Santé

Les pensées positives peuvent-elles nous guérir du cancer?

Survivre à une maladie comme le cancer dépend-il vraiment de notre attitude? On a posé la question à deux psychologues spécialisés dans l’accompagnement des personnes malades.

Si elle est toujours vivante après trois cancers et de multiples opérations, c’est en partie grâce à son intensité et à sa farouche volonté de vivre, déclarait récemment la comédienne Johanne Fontaine à l’émission Tout le monde en parle. L’artiste, nouvellement coach de vie, fait aussi l’objet du documentaire Accro à la vie, diffusé ce soir (28 avril) à Canal Vie, où on la voit passer au travers de traitements très pénibles contre le cancer.

Mais quel lien y a-t-il réellement entre l’attitude face à la maladie et les chances de survie? On a posé la question à deux psychologues aux approches différentes.

Marika Audet-Lapointe, psychologue qui traite spécifiquement les personnes atteintes de cancer depuis 15 ans. Elle a fondé la clinique PSYmedecis.

« Une attitude positive peut certainement contribuer à mieux vivre avec la maladie, mais aucune étude ne démontre qu’elle ait une incidence sur le taux de survie. Cela dit, si une personne collabore bien avec l’équipe médicale, qu’elle suit son traitement, qu’elle fait de l’exercice, qu’elle mange bien et s’hydrate régulièrement, bien sûr qu’elle met les chances de son côté! Mais ce n’est pas une garantie. Il y a des pessimistes qui survivent, tout comme il y a des optimistes qui récidivent et qui meurent…

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Photo: iStock

Il y a des adeptes de la pensée positive parmi mes patients. Si cette philosophie les aide à se sentir vivants, personne n’a le droit de leur retirer ça. Mais assez rapidement, quand je leur demande en quoi cette approche est utile à leur santé psychologique, 90% d’entre eux finissent par répondre : « En rien. Je me sens mal chaque fois que je vis du découragement. »

Nul n’est de bonne humeur 24 heures par jour, sept jours sur sept; pourquoi l’exigerait-on des gens atteints du cancer? Que font-ils de leur tristesse, de leur peur de mourir, de la culpabilité qu’ils éprouvent parfois?

 

Résultat : certains vivent de l’isolement, car ils n’osent pas communiquer le désarroi qui les habite, tapi sous un discours positif. Ils ont peur que ça nuise à leurs traitements. D’autres craignent aussi de se faire dire par leur entourage : « Ne parle pas comme ça, ça va aggraver ton cas! ». Pourtant, la dépression et l’anxiété ressenties peuvent être des effets secondaires de la chimiothérapie. Il faut parler ouvertement de ses symptômes à l’équipe médicale, car on a des moyens de les soulager.

Beaucoup de gens ont une perception erronée de l’effet des émotions sur leur santé. Tous les jours, je reçois des appels de patients qui me disent : « J’aimerais vous rencontrer car j’ai un cancer, et je sais qu’il a été causé par mes émotions. Il faut que je les libère pour me guérir. » Si je n’avais pas de rigueur scientifique et que j’acquiesçais à ça, je serais multimilliardaire aujourd’hui! Les gens qui ne veulent pas mourir sont prêts à croire n’importe quoi. J’ai déjà dit que c’était inacceptable de tuer l’espoir, mais c’est encore pire de créer de faux espoirs. »

Lucie Mandeville, professeure au département de psychologie à l’Université de Sherbrooke, spécialiste de la psychologie positive, et auteure de Malade et… heureux? Huit attitudes qui ont transformé des vies (et qui pourraient changer la vôtre), Édition de l’homme, 2014.

« On ignore encore quels sont les effets précis d’une attitude positive sur la prévention ou la guérison de la maladie. En bonne partie parce que la communauté médicale a longtemps refusé d’admettre qu’il pouvait y avoir un lien entre le corps et l’esprit. Du moins, en Occident; les Asiatiques ont une approche beaucoup moins mécanique de la santé. Mais ça commence à changer, notamment grâce aux travaux de certains neuropsychologues, comme Mario Beauregard, de l’Université de l’Arizona. Je m’en réjouis, car je suis convaincue qu’on passe à côté de connaissances importantes en niant la relation entre l’attitude et l’état de santé. D’ici 50 ans, on ne remettra plus ça en question.

Pour ma part, ça fait vingt ans que je traite des patients à titre de psychologue, et j’ai observé que les plus optimistes face à leurs chances de guérir sont souvent ceux qui s’en sortent le mieux. Pas à cause du pouvoir de leurs pensées – il n’y a pas de magie là-dedans! Mais grâce à leurs actions, qui sont commandées par l’espoir. Par une attitude positive. Le fait de se répéter qu’ils sont capables et qu’ils sont forts les incite à sortir de leur lit, à faire un peu d’exercice, à s’occuper… Autant de gestes qui contribuent à leur rétablissement.

Cela dit, la maladie amène de la détresse. C’est inévitable. Personne n’est parfaitement optimiste, et, de toute façon, ce n’est pas une compétition! Il ne faut pas se culpabiliser d’avoir des idées noires. Ni se mettre trop de pression – certains ont une volonté de vivre habitée de tensions… À mon avis, la posture mentale idéale est le lâcher-prise.

Je recommande toujours à mes patients de faire des choses qui les réconfortent pendant la journée. De se consacrer aux activités qu’ils aiment le plus. De rire, aussi! Ça aide à réduire leur niveau de stress. Et ça peut avoir un impact positif sur leur santé. Car on sait maintenant que le stress, du moins le stress chronique, affaiblit le système immunitaire. La tension constante et la fatigue à long terme privent le corps des munitions nécessaires pour combattre certaines maladies. Tandis que le fait d’être absorbé par des activités agréables favorise la production d’hormones protectrices sur le plan immunitaire. »

 

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