Société

Emily Charry Tissier : mission sauver les baleines

Grâce à cette Rimouskoise d’adoption et à l’intelligence artificielle, les baleines et les navires peuvent cohabiter dans le fleuve Saint-Laurent sans craindre d’accidents.

Pour mieux protéger les mammifères marins des navires, qui peuvent les heurter, il faut d’abord pouvoir les repérer. Et rapidement ! Il y a quelques années, alors qu’ils analysent à l’œil nu les images prises des airs des rorquals qui vivent dans une zone de l’océan Arctique, Emily Charry Tissier et son conjoint se rendent à l’évidence : le processus est long, fastidieux et imprécis. Pour les deux biologistes, il y avait moyen de faire mieux.

L’idée de Möbius venait de germer. Cet outil d’analyse de photos aériennes d’une précision inégalée – désormais utilisé par Pêches et Océans Canada, des administrations portuaires et des sociétés pétrolières – peut détecter et reconnaître les cétacés 25 fois plus vite qu’un être humain. Résultat : de nombreux accrochages avec les navires sont maintenant évités.

Et Möbius vaut à Emily Charry Tissier une reconnaissance qui dépasse largement les frontières du pays. Lors de notre rencontre virtuelle, sa joie crevait d’ailleurs l’écran. Elle venait tout juste d’apprendre que Whale Seeker, l’entreprise qu’elle a fondée avec son conjoint et au sein de laquelle ils ont créé Möbius, a été retenue par l’ONU parmi les 10 projets les plus prometteurs utilisant l’intelligence artificielle pour protéger l’environnement en 2023.

« Je suis sous le choc ! » s’exclame la jeune maman en replaçant une mèche blonde derrière son oreille. « C’est une reconnaissance tellement inattendue qui pourrait étendre notre solution à l’échelle mondiale. »

Si Möbius observe les mammifères marins du fleuve Saint-Laurent, le regard de sa créatrice visionnaire, lui, porte beaucoup plus loin. Des discussions sont en cours avec des organismes internationaux de protection de la faune marine afin de décupler sa portée dans le monde.Si Möbius observe les mammifères marins du fleuve Saint-Laurent, le regard de sa créatrice visionnaire, lui, porte beaucoup plus loin. Des discussions sont en cours avec des organismes internationaux de protection de la faune marine afin de décupler sa portée dans le monde.

« Ce qui me rend le plus fière, c’est qu’on n’a jamais sacrifié le bien-être des baleines et de nos collaborateurs pour faire avancer nos projets plus rapidement », se félicite l’entrepreneure, qui emploie huit personnes, dont une femme à titre de chercheuse principale. « Pendant des années, même lorsqu’on a manqué d’argent, on a refusé des contrats pour éviter que nos données soient utilisées de manière moins éthique, par exemple pour faciliter la chasse à la baleine ou faire de l’espionnage. On s’est même demandé si cela allait finir par nous faire couler. »

Au contraire ! Whale Seeker et sa cofondatrice, qui figure désormais au palmarès des femmes les plus influentes au monde en intelligence artificielle éthique – rien de moins –, ont bel et bien émergé.

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