Entrevues

Lumineuse Marina Orsini

L’actrice chouchou du Québec a fait ses débuts à 16 ans. C’était il y a 25 ans. Aujourd’hui plus sereine que jamais, Marina Orsini fait le bilan.

Malgré ce petit matin gris, elle irradie. En jean et chaussures sport, sans une once de fard, Marina Orsini sort du studio de radio où elle coanime aux côtés d’André Robitaille une émission matinale hop la vie. En sa présence, on est tout de suite à l’aise. Cette Québécoise engagée, née d’un père italien et mère d’un petit Thomas de cinq ans, est gentille, intense. Authentique surtout.

Châtelaine : Quelle différence y a-t-il entre Marina l’actrice et Marina l’animatrice ?
Marina Orsini :C’est la même fille. Bien sûr, l’actrice incarne des personnages. La fille de radio, c’est la maman, la citoyenne.

Faire de la radio, c’était un rêve pour vous ?
Un Noël, quand j’étais petite, mes parents m’ont donné un magnétophone. J’enregistrais ma mère qui parlait au téléphone, je lisais des histoires, j’interviewais mon frère qui chantait comme Pagliaro… La radio m’a suivie toute ma vie.

Pourtant, à 15 ans, vous avez décidé de devenir mannequin…
Tout a commencé avec un concours, du genre mannequin d’un jour. Ma mère, qui avait des boutiques de vêtements, m’a convaincue d’y participer. J’étais curieuse : je me suis lancée. Et c’est là que j’ai rencontré celle qui est mon agente aujourd’hui : Ginette Achim. Elle m’a recrutée. Je suis allée travailler en Suisse. Puis j’ai appris qu’il y avait des auditions pour la série Lance et compte. J’avais zéro expérience, pas de formation, mais j’ai décroché le rôle de Suzie Lambert. Ma vie a basculé.

Comment s’est passé le premier tournage ?
J’ai tout de suite su que je voulais être comédienne dans la vie. Apprendre des textes, exprimer des émotions, me retrouver sur un plateau de tournage… Il y avait là quelque chose de naturel pour moi.

Vous venez d’enregistrer la neuvième saison de Lance et compte. À quoi peut-on s’attendre ?
Mon personnage, Suzie Lambert, a un cancer du sein. Quand l’auteur de la série, Réjean Tremblay, m’en a parlé, je me suis dit : non, pas elle ! Suzie a été mon premier rôle, elle a mon âge. Ces nouveaux épisodes vont montrer le combat de Suzie contre la mort.

Comment vous êtes-vous préparée pour jouer ce combat ?
Personnellement, j’ai vu mon père mourir du cancer à 52 ans. Réjean Tremblay, lui, s’est inspiré d’une mère de 38 ans en voie de guérison. Je lui ai parlé. Ça m’a permis de comprendre comment, en tant que femme, on vit une annonce comme celle-là. Le cancer ne touche pas que le corps, il affecte aussi la famille, le couple, la sexualité… il détruit tout ! Je me suis aussi demandé ce que moi, à 41 ans, je ferais si on m’annonçait que j’ai cette maladie. Suzie, mon personnage, craque, crie… J’ai toujours dit que Suzie était proche de moi, alors je m’abandonne.

Avec Marc Gagnon (Marc Messier), Suzie forme un couple mythique depuis une vingtaine d’années…
Ce couple nous inspire réellement dans la vie, Marc et moi. Chaque fois qu’on se voit pour jouer, c’est un pur délice. On prend soin de ces personnages. Pour nous, ils existent.

Vous avez formé un autre couple-vedette avec Roy Dupuis dans Les filles de Caleb. Si Suzie Lambert n’avait pas existé, y aurait-il eu Émilie Bordeleau ?
Une carrière, une vie, c’est un paquet de maillons qui forment une chaîne : Suzie a amené La grenouille et la baleine, qui a amené L’or et le papier, qui a amené Les filles de Caleb. Tout est lié.

Les filles de Caleb font partie des 12 émissions les plus écoutées de l’histoire de la télévision québécoise. Pourquoi, selon vous ?
D’abord, parce que c’est notre histoire : comment est né le Québec qu’on connaît aujourd’hui. Il y a cette quête d’identité très forte chez les Québécois. On est fiers de voir à l’écran ce qu’on était. Ensuite, on a rarement vu une série de cette qualité. Ça a été tout un défi d’adapter le fabuleux roman d’Arlette Cousture.

Des femmes étaient au centre de cette histoire. Était-ce une façon de rendre hommage aux Québécoises, selon vous ?
Arlette Cousture s’est basée sur la vie de sa mère et de sa grand-mère. À l’époque, les femmes vivaient souvent dans la grosse misère, elles avaient 12, 15 enfants ou plus… C’est ça, l’histoire du Québec ! Pendant que les hommes partaient bûcher dans les chantiers, les femmes gardaient le fort, s’occupaient des récoltes, élevaient les enfants. Les femmes ont joué un rôle énorme dans la construction du Québec. Et c’est vrai dans chaque culture.

Parlant culture, comment vous situez-vous dans le débat sur les accommodements raisonnables ?
Notre merveilleux pays est une terre d’accueil. On a ici de la place pour tout le monde. Mais lorsqu’on arrive quelque part, on doit respecter les mœurs et les coutumes de l’endroit… Les Québécois doivent s’inspirer des autres cultures, les accueillir, tout en ne reniant pas ce qu’ils sont profondément. Ils doivent se demander : « Qu’est-ce que ça veut dire être québécois ? »

Et pour Marina Orsini, qu’est-ce que ça veut dire être québécoise ?
Je suis née d’un père italien et d’une mère québécoise. J’ai grandi en français, en anglais et en italien. Pour moi, c’est ça, être québécoise : avoir toutes ces cultures en moi.

Vous parlez italien avec votre fils ?
De temps en temps. Et Thomas va dans une école bilingue, en plus d’apprendre l’espagnol. Mais, chez nous, le français, on y tient. Son père [Serge Postigo] est d’origine française : il est encore plus à cheval que moi sur la langue.

Quelle sorte de mère êtes-vous ?
Présente, active auprès de mon fils. J’aimerais être avec lui tout le temps. J’aime être une maman. C’est le plus grand rôle de ma vie.

Est-ce que vous songez à avoir un autre enfant ?
J’ai déjà 41 ans… mais je ne suis pas fermée à l’idée. Je pourrais aussi adopter… On verra. J’aime la vie de famille, c’est mon côté italien. Ma famille, c’est mon port d’attache. Et je transmets cette valeur à mon fils.

Est-ce que la quarantaine vous fait peur ?
Je viens d’une lignée qui n’a pas peur dans la vie. On est des travaillants, des curieux, des bâtisseurs, on est dans l’action. Ma mère, qui a 70 ans, est vraiment active ! Quand je la regarde, je ne crains pas de vieillir.

En septembre, vous avez annoncé que vous mettiez fin à votre relation avec Serge Postigo, après 12 ans de vie commune…
C’est un choix que j’ai fait. Je savais que la rumeur circulait et que ça allait être publié dans La Semaine. Ça aurait été hypocrite de ma part envers le public d’être derrière un micro pendant trois heures et demie tous les matins et que la nouvelle sorte dans un journal à potins. C’est pour ça que j’en ai parlé en ondes. Ça a duré moins d’une minute. J’ai dit : « Ce que vous allez lire est vrai : d’un commun accord, on s’est séparés, Serge et moi. Je ne vous en dirai pas plus. Ma vie privée, mes peines d’amour ne regardent personne. »

Comment voyez-vous votre avenir ?
Beau, grand, enrichissant. Mon avenir, c’est maintenant, et ma vie est remplie de grandes choses. J’ai des projets extraordinaires avec des gens que j’aime. Il y a des parenthèses dans la vie, des chapitres qui bousculent, blessent, font grandir autrement… Il faut s’accrocher pour mieux avancer. C’est mon but : regarder vers la lumière, vers ce qui vibre.

Comment s’annonce votre été ?
Je serai en vacances à la fin juin, en même temps que mon fils. On verra ce qu’on fera… Je vis dans l’immédiat. Tout à l’heure, je vais aller à la maison et ensuite, je prendrai mon fils à l’école pour une belle petite soirée. Ce qui me nourrit et m’inspire, c’est mon quotidien, ma vie de maman, d’animatrice, de comédienne et les rencontres, les échanges humains.

Si vous pouviez résumer votre vie en quelques mots, ce serait…
Quelle belle et grande aventure !

La femme engagée

Vous êtes porte-parole, depuis 17 ans, de Tel-Jeunes. Qu’est-ce qui motive cet engagement ?
Les gens de Tel-Jeunes et moi, on a les mêmes valeurs. On croit, même si c’est devenu cliché de le dire, qu’il faut s’occuper des jeunes parce qu’ils sont les adultes de demain. Je vais dans les écoles depuis 17 ans : je reçois une foule de témoignages. Dans la société d’aujourd’hui, les jeunes souffrent d’abord de solitude. Il faut les seconder, les soutenir, les encadrer. Tel-Jeunes aide chaque année 65 000 jeunes, de 5 à 20 ans. C’est une lumière dans leur vie.

Vous avez incarné à l’écran la docteure Lucille Teasdale qui, avec son mari, Piero Corti, a œuvré à l’Hôpital Lacor, en Ouganda, pendant plus de 30 ans.
Oui, et je suis toujours en contact avec leur fille, Dominique Corti, qui continue sa quête pour financer l’hôpital de ses parents. Je participe aux activités de la fondation, j’y crois absolument.

Vous êtes porte-parole du Salon des métiers d’art du Québec depuis sept ans. C’est une cause à défendre, pour vous ?
C’est ma façon à moi de promouvoir les produits québécois, les créateurs d’ici. On a tort de penser que parce que c’est québécois, c’est plus cher. Acheter québécois, c’est une façon plus intelligente de consommer.