Ma parole!

Trouver le prince charmant

Notre chroniqueuse Geneviève Pettersen revient sur le courrier du coeur qu’elle a tenu pendant 2 ans et le besoin des femmes de trouver le prince charmant.

« Quand je vais rencontrer le bon, tout va se placer », m’a dit une amie l’autre jour. Sur le coup, je suis restée muette. Pas que je n’avais rien à dire. C’est juste que j’ai entendu cette phrase un nombre incalculable de fois dans ma vie, et en particulier les deux ans où j’ai tenu le courrier du cœur de Madame Chose.

Si je n’ai rien répondu à ma copine ce jour-là, c’est que je n’en avais pas le courage. Ça ne me tentait pas de lui péter sa bulle, de lui dire que ce n’est pas un homme qui allait régler ses problèmes d’estime de soi, lui trouver un meilleur emploi ou lui permettre de dénicher ce condo dont elle rêvait depuis des années, mais qu’elle s’empêchait d’acheter au cas où elle rencontrerait quelqu’un. Je n’ai rien dit parce que cette idée que l’amour est la réponse à tout est profondément ancrée dans notre culture. Et c’est là, selon moi, l’un des plus grands pièges de la vie à deux. Penser que l’autre va combler tous nos vides et tous nos manques.

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Non, il ne faut pas s’attendre à ce que l’être aimé nous comble entièrement. Je le répète parce que j’ai besoin de me le rappeler de temps en temps. C’est que j’ai moi aussi grandi à l’ombre du prince charmant. Je me suis abreuvée de milliers de comédies romantiques et j’ai espéré toute mon adolescence tomber sur le garçon parfait, celui qui allait tout changer. C’est assez pernicieux comme façon de penser et ça mène à la déception. Parce que vient toujours ce moment, dans une relation amoureuse, où on recommence à trouver qu’on est trop ceci ou pas assez cela. Dans ce temps-là, il me semble que nous perdons de vue tout ce qui va bien dans notre vie et, même si l’autre nous répète à quel point il nous trouve extraordinaire, ça entre par une oreille et ça sort par l’autre. C’est la limite de la vie à deux, une sorte de frontière que le partenaire ne peut traverser. Au-delà de cette limite, on se retrouve seule avec soi. Personne ne peut rien pour nous.

Photo: Yuko Hirao/Stocksy

Quand on y pense, c’est assez ingrat de faire reposer son bonheur et son épanouissement personnel sur les épaules de l’être cher. C’est une charge trop lourde à porter et c’est un véritable tue-l’amour. Moi, je dis qu’il faut arrêter au plus sacrant de baser sa vie amoureuse sur cette idée de réparation. Arrêtons de chercher quelqu’un qui nous complète comme si nous étions incomplète au départ. Venons à bout de ce cliché selon lequel l’autre doit impérativement nous combler sur tous les plans. On serait moins déçue. On aurait moins de choses à reprocher à l’autre. On cesserait de lui en vouloir pour des trucs avec lesquels il n’a rien à voir, ou si peu.

Il me semble que ce serait beaucoup plus facile d’affronter la vie à deux si on acceptait le fait qu’être en couple ne fera pas disparaître d’un coup de baguette magique tout le bagage que l’on traîne avec soi depuis la naissance.

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Ce que j’aurais dû répondre à mon amie, au fond, c’est d’arrêter de voir son futur chum comme un sauveur. J’aurais dû lui dire de l’acheter, son condo, de consulter un psy et de quitter ce patron qui la faisait sentir comme une moins que rien. J’aurais dû lui dire que la clé de son bonheur, c’est seulement elle qui l’avait. Oui, elle pourrait en donner un double à quelqu’un le moment venu, mais il fallait qu’elle s’assure d’abord que la clé originale rentrait comme du monde dans la serrure.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)