Santé

Herbe à poux : immunothérapie

Ras-le-bol des atchoums, du nez qui coule et des yeux qui piquent ? Laissez tomber les mouchoirs et essayez l’immunothérapie. C’est efficace !


 

L’herbe à poux incommode une personne sur cinq, de la fin juillet aux premières gelées. Résultat : nez congestionné, picotements, yeux qui coulent, crises d’asthme. Les victimes d’allergies vivraient un cauchemar si elles ne disposaient pas de médicaments relativement efficaces, notamment les antihistaminiques – qui peuvent être pris sans pro­blème plusieurs mois par année, selon les allergologues. Le hic, c’est qu’on ne réagit pas toujours, ou pas beaucoup, à ces produits. Mais on n’est pas condamnée pour autant à faire vivre les fabricants de papiers mouchoirs.

Solution : les traitements de désensibilisation – on dit aussi hyposensibilisation ou immunothérapie –, qui marchent vraiment bien dans le cas de l’herbe à poux. « Ils sont efficaces à 85 % et plus », note le docteur Marek Rola-Pleszczynski, allergologue au Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke.

Comment ça fonctionne ?
Deux formules sont possibles.
• Si on est allergique à l’herbe à poux seulement, on procède à ce qu’on appelle un traitement présaisonnier. Cela consiste en une série de 9 à 11 injections sous-cutanées (selon le produit utilisé), au rythme d’une injection par semaine. On parle souvent de « vaccin », parce que le médicament entraîne la production d’anticorps protecteurs. C’est l’allergène coupable que l’on administre, en augmentant la dose d’une semaine à l’autre, pour créer une tolérance progressive. On répète l’opération trois printemps de suite.

• Une formule de désensibilisation mixte est proposée aux personnes allergiques à plusieurs éléments (habituellement à d’autres pollens ainsi qu’aux acariens de la poussière et aux moisissures). Dans ce cas, on donnera une injection une fois par semaine pendant quelques mois, puis une injection d’entretien mensuelle. Là aussi, le traitement s’étale sur trois ans.

Efficacité
Les symptômes d’allergie s’atténuent dès la première année de traitement, et la situation s’améliore les années suivantes.

Inconvénients
Une réaction au point d’injection – rougeur, enflure, démangeaisons à l’occasion – est tout à fait normale, et celle-ci s’accentue à mesure que les doses augmentent. Même douloureux, ces symptômes ne sont pas dangereux et n’ont aucun rapport avec  les chances de succès du traitement. Inconvénient secondaire : la durée du traitement, qui s’étale sur plus de deux mois et doit être répété trois années de suite.

Où le traitement se donne-t-il ?
Les patients reçoivent leurs injections dans un environnement médical. On leur demande d’attendre 30 minutes avant de quitter la clinique. Il existe en effet un très faible risque de réaction allergique immédiate grave pouvant aller jusqu’au choc anaphylactique (augmentation du rythme cardiaque, troubles respiratoires ou digestifs, chute de pression…). En pareil cas, il faut avoir accès sans délai à de l’adrénaline et à de l’oxygène.

Contre-indications
Tout le monde pour ainsi dire peut bénéficier de traitements de désensibilisation, même les femmes enceintes. Les enfants aussi peuvent être traités, mais la désensibilisation est rarement envisagée avant l’âge de cinq ou six ans. « On ne naît pas allergique, on le devient, dit le docteur Rola-Pleszczynski. Les allergies alimentaires se manifestent très tôt ; dans le cas d’une allergie au pollen, il faut avoir été exposée à l’allergène pendant plusieurs années. »

Coût des traitements
Les traitements d’immunothérapie sont couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec : il faut tout de même compter une contribution au régime d’assurance médicaments d’une cinquantaine de dollars par saison. Ce qui n’est pas si cher quand on considère qu’une boîte de 30 comprimés d’antihistaminiques coûte un minimum de 22 dollars…


 

Une plante aux dents longues
L’herbe à poux (Ambrosia) est très répandue au Québec. Cette plante aux feuilles dentelées s’épanouit particulièrement bien en milieu urbain, aux abords des trottoirs, des fossés, dans les terrains vagues, les dépotoirs, bref, là où elle n’est pas en concurrence avec d’autres espèces végétales. Le pollen de l’herbe à poux, très fin, peut être transporté par le vent sur de grandes distances et ses graines survivent dans le sol jusqu’à 40 ans.

Un bon réflexe : arracher tous les plants qu’on trouve sur son chemin…