Léa & Louise

In God They Trust, en effet

All others pay cash, comme dit Richard Desjardins.

Lea et Louise hires

Chère Léa,

Cette virée américaine que tu proposes, histoire de mieux comprendre le rapport que ce pays entretient avec la religion, je l’ai déjà faite. Deux fois. Dans les deux cas, ça ressemblait à la planète Mars.

Au cours d’un reportage sur les athées américains, j’ai rencontré des gens qui avaient perdu leur emploi après s’être affichés comme incroyants. D’autres qui luttaient contre les préjugés — un  soldat athée est un traître à la patrie, par exemple. D’autres encore, la majorité, qui passaient leur vie à faire semblant pour avoir la paix, pour que leurs enfants puissent jouer avec les petits voisins, pour que leurs parents continuent à les fréquenter.

Pour mon incursion au coeur de la chrétienté américaine, j’avais choisi Colorado Springs, qui n’est pas dans la Bible Belt mais qui, avec des avantages fiscaux alléchants, avait  réussi à attirer les sièges sociaux de dizaines d’organismes religieux (dont le très puissant Focus on the Family).

La ville, magnifique, comptait moins d’un demi-million d’habitants. Et l’annuaire téléphonique comptait 18 pages d’églises. Certaines, grandes comme des IKEA (et aussi bondées) étaient équipées de piscines jouxtant l’autel, où revivre son baptême. J’avais fait des entrevues avec des bands de jeunes punks chrétiens, assisté à des bals de pureté, et participé (moi l’athée convaincue) à des armées de prière. Des gens ordinaires, apparemment sains d’esprit, qui se mobilisent pour prier tous à la même heure et pour la même chose, la paix au Moyen-Orient, disons. La prière en tir groupé est une technique très efficace pour affaiblir le démon, m’avait-on expliqué.

Des red-necks bornés ? Non. Ou en tout cas pas seulement. Des années plus tard, à New York, j’ai rencontré un prof d’université à qui j’avais mentionné (je ne sais plus dans quel contexte), que je vivais en union de fait. « Si ma fille faisait ça, m’avait-il répondu, I would hang myself. »   Je me pendrais. Et il était parfaitement sérieux.

La planète Mars, je te dis.

Ça fait  10 ans de ça mais je ne crois pas que ça ait beaucoup changé. Dans une grande partie des États-Unis, la religion est tricotée au coeur même de la vie. Dans cette société très mobile (les gens changent de ville ou d’État beaucoup plus facilement que nous), on se refait un réseau via son église pentecôtiste, baptiste ou anglicane. Beaucoup d’athées se réfugient ainsi dans l’Église unitarienne universaliste, une communauté spirituelle humaniste qui a comme caractéristique… de ne célébrer aucun dieu en particulier.

Wal-Mart, devenue l’entreprise la plus rentable au monde, avec des profits (pas des revenus, des profits !) de 16 milliards de dollars l’an dernier, impose ses valeurs morales à ses fournisseurs (refusant par exemple de mettre sur ses tablettes un magazine présentant un couple gai qui s’embrasse…)

Le parti Républicain (et par le fait même la démocratie) est encore pris en otage par cette frange de conservateurs puritains.

Cela dit, il y a de l’espoir. Selon le Pew Research Center, 16 % des Américains se définissent comme athées ou agnostiques (religions.pewforum.org).  C’est la minorité « religieuse » en plus forte croissance.

On ne sait pas. Après un président noir et, peut-être bientôt une femme, nos voisins finiront peut-être un jour par élire un président athée ?

Louise