Famille tout compris

Comment redonner du pouvoir aux mères?

L'organisme Mères avec pouvoir fournit des logements à loyer modique à des mères monoparentales qui souhaitent donner du sens à leur vie. Marianne Prairie nous parle de cette initiative qui redonne de l’espoir aux mères.

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« Ça change la face du quartier, nos p’tites familles! » lance Karine Fournier avec un grand sourire. Mère monoparentale d’un garçon tout blond, elle occupe un 4 et demi subventionné à deux pas du métro Frontenac, un coin de Montréal peu recommandable il n’y a pas si longtemps.

 

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Karine Fournier et son fils | Crédit: Karine Fournier (@Tricot_pirate sur Instagram)

Et elle n’est pas la seule de sa gang. Trente mamans monoparentales et leurs enfants habitent ces immeubles de briques rouges rassemblés autour d’une cour intérieure avec des arbres, un module de jeux et un potager. Les appartements à loyer modique font partie du programme de soutien de l’organisme Mères avec pouvoir (MAP) qui œuvre depuis 15 ans auprès de ces femmes en situation de précarité.

« Notre mission, c’est de briser l’isolement des mères monoparentales et les soutenir dans leur projet de vie », m’explique Diane St-Cyr, intervenante chez MAP depuis dix ans. « Le logement, ce n’est qu’un aspect. Notre approche est globale et elle touche autant la dimension sociale que professionnelle. »

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En effet, les participantes à MAP bénéficient d’un logement abordable, mais également de soutien psychologique et d’un CPE dans un même lieu physique. Elles peuvent y demeurer jusqu’à trois ans, assurant la stabilité et la sécurité nécessaires pour leur permettre d’améliorer leur situation et celle de leurs enfants. « L’énergie qu’on mettait à se demander comment faire pour payer le loyer, on peut la mettre sur un projet de vie qui va assurer notre autonomie », raconte Karine. Cette formule a d’ailleurs fait ses preuves et se traduit par un taux de réussite de 85 %. C’est exceptionnel.

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Le projet de Karine, c’est le retour aux études. Détentrice d’un baccalauréat en arts, la jeune mère vivotait tant bien que mal entre les contrats peu payants lorsqu’une amie lui a suggéré de présenter sa candidature à MAP. Après plusieurs mois sur la liste d’attente, on la convoque en entrevue : « J’ai trouvé ça super motivant, prouver que j’avais ma place ici et que j’avais un plan. » Deux ans plus tard, elle fait sa maîtrise en arts visuels, occupe un poste de médiatrice culturelle à la Ville de Montréal et se fait remarquer avec ses projets de tricot graffiti.

Crédit: Karine Fournier

Un exemple de tricot graffiti par Karine Fournier. | Crédit: Karine Fournier (@Tricot_pirate sur Instagram)

Diane St-Cyr renchérit : « Les mères doivent nous convaincre qu’elles ont la volonté nécessaire, qu’elles seront dévouées à leur projet. Ça crée un bel effet d’entraînement dans notre petite communauté, c’est très motivant. » Ces femmes en situation de vulnérabilité viennent de tous les horizons. « C’est un portrait de Montréal », décrit Mme St-Cyr. Toxicomanie, violence conjugale, immigration ou santé mentale, les défis varient, mais le désir de s’en sortir est le même. « C’est très gratifiant pour une intervenante comme moi de pouvoir créer un lien de longue durée avec elles, de voir grandir leurs enfants, d’être témoin du résultat de leurs efforts. »

Valérie Larouche, la directrice de MAP que j’ai jointe un peu plus tard au téléphone, abonde en ce sens : « On se sent très privilégiées d’assister à ces réussites. Sortir de la pauvreté, obtenir un diplôme, décrocher un emploi… C’est du super concret! »

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Au cours de notre conversation, je ne peux m’empêcher de remarquer que ce type d’intervention, globale et prolongée, est une denrée rare, surtout en ces temps d’austérité. Même si les résultats sont là pour le prouver, Valérie Larouche doit continuellement se battre et se renouveler pour assurer la survie de l’organisme. « On compte surtout sur les fondations privées et les dons pour notre financement. Nous n’avons pas de subventions gouvernementales récurrentes, parce que notre modèle ne s’inscrit pas dans les petites cases des formulaires. Pourtant, on s’attend quand même qu’on soit aussi performant qu’une PME », s’exclame-t-elle. « Le privé voit le côté innovant de notre modèle, le gouvernement… pas encore! » C’est d’une absurdité sans nom.

Alors, comment pouvons-nous redonner du pouvoir à ces mères monoparentales? Le 19 mai prochain, un souper cabaret au profit de la Fondation Mères avec pouvoir aura lieu dans les studios de Télé-Québec, sous la présidence d’honneur de Danièle Henkel, et sera animé par Laurence Bareil. Les billets sont en vente ici : http://mapmontreal.org/soupercabaret2016.

Vous pouvez également faire un don ici : http://mapmontreal.org/Donnez

Pour suivre Karine Fournier sur Instagram : https://www.instagram.com/tricot_pirate/

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)