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Les parents et le doute: pour ou contre l'allaitement prolongé?

L’allaitement prolongé est-il une forme d’esclavage pour les femmes? Notre chroniqueuse Geneviève Pettersen y réfléchit.

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SÉRIE APPRIVOISER LE DOUTE- 2E BILLET

Quand on est parent, on doute constamment de nos méthodes. Dans ce deuxième billet d’une série de trois, notre chroniqueuse Geneviève Pettersen se penche sur un sujet qui la fait se chicaner avec d’autres parents sur Facebook : l’allaitement prolongé.

J’ai allaité ma première fille pendant dix-huit mois et la seconde, pendant neuf mois. Ça fait maintenant sept mois que mon fils est nourri au sein et, je l’avoue, je commence à trouver ça contraignant.

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Sur le web circule depuis un bout de temps déjà un « mème » de la chroniqueuse Judith Lussier. On peut y lire «l’allaitement est un symbole de l’esclavage de la femme». Judith a prononcé ces mots le 19 février 2014 à la radio et la formule-choc a depuis été reprise hors contexte et a fait boule de neige sur Internet. Judith a remis les pendules à l’heure dans sa chronique du 2 octobre. Même si cette phrase a soulevé l’indignation et que la chroniqueuse a dû faire face à la vindicte populaire, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a un petit peu de vrai là-dedans. J’imagine que moi, j’ai le droit de le dire vu que j’ai des enfants et que je les allaite très longuement. Ou peut-être que je n’ai pas le droit non plus. On verra ça au nombre de courriels d’insultes qui échoueront dans ma boîte.

On va se dire les vraies affaires : ce n’est pas vrai qu’allaiter c’est facile. Il est faux de prétendre que ça va de soi et que ça simplifie la vie de tout le monde, à commencer par celle de la mère. La vérité, c’est qu’on rencontre souvent des obstacles pendant l’allaitement et que le premier d’entre eux, c’est à mon avis ce sentiment d’être la seule source d’apaisement pour notre enfant. Je pratique l’allaitement à la demande et cette façon de faire me va parfaitement. Pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec cette technique, sachez qu’elle consiste à donner le sein à l’enfant dès qu’il le demande, que ce soit pour boire, pour s’endormir ou se réconforter. Cette méthode me va parfaitement parce que j’adore allaiter et que l’allaitement est une chose facile pour moi. La seule chose qui me dérange, c’est d’être un peu enchaînée à mon bébé. On ne parle jamais de ça. C’est mal de dire que c’est parfois très étouffant de sentir qu’on est la seule personne ressource en ce qui concerne notre enfant. Oh, vous allez me dire qu’à sept mois, mon fils mange et n’a plus besoin d’autant de lait. Vous allez me conseiller de tirer mon lait ou de lui donner de la préparation pour nourrissons. À ça, je vous répondrai que mon fils préfère mon sein à une tétine en plastique et que, côté réconfort, la bouffe râpée, ce n’est pas top.

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Photo: iStock

Mon mari m’aide beaucoup. Il s’occupe de notre fils si j’ai des engagements professionnels ou que j’ai besoin de m’aérer un peu l’esprit. Même qu’il a passé six heures tout seul avec lui pendant les Gémeaux. Tout a très bien été. Mais voulez-vous savoir à quoi j’ai pensé toute la soirée? À mon fils. Je me demandais s’il avait soif et s’il était en train de se tordre d’incompréhension dans les bras de mon chum en m’attendant. J’ai trouvé ça poche. Et je me suis sentie un peu prisonnière de cet allaitement qui n’en finit plus de finir.

Je vous entends encore me dire de le sevrer. Même mes proches me suggèrent parfois à mots couverts de cesser de l’allaiter. «Ça fait sept mois, c’est déjà pas mal plus que la moyenne», ils me disent. À ces gens-là, je réponds que ça ne me tente pas d’arrêter tout de suite. Oui, il y a l’organisation mondiale de la santé qui nous suggère d’allaiter jusqu’à l’âge de deux ans, mais il y a plus que ça. J’aime allaiter et j’aimerais juste ça qu’au lieu de me dire d’arrêter, qu’au lieu de souligner à quel point mon fils est chanceux d’avoir ce privilège pendant sept longs mois, on me félicite et on m’encourage à continuer en reconnaissant qu’allaiter, c’est difficile, ce n’est pas banal et ça prend même un certain don de soi et de l’abnégation. L’allaitement, ce n’est pas de l’esclavage. Mais je comprends quelle était l’idée derrière la phrase de Judith. Et même si je ne suis l’esclave de personne, je me sens tout de même parfois en prison même si, en tant que mère, je n’ai pas vraiment le droit de le dire.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)