La différence entre « être grosse » et se « trouver grosse »

Insécurité vis-à-vis notre enveloppe corporelle, problèmes d’estime de soi, ou complexes : est-ce qu’il y a une différence entre être grosse et se sentir grosse? Oui, une énorme différence, écrit Joanie Pietracupa.

 

Joanie-bandeau

La semaine dernière, mon amie Gabrielle Lisa Collard — une fille belle et brillante qui n’a pas peur de parler de ses rondeurs avec beaucoup d’intelligence et d’humour — a publié un excellent texte sur son blogue, Dix Octobre. Le sujet? Son inconfort devant les selfies, articles et posts se multipliant sur le web et où l’on voit une jeune fille (la plupart du temps) conventionnellement jolie, mince, blanche et ne présentant aucun handicap apparent tenter de surmonter ses propres complexes face à son image corporelle à grands coups de mots-clics à la #bodypositive et #effyourbeautystandards.

La différence entre « être grosse » et se « trouver grosse »
Photo: iStock

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«J’ai un gros, gros malaise avec la politisation des corps traditionnellement considérés comme beaux. Te montrer la bedaine si tu pèses 160 livres n’a pas le même impact que si tu en pèses 340. Et le fait de l’exhiber publiquement, en l’accompagnant d’une phrase qui dit bien qu’on tend à se faire admirer pour son courage, ne devrait pas être abordé de la même façon. […] Je sais que les grosses n’ont pas le monopole des complexes. La gentille société dans laquelle on vit s’assure que tout un chacun soit obsédé par ses «imperfections». Ça fait rouler l’économie. Aimer son corps est un struggle pour tous. Mais ce n’est pas un struggle égal. S’aimer et porter un crop top quand on pèse 300 livres est incomparable à le faire quand on en pèse 120. C’est juste un fait», écrit-elle en guise d’introduction.

Quand j’ai lu ces mots-là, une petite ampoule s’est allumée dans ma tête. Eurêka! Voilà d’où me vient cet étrange mélange de malaise et de mécontentement qui s’agrippe à mes tripes quand une amie beaucoup plus mince que moi se plaint d’être «trop grosse» ou d’avoir des cuisses «trop épaisses» en ma présence! Je n’ai jamais pris le temps de penser à cette vague d’émotions fortes qui m’envahit trop souvent avant que Gabrielle émette publiquement son opinion sur le sujet.

C’est vrai que tout le monde a ses complexes, ses insécurités, ses petits bobos au sujet de son estime de soi et de son amour-propre. Par expérience, je peux même confirmer que bien souvent, les gens les plus minces et les plus beaux sont moins confiants que ceux qui ont une apparence physique dite «atypique». Je ne pourrais pas expliquer comment ni pourquoi, mais c’est comme ça. Il est aussi vrai que les personnes plus enrobées ne sont pas les seules à avoir le droit de se plaindre et de quêter les compliments ou les messages d’encouragement sur les réseaux sociaux. Mais ce qu’il faut reconnaître et comprendre, c’est qu’il y a une énorme différence entre être grosse et se sentir grosse.

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Quand on souffre d’embonpoint, c’est la société en entier, ou presque qui se charge de nous rappeler au quotidien que l’on est différents, «imparfaits», voire dérangeants ou même dégoûtants. J’ai arrêté de compter le nombre de regards méprisants et de paroles (volontairement ou non) blessantes qui m’ont été adressées ces dernières années. Au cas où certains d’entre vous en douteraient: être gros, ce n’est pas le fun. Personne ne rêve d’être très enrobé, croyez-moi. Surtout pas les gros. Ça vient avec son lot de défis, de séquelles et parfois même de problèmes de santé.

«Pourquoi ne maigris-tu pas, alors?», de vous demander. Là n’est pas la question. (Et si vous voulez vraiment ma réponse, la voici: j’ai une alimentation saine et un mode de vie actif. Je suis bien dans mon corps et aussi dans ma tête. Je me trouve belle comme je suis aujourd’hui, hier et demain. Pourquoi donc voudrais-je perdre du poids? Pour rentrer dans le moule façonné par la société? Pour faire plaisir aux inconnus que je croise dans la rue?)

Le vrai problème réside plutôt dans la manière d’aborder le sujet de notre insécurité vis-à-vis notre propre enveloppe corporelle. Il faut apprendre à être sensible à soi et aux autres. À mieux prendre soin de nous, vous et moi. À penser à nos amis et à nos proches plus ronds qui vivent des remises en question beaucoup plus intenses et profondes avant de leur lancer nos propres complexes en plein visage. Apprendre à dire «je me sens grosse» plutôt que «je suis grosse» si l’on n’a pas de problème de poids. Parce qu’en fin de compte, on a tous le même rêve: se sentir beau et bien dans notre peau, peu importe notre taille ou notre silhouette. Et on a tous un peu besoin des autres pour y arriver. Faut juste savoir comment bien s’y prendre.

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