Pourquoi a-t-on peur du mot «grosse»?

Qu’a répondu Joanie Pietracupa lorsqu’on lui a demandé si elle préférait qu’on la présente comme une fille taille plus ou une fille ronde?

 

Joanie-bandeauLe 7 octobre dernier, le directeur mode du magazine Loulou Claude Laframboise m’a invitée à animer avec lui une vidéo en direct de Facebook. On a jasé de toutes sortes d’affaires: de l’industrie de la mode taille plus, de mes sources d’inspiration, de mes tendances préférées de l’automne, de mes marques chouchous, et de mes vêtements coups de cœur du moment.

Après m’avoir saluée, Claude m’a posé devant la caméra la question qui tue: «Aimes-tu mieux que je te présente comme une fille taille plus ou une fille ronde?» J’ai répondu, un peu surprise: «Idéalement, je préférerais qu’on ne dise rien du tout. Qu’on réalise que je suis une femme comme les autres.» Après un bref moment de réflexion, j’ai ajouté: «En fait, je n’ai rien contre les mots “taille plus”, “ronde” ou même “grosse”. Je les trouve inutiles, mais pas dérangeants. Je pense qu’on devrait arrêter de leur donner une connotation négative. “Je suis grosse” est une phrase descriptive au même titre que “Je suis petite” ou “J’ai les cheveux roux”. Il faut arrêter de prêter des émotions aux mots qui n’en ont pas.»

Photo: iStock
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Cette conversation avec Claude m’a fait réfléchir et j’ai eu envie de relire l’excellent billet du chroniqueur Mickaël Bergeron intitulé «Être gros, c’est pas gentil», publié en août dernier sur le site du Voir. (Allez le lire immédiatement, c’est à la fois beau, touchant et très vrai ce qui y est raconté.) Mickaël a raison sur toute la ligne: il faut vite enseigner à nos enfants – et à notre entourage – quoi dire et comment le dire à propos de la différence, notamment à propos des personnes en surpoids.

J’ai aussi envie de relire le superbe texte nommé «GROSSE – La peur du mot» rédigé par Gabrielle Lise Collard pour son blogue Dix octobre. (Lisez-le aussi, et vite. J’aurais pu le rédiger moi-même tellement je suis d’accord avec chacun de ses mots.) Gabrielle a visé juste: «Mettons une chose une chose au clair en partant: quand tu me dis de ne pas employer le mot “grosse”, c’est parce que TU le perçois comme une insulte. Pour toi, dans grosse, il y a plein d’autres mots cachés: laide, paresseuse, indésirable, whatever cliché affreux qu’on t’a dit d’associer au surpoids.»

J’ai repensé aux vilains commentaires de deux ou trois lectrices que j’ai reçus il y a un peu plus d’un an, quand j’ai commencé ce blogue. Ceux-là mêmes qui me reprochaient en long et en large de parler de mon corps avec mépris ou dégoût, semaine après semaine, alors que je ne faisais que le décrire comme je le voyais.

À LIRE: 10 choses que je déteste dans le fait d’être grosse

Je réfléchis souvent à cette confusion qui s’empare de mon cerveau lorsqu’on me demande si ça me dérange qu’on me décrive comme étant une fille ronde. Oui, parce que je ne suis pas que ça; non, parce que je le suis et que ça ne me gêne pas.

Des fois, je me demande comment on en est arrivés là. Vous, moi et les autres. À se choquer quand on entend, qu’on lit ou qu’on dit le mot «grosse»*, comme s’il s’agissait de la pire insulte. Comme si on oubliait que c’est un mot qui sert d’abord et avant tout à décrire. À décrire une différence, certes, mais à décrire quand même. Oui, les gros sont différents. Comme les maigres, les tout petits, les très grands, les chauves, les roux, les handicapés, alouette. Ce qui fait mal, ce n’est pas la différence, mais le mépris et le dégoût qu’elle représente à nos yeux et à ceux des autres. Cette transposition de nos propres valeurs transforme ces simples mots en armes de destruction massive.

Je suis persuadée de deux choses dans la vie. 1) Le monde irait mieux si on arrêtait enfin de toujours pointer du doigt nos différences. Pouvez-vous bien me dire à quoi ça sert de souligner le poids, la taille, la nationalité, le genre, la religion ou l’orientation sexuelle d’une personne? Non? Moi non plus. 2) Le monde irait encore mieux si on apprenait à accepter nos différences plutôt que de les trouver «méchantes». Être gros, ce n’est pas insultant. Ce n’est pas choquant, ce n’est pas blessant, ce n’est pas insécurisant. Ce n’est pas dégoûtant, non plus. C’est être différent à sa manière. Unique à sa façon. Et qui ne rêve pas d’être unique? Certainement pas vous, certainement pas moi et certainement pas les autres.

* À noter que j’ai utilisé le féminin («grosse» plutôt que «gros») partout pour alléger le texte.

Suivez Joanie Pietracupa sur Twitter (@theJSpot) et Instagram (@joaniepietracupa).

 

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