Société

Barbada : une drag queen qui ouvre les esprits

La drag queen Barbada a une bonne tête – maquillée et coiffée à la perfection – sur les épaules.  En allant dans les bibliothèques lire des contes aux tout-petits, elle poursuit un seul but :  contribuer à rendre la société plus ouverte et plus inclusive.

Des dizaines de voitures et de motos de police, deux paniers à salade, un drone : on ne rigole pas en ce mardi soir pluvieux aux abords de la Maison de la culture Mercier, à Montréal. Un tueur en série retient-il le personnel en otage ? Non. Mais Barbada y anime l’heure du conte. Et une poignée de manifestants exprime son désaccord dans les rues avoisinantes. « Des gens qui n’ont rien de mieux à faire que de copier ce qui se déroule parfois aux États-Unis », lance la principale intéressée, nullement intimidée.

À l’intérieur, une quarantaine d’enfants de trois à six ans – et autant de parents – écoutent la drag queen leur lire l’histoire de La merveilleuse machine à se faire des amis. Avec son improbable perruque, assortie à sa longue robe multicolore, ses lunettes rose bubble gum et son maquillage de circonstance, Barbada en impose. Et s’amuse ferme.

Depuis sa première lecture publique, en 2016, la conteuse est passée du statut de curiosité à celui de star. Elle est partout : dans les mariages, les congrès et les colloques, sur plusieurs chaînes de télé et, bien sûr, dans les bibliothèques. Elle ne s’en plaint pas. « J’essaie de faire œuvre utile pour créer un monde meilleur, dit-elle. Mais je ne suis qu’un rouage. Si on veut que les enfants grandissent dans une société ouverte et inclusive, il faut que chacun y mette du sien. Par mon travail, je tente de déclencher l’étincelle en ce sens. »

Barbada le dit elle-même, la féminité exagérée qu’elle met en scène se veut une célébration de ce que les femmes apportent au monde. Rien d’autre, et surtout pas une caricature. « À mon avis, les gens comme Kim Kardashian sont beaucoup plus des caricatures de la femme que moi. Ce sont des femmes qui disent à d’autres : “Voici de quoi tu dois avoir l’air.” Pour ma part, la dernière chose que je veux, c’est que les femmes m’imitent et se maquillent comme moi », explique-t-elle.

Elle insiste sur une chose : ce qu’elle fait, c’est du spectacle. Un spectacle, oui, mais qui vient avec une responsabilité sociale dont la drag queen s’acquitte volontiers. « J’espère motiver les gens à réapprendre à s’écouter. Avec les réseaux sociaux, tout va trop vite. On ne réfléchit plus. Et cette rapidité est dangereuse, car elle nous pousse vers les extrêmes. Alors, quand on a la chance, comme moi, d’avoir un micro pour passer des messages, on doit l’utiliser intelligemment ! » Notamment en racontant de belles histoires aux tout-petits.

À lire aussi : Shina Nova : une voix forte chez les inuits

Restons connectées

Recevez chaque jour de la semaine des contenus utiles et pertinents : des recettes délicieuses, des articles astucieux portant sur la vie pratique, des reportages fouillés sur les enjeux qui touchent les femmes. Le tout livré dans votre boîte courriel à la première heure !