Entrevues

Ce que Lise Ravary a appris

Choisir ses batailles et, surtout, triper !

Journaliste, auteure, chroniqueuse, Lise Ravary a été patronne et pigiste, riche et pauvre. Elle est surtout — de son propre aveu — une incorrigible tripeuse.

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Je ne serai jamais bien avec mon corps. Après 50 ans passés à me torturer, c’est extrêmement libérateur d’accepter enfin le fait que je n’aimerai jamais mon image. Ça m’enlève un poids incroyable des épaules : j’ai arrêté d’y penser tout le temps, de faire tous les régimes, tous les gyms, de travailler à m’accepter. C’est l’ultime lâcher-prise.

Pour les tout-petits, « amour » s’épelle T-E-M-P-S. Fille de mon époque, j’ai voulu tout avoir en même temps, le mariage, la maison parfaite, la carrière, la famille. Résultat : je n’ai pas donné à mes enfants ce que j’aurais dû. Ma génération croyait que l’important, ce n’est pas le temps que tu donnes aux tiens, mais la qualité. Ce n’est pas vrai. Les petits veulent que tu sois à côté d’eux, que tu les écoutes. Pas dans deux minutes, là, tout de suite. Je l’ai compris trop tard.

Trop dormir rend dépressif. Je me bats contre la dépression depuis l’âge de 12 ans et j’ai fini par comprendre que plus tu te lèves de bonne heure, plus tu es sur le piton. Je me couche vers 23 h, je me lève à 7 h, je m’habille, je fais mon lit, je démarre ma journée tout de suite. Ce rituel a changé ma vie.

Avoir de beaux ongles est une perte de temps. Je refuse de prendre une heure à me faire sécher les ongles chez la manucuriste ou de passer une demi-journée chez le coiffeur. Sans compter ce que ça coûte. J’ai d’autres choses à faire, des livres à lire, des films à voir, des cafés à prendre avec des amis.

Quand on tire sur tout ce qui bouge, on atteint rarement la cible. Choisissons nos batailles. Si on donne juste un petit peu de nous un peu partout, on n’aura aucun impact. Impliquons-nous dans une chose qui nous tient vraiment à cœur et l’Univers va s’occuper des autres…

La femme (ou l’homme) de ménage est la meilleure façon de maintenir le partage des tâches dans le couple. On paie moitié-moitié et c’est réglé. Même si on a peu de sous, c’est un excellent investissement. J’aime mieux manger du Kraft Dinner tous les jours que de faire le ménage. Ou de me chicaner pour une question d’époussetage.

La vérité ne doit pas devenir une arme. Le seul mensonge que je me permets, c’est celui qui protège l’honneur de quelqu’un.  Pour le reste, j’essaie de vivre dans la plus rigoureuse honnêteté. Parce que, à titre de diplômée de l’école des Alcooliques anonymes, j’ai appris qu’un mensonge, c’est compliqué pour rien et que ça finit toujours par nous rebondir au visage. Sans compter qu’il faut s’en souvenir !

Une compétence « portative » est une merveilleuse richesse. J’ai une amie barmaid. Savoir préparer les 25 cocktails les plus hot lui permet de travailler partout dans le monde. D’autres sont infirmières ou mécaniciens. Cette indépendance leur sert dans toutes les situations. Pouvoir écrire m’a sauvée plus d’une fois.

Dans un pays étranger, il faut aller au supermarché. C’est la meilleure façon d’apprendre comment les gens vivent. Et de manger de bien drôles d’affaires, surtout si les étiquettes sont écrites dans une langue inconnue !

Pour qu’il y ait adoption, il faut qu’il y ait eu abandon. Je suis une fille adoptée. On dit aux enfants comme moi qu’ils ont été sauvés. Mais on oublie de dire que, avant, ils ont été abandonnés. Cet abandon, il faut le reconnaître et l’accepter. C’est vrai dans d’autres domaines. Tu veux avoir un mode de vie plus sain ? Tu dois abandonner de vieilles habitudes. Tu veux un enfant ? Tu dois renoncer à une part de liberté. Cette étape est importante si on veut avancer. Et je ne suis pas certaine qu’on la vive tout le temps…

Venez lire un passage exclusif du livre de Lise Ravary Pourquoi moi? Ma vie chez les Juifs hassidiques.