Santé

Allergies saisonnières

Les traitements sont plus efficaces que jamais. Certains enrayent même les symptômes pour de bon !

Nez qui coule, yeux qui piquent, éternuements… Pas d’erreur, la saison des allergies est bien entamée. Au cours des 20 dernières années, l’incidence du « rhume des foins » a doublé au Canada. En fait, entre 20 % et 25 % de la population en souffrirait aujourd’hui – vous avez bien lu ! L’obsession de l’hygiène dans notre société serait, du moins en partie, responsable de ce dérèglement du système immunitaire.

Heureusement, les nouvelles ne sont pas que mauvaises. Les mécanismes qui régissent les réactions allergiques n’ont plus de secret pour les allergologues et les traitements sont plus efficaces que jamais. Certains arrivent même à enrayer les symptômes pour de bon.

Le pollen, grand coupable
C’est le pollen, transporté à tout vent, qui est responsable des allergies saisonnières. Au printemps, il provient des arbres feuillus – bouleau, peuplier, frêne, érable, chêne. En été, les graminées prennent la relève. Au début du mois d’août, l’herbe à poux ferme la marche. Il n’est pas rare qu’une personne soit allergique à plus d’un type de pollen.

Comment des poussières si fines arrivent-elles à nous rendre la vie insupportable ? « Une allergie survient quand une personne développe une intolérance à une substance étrangère, qu’on appelle allergène, dans ce cas-ci le pollen », explique le docteur Normand Dubé, allergologue au Centre hospitalier universitaire de Montréal.

Lorsque le système immunitaire détecte le pollen dans les voies respiratoires ou dans les yeux, il déclenche une réaction anormale et démesurée. Il se croit à tort attaqué et sort l’artillerie lourde en relâchant toute une série de substances pour se défendre. « Ces substances sont à l’origine de la réaction allergique, poursuit le docteur Dubé. Elles provoquent une inflammation des voies nasales, des bronches et des yeux, entraînant les symptômes que l’on connaît : nez bouché, éternuements et larmoiements. »

Les médicaments efficaces
Pour apaiser les yeux qui coulent et les éternuements, les antihistaminiques constituent une solution efficace. Ces médicaments, qu’on achète sans ordonnance à la pharmacie, bloquent l’action de l’histamine, une des substances responsables des symptômes allergiques. À noter : les antihistaminiques de la plus récente génération (Allegra, Reactine, Claritin ou Aerius) causent beaucoup moins de somnolence que leurs prédécesseurs.

« Ces médicaments atténuent le larmoiement des yeux et les éternuements, mais ils ne s’attaquent pas à l’inflammation des voies respiratoires, prévient le docteur Rémi Gagnon, allergologue au Centre hospitalier de l’Université Laval. Ceux qui souffrent d’allergies graves les empêchant de respirer normalement ou leur causant des crises d’asthme doivent plutôt se tourner vers les vaporisateurs nasaux. À base de cortico-stéroïdes, ils protègent les voies respiratoires contre l’inflammation. »

Bien qu’efficaces, ces vaporisateurs – les fameuses pompes – entraînent parfois des effets secondaires, dont l’assèchement des voies nasales et des saignements de nez. Plus pour longtemps ! Les fabricants de la pompe Nasonex viennent de lancer un tout nouveau vaporisateur sans alcool, donc moins asséchant. Les fabricants du vaporisateur Flonase devraient emboîter le pas sous peu avec un produit similaire. En prime, la pompe sera plus ergonomique et facile à utiliser.

Également attendu : un nouveau vaporisateur mis au point par la société ALTANA Pharma, dont l’ingrédient actif, un nouveau cortico-stéroïde nommé ciclesonide, agit uniquement là où il y a inflammation, ce qui réduit considérablement les effets secondaires.

Pour se procurer un vaporisateur à base de corticostéroïdes, on doit obtenir une ordonnance.

L’immunothérapie : l’espoir !
C’est du côté de l’immunothérapie que les nouvelles sont le plus encourageantes. En gros, le traitement consiste à injecter sous la peau de très petites doses de l’allergène pour y habituer graduellement l’organisme et, au final, le rendre insen­sible à l’agresseur. Grâce à cette approche, des milliers de personnes ont dit adieu à leurs vaporisateurs et antihistaminiques. Mais pas sans peine ! Pour être efficace, l’immunothé­rapie nécessite une injection par semaine pendant cinq à six mois. Puis une fois par mois durant trois ans. Au total, il faut compter une soixantaine d’injections, donc autant de visites chez le médecin. Par contre, elles causent très peu d’effets secondaires. Une petite rougeur ou une légère enflure, c’est tout. Dans de rares cas, elles provoquent des symptômes d’allergies (éternuements, nez bouché, asthme) dans les 48 heures suivant le traitement.

Depuis une vingtaine d’années, il existe également en Europe des vaccins administrés par voie orale, tout aussi efficaces. Ceux-ci sont enfin à l’essai chez nous et devraient obtenir l’approbation de Santé Canada d’ici un an ou deux. « Puisqu’il s’agit de comprimés, le traitement pourra être suivi à la maison, souligne le docteur Jacques Hébert, chef du service d’immuno-allergie du Centre hospitalier universitaire de Québec. En plus, ils provoquent encore moins d’effets secondaires que les injections. »

La posologie ? Un comprimé par jour. On commence deux mois avant le début de la saison des allergies et on poursuit durant toute la période de pollinisation, soit trois à quatre mois au total. On répète le traitement durant trois ans. « À terme, les patients ont 50 % de chances de ne plus jamais souffrir d’allergies, se réjouit le docteur Hébert. Pour l’autre moitié, les symptômes ne réapparaîtront pas avant 10 ans. »

Un autre vaccin, revu et amélioré, se trouve encore dans les cartons des sociétés pharmaceutiques. Dans ce cas, il s’agira bel et bien d’injections, mais quatre doses – à raison d’une dose par semaine – suffiront pour toute l’année. Le traitement devra être répété durant trois années. Il sera offert dès qu’il aura été approuvé par Santé Canada, vraisemblablement d’ici quelques mois.

Et les médecines douces ?
Les adeptes des médecines douces vantent les propriétés de certaines huiles essentielles, censées traiter les symptômes allergiques. Ils recommandent particulièrement celles à base de camomille, de menthe poivrée, de lavande aspic, de pin ou de romarin. Il existe également des granules homéopathiques, qu’on trouve en pharmacie. En outre, les acupuncteurs proposent leurs ser­vices aux personnes allergiques. Aucune de ces pratiques, toutefois, n’a été validée scientifiquement.

Qu’en pensent les allergologues ? « Tous les patients que j’ai vus partir en disant qu’ils allaient essayer les médecines douces ont fini par revenir en clinique médicale, dit le docteur Rémi Gagnon. Il faut souligner que les symptômes allergiques peuvent varier d’une année à l’autre et même à l’intérieur d’une saison, selon la température ou la force du vent, par exemple. Un apaisement des symptômes peut donner l’illusion qu’un traitement fonctionne alors qu’il s’agit d’une simple fluctuation naturelle. »

Solution prévention
Même les traitements les plus efficaces comme l’immunothérapie ne garantissent pas une protection blindée contre le pollen qu’on respire à plein nez. En attendant la pilule miracle, la prévention reste le meilleur moyen de se mettre à l’abri des allergies. Voici quelques conseils à respecter :

• Se tenir loin des sources de pollen. Si les symptômes se manifestent au printemps, on évite les abords des arbres, principalement les bouleaux et les peupliers.
• À l’extérieur, toujours porter des lunettes pour empêcher le pollen de pénétrer dans les yeux.
• Si les allergies surviennent en été, s’équiper d’un système de climatisation. Il permettra de garder les fenêtres fermées et ainsi d’empêcher le pollen d’entrer à l’intérieur.
• Choisir la sécheuse plutôt que la corde à linge : suspendus dehors, vêtements et draps agissent comme des filtres et retiennent le pollen.
• Prendre garde aux animaux domestiques qui peuvent transporter du pollen dans leur poil.
• Se laver souvent les mains pour prévenir le dépôt de pollen près des yeux ou du nez. Après une journée dehors, se laver les cheveux pour les débarrasser du pollen accumulé.
• Quand on souffre d’allergies saisonnières, on est plus vulnérable à d’autres allergies, par exemple celle aux acariens, qu’on trouve dans la poussière. Mieux vaut alors garder le taux l’humidité entre 40 % et 50 % à l’intérieur. Passé ce seuil, les acariens se multiplient allègrement.

Quand consulter ?
La plupart des gens qui souffrent d’allergies saisonnières se tournent d’abord vers les antihistaminiques en vente libre. Le pharmacien peut alors indiquer quels médicaments causent le moins de somnolence et quelles sont les contre-indications si on prend d’autres médicaments.

Si les effets secondaires des antihistaminiques sont incommodants ou si les symptômes ne s’atténuent pas, on consulte un omnipraticien. Au besoin, il pourra prescrire un vaporisateur nasal. « Les allergologues peuvent intervenir lorsque ces médicaments s’avèrent insuffisants, indique le docteur Normand Dubé. Grâce aux tests cutanés, ils peuvent établir de façon précise quel allergène provoque les réactions. Si la personne est très incommodée, on explore avec elle la possibilité d’une immunothérapie. » Pour consulter un allergologue, il faut généralement y être envoyé par un omnipraticien.

Sources de pollen, au fil des saisons

Printemps
(avril jusqu’à la fin juin)

Arbres et arbustes (bouleau, peuplier, chêne, orme, érable)

Été
(fin mai jusqu’à octobre)

Graminées (foin, seigle, blé, maïs)
et gazon

Fin de l’été
(fin juillet jusqu’à octobre)

Herbe à poux