L'édito

Pourquoi laissons-nous les travailleuses de la santé seules au front?

La façon dont on traite le personnel dans les CHSLD est scandaleuse. Il était plus que temps qu'on corrige la situation!

Soins santé

Photo: iStock.com/jacoblund

Nous avons failli. Nous avons échoué lamentablement. Malgré notre bonne volonté et notre sollicitude inquiète. Nous n’avons pas pu empêcher toutes ces morts inutiles dans les CHSLD.

Nous avons laissé seules au front des préposées aux bénéficiaires, des infirmières, des inhalothérapeutes… À la mi-mai, Le Devoir parlait d’une hécatombe au sein de leurs rangs. « Si l’on exclut les aînés infectés, le personnel soignant compte pour jusqu’à 50% des cas [de COVID-19] chez les moins de 60 ans. Jusqu’à 60% dans certains quartiers [montréalais] », signalait-on.

Ces hommes, mais surtout ces femmes se sont donc retrouvés à risquer leur vie en échange d’un modeste salaire. Parmi eux, quelques-uns ont même succombé au virus. Et qu’a fait l’État? Trop peu. Trois mois après l’éclosion de la COVID-19, il manquait encore des masques N95 pour mieux protéger ces «anges gardiens». Le strict minimum, quoi.

L’État a aussi trop tardé avant de leur offrir des primes. Vous en connaissez beaucoup, des gens qui auraient accepté de travailler des heures de fou et de se mettre en danger de mort? On a mieux traité les monteurs de ligne durant la crise du verglas en 1998, ou les policiers au cours de la crise étudiante de 2012. Avec temps double et primes à l’avenant.

Les racines de l’iniquité salariale sont si profondes… On s’attend d’une femme qu’elle aime prendre soin des autres, qu’elle ait le sens du devoir et, tant qu’à y être, qu’elle manifeste de l’abnégation. Alors, pour l’augmentation salariale, elles peuvent attendre, non? Et les préjugés sont encore plus tenaces envers les femmes racisées. Faut-il rappeler que bon nombre d’employées du réseau de la santé sont des migrantes et des réfugiées en attente d’un statut de résident permanent?

«Les femmes exercent souvent des métiers et des professions qui se situent dans le prolongement de leur rôle traditionnel de mère et d’épouse. Ces emplois sont caractérisés, par exemple, par les soins donnés aux personnes et font appel à des qualités considérées comme étant féminines, telles que l’écoute, la minutie, la disponibilité et la compassion », peut-on lire sur le site de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

La dramaturge Fanny Britt le dit si bien dans son récit publié dans notre numéro de juillet/août. «Une vocation, qu’on appelle ça, quand on ne veut pas rémunérer les personnes à la hauteur du risque qu’elles courent », écrit-elle.

Au-delà de la question salariale, la crise actuelle jette un éclairage cru sur la façon dont est traité le personnel soignant. Trop souvent, la société dévalorise ses tâches. N’avons-nous pas entendu ad nauseam que nous avions besoin de bras dans les CHSLD? Comme si ces travailleuses n’étaient que ça, des bras…

Les préposées aux bénéficiaires travaillent aussi avec leur cœur et leur intelligence. Et elles ne font pas que changer des couches. Arrêtons de les réduire à ça! Elles prodiguent des soins de base à nos parents et à nos grands-parents, mais elles vont souvent bien au-delà, en les apaisant et en les stimulant pour qu’ils ne perdent pas leurs capacités physiques et cognitives.

Ne soulignons pas seulement le don de soi des travailleuses de la santé, mais aussi leur expertise. Et remercions-les encore et encore. Elles méritent notre respect. Plus encore, notre admiration.

Un énorme merci!

L’équipe de Châtelaine voulait remercier ceux et celles qui nous ont permis de passer à travers le confinement printanier et qui continuent de travailler sans relâche. Nous avons lancé deux ou trois perches… Et la réponse nous a abasourdis! Par dizaines, des aide-soignantes, des caissières, des infirmières et des épiciers nous ont envoyé leurs photos! Voyez cette touchante mosaïque dans notre numéro de juillet/août. C’est un hommage que nous rendons aux travailleuses et aux travailleurs de l’ombre.