont devenues des marques en soi, en particulier celles autour desquelles je gravite. J’ai énormément de respect pour Oprah, par exemple. La connexion émotionnelle qu’elle a avec son public est remarquable. J’admire le travail de Martha Stewart, autant pour ce qui touche la cuisine que le style de vie. Ce qu’elle a accompli pour motiver les gens à s’investir dans leur cuisine et leur maison est unique. Je suis fascinée par les femmes créatives, comme Grace Coddington [styliste du Vogue américain] et Coco Chanel, qui s’inspirait de petits détails. Les gens qui voient les choses différemment m’allument.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans la maternité ?

Je suis contente que mes fils aient développé leur propre personnalité mais aussi qu’ils aiment les choses simples. Ils rendent ma vie amusante, intéressante. Ils m’obligent à relever sans cesse de nouveaux défis et me gardent les deux pieds sur terre. Avec deux garçons, la vie peut devenir folle, mais j’aime tellement les moments où ils s’arrêtent pour se coller contre leur maman. J’adore aussi les entendre rire dans leur sommeil. Leurs rêves sont sûrement délicieux !

Quels sont les plus grands défis que doivent relever les femmes aujourd’hui ?

Sheryl Sandberg, directrice des opérations de Facebook, les a très bien décrits (dans son livre En avant toutes). Elle constate que les femmes ont fait énormément de progrès mais qu’un très faible pourcentage d’entre elles occupent des postes de haute direction, dans tous les secteurs du monde des affaires, dans tous les pays. C’est en partie dû au fait, dit-elle, que les garçons sont encouragés et félicités dès leur plus jeune âge lorsqu’ils « font preuve de leadership », c’est-à-dire quand ils veulent mener un projet, alors qu’aux fillettes qui essaient de faire la même chose on dit d’être conciliantes, de ne pas imposer leurs idées. Je suis plutôt d’accord avec Sheryl Sandberg. Je trouve le monde des affaires difficile, c’est pourquoi je me retire souvent dans le monde créatif.

Photo par istock by Getty Images

Photo par istock by Getty Images

Si vous êtes seule à la maison, que cuisinez-vous pour vous faire plaisir ?

Quelque chose de simple et de relax. Je fais griller un morceau de bœuf ou un pavé de thon pêché à la ligne, et je me verse un verre de pinot noir. Je finis toujours le repas par une glace italienne, ma gâterie préférée. (En fait, il m’est arrivé une fois ou deux dans ma vie de manger un bol de crème glacée en guise de souper !)

Quel est votre apéritif ou cocktail préféré ?

J’aime célébrer au champagne, mais j’ai aussi un penchant pour les martinis concoctés avec du gin Hendrick’s.

Quel est votre parfum naturel de prédilection ?

CHF01_CH049En fait, j’en ai deux. La cuisinière en moi raffole du parfum des citrons et de l’huile géniale que l’on trouve dans leur zeste. Mon côté aventurier adore l’odeur de l’océan et de l’eau salée.

CHF01_CH049Quel parfum portez-vous ?Donna.Hay.parfum

Les gens m’arrêtent tout le temps pour me le demander, donc je crois avoir mis la main sur un parfum qui me va ! Je porte Botanica de Balenciaga ; c’est un peu fleuri, un peu mystérieux. En plus, pour mes fils, c’est vraiment devenu l’odeur de leur maman, donc je ne vais jamais en changer !

Dans quels vêtements vous sentez-vous le mieux, réellement en beauté ?

J’ai un faible pour les robes joliment coupées, dans des tissus chouettes, avec des chaussures qui cartonnent ! Le plus haut les talons, le mieux !

Alors vous êtes plus talons aiguilles que Birkenstock ?

J’aime les deux. Tout le monde sait que j’adore les talons, mais pour travailler au studio, je porte plutôt des chaussures de sport. J’ai toute une collection de runnings de la marque française Spring Court ! Ils sont parfaits pour me faire rebondir toute la journée.

CHF01_CH054_1Quel personnage de télé ou de film vous ressemble ?Donna,Hay.Rebelle

J’aime croire que je suis comme la petite fille du dessin animé Rebelle, qui trace son chemin dans la vie et réussit à battre les garçons à leur propre jeu !

Quelle est votre personnalité politique féminine préférée ?

J’ai beaucoup d’admiration pour Michelle Obama (même si son rôle politique lui a été conféré par association plutôt que par élection). Son travail pour améliorer les programmes alimentaires scolaires aux États-Unis, afin que les écoliers mangent davantage de grains entiers, de fruits et de légumes, est tout à fait inspirant.

Donna.Hay.outils.cuisineDonna.Hay.Assiette

Pour la collection complète de Donna Hay, visitez son site web : donnahay.com.au