Générale

Mère à boire

Donnez-moi une définition de la maternité et je vous montrerai toutes sortes de modèles qui frisent l’hystérie, l’hérésie et le spm, quand ce n’est pas les trois en même temps. Un des nombreux secrets bien gardés des mamans, tiens: nous crions. Pas toutes, pas en choeur, mais chacune de notre côté. Une façon comme une autre de péter les plombs quand les enfants nous ont mis à bout de nerf, de patience ou de désespoir. Je connais des mères qui s’en donnent des extinctions de voix, d’autres qui flirtent très tôt dans la soirée avec la bouteille de vin, d’autres encore qui se cachent dans la salle de bain pour pleurer ou parler au téléphone avec leur meilleure amie. N’appelez pas la DPJ. Ça s’appelle la vie. Je me rappelle très exactement la première fois où j’ai hurlé de désespoir dans mon nouveau rôle de mère. Il était deux heures du matin, j’étais seule avec mon B qui avait un mois; il pleurait à fendre l’âme et c’est ma propriétaire qui est montée nous calmer tous les deux. J’apprenais l’humilité.

Parlant d’humilité, je vous incite fortement à lire le billet de ma collègue Anne-Marie Lecomte intitulé « Maman buvait, so what? » dans le Châtelaine de décembre, présentement en kiosque. Je ne connais pas Anne-Marie, si ce n’est par ses textes; attendez avant de me prêter des intentions malhonnêtes. J’ai rarement lu un billet aussi honnête, justement. La maternité en prend sa claque et ça fait du bien. C’est pas de la théorie, c’est du vécu. Et même si c’est assumé un peu tout croche, c’est criant de vérité.

Dans le même ordre d’idée, vous lirez le recueil des chroniques de France Paradis qui traîne sur ma table de chevet depuis un moment déjà. Une autre voix déculpabilisante et oh combien sage, trois enfants plus tard. « Mère et solidaire », ça s’intitule (aux Éditions Enfants Québec, 2007). Et en bas, c’est écrit: « Être parent est un décapant d’humilité, un écarteur de vision, une formation continue en réalisme… » J’adore France, je la connais, on a travaillé ensemble, et cette bonne femme est à la fois ancrée dans son époque tout en traînant le gros bon sens du passé. Elle n’a pas peur de nous dire d’embrasser les fesses de nos enfants, pas peur de nous rappeler que nous sommes des « spécialistes » de nos enfants, bien davantage que tous les profs, éducateurs, ergothérapeutes et pédopsy que nous consultons dans l’angoisse. Nous CONNAISSONS nos enfants. C’est un grand avantage. Y’a rien comme l’instinct, en ce qui me concerne.

Dans un autre ordre d’idée, vous irez lire le blogue de Vena , une jeune maman musulmane de 26 ans qui vient d’accoucher de son cinquième enfant. C’est ma mère qui m’a envoyé ça hier soir. Vena vit aux États-Unis dans un mariage polygame et a invité la deuxième femme de son mari à son accouchement en septembre dernier, pour qu’elle ne se sente pas exclue et parce que c’était « son » soir (avec le mari en question). Allah est grand et la maternité, un extracteur à jus. Vous pensez que vous n’en avez plus à donner? Il en reste encore une goutte.