Générale

Des saints et des dieux

Savez, moi, le bon Dieu, pas trop. Mais certains hommes de Dieu suscitent mon admiration. Comme ceux du film « Des hommes et des dieux. »

Et ceux avec qui j’ai discuté du film, le père dominicain Benoît Lacroix et le frère André Barbeau, abbé à Val Notre-Dame (Oka). Les hôtelleries d’abbayes affichent complet depuis la sortie du film. Ça ne m’étonne absolument pas. Les endroits où cultiver le silence extérieur et intérieur sont devenus si rares. Les frères cisterciens sont également végétariens (depuis 1098!), mais donnent un peu de carne aux invités du côté de l’hôtellerie.

C’est pas le sujet, de toute façon. J’ai eu le grand bonheur de discuter avec eux, leur voix me calme, leurs raisonnements aussi. Volontairement, ils se tiennent éloignés du tourbillon et constatent qu’il ne s’apaise pas. Par leurs prières, leur recueillement, leur écoute, leur générosité, leur disponibilité, ils nous accueillent. Je ne leur en demande pas davantage. Ils portent une lumière en eux qui nous éclaire.

Incidemment, j’ai appris ce matin que j’étais une sainte. Ne riez pas, c’est Jean d’Ormesson qui le prétend. Vous lirez l’entrevue qu’il donne à Luc Bouchard dans la dernière livraison du magazine L’actualité et qui m’a vraiment donné envie de lire son dernier livre  « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

« J’admire beaucoup les athées. Parce que les gens qui croient en Dieu, eux, ont le ciel. Ils savent que s’ils font le bien, ils auront une récompense. Mais les athées qui se sacrifient pour les autres, qui donnent leur argent aux pauvres et vont visiter les malades ou les prisonniers sont des espèces de saints qui donnent réellement gratuitement, puisqu’ils ne croient en rien. Dans ce livre, je dis que les athées sont peut-être les seuls qui méritent le surnom de « saints » et qu’ils seront sûrement assis un jour à la droite de ce Dieu auquel ils ne croient pas. »

Moi, j’admire vraiment les gens qui croient qu’on peut s’asseoir à la « droite » de Dieu. Je serais plutôt de gauche, m’enfin…

Mon cœur est devenu capable d’accueillir toute forme. Il est pâturage pour gazelles et abbaye pour moines ! Il est un temple pour idoles et la Ka’ba pour qui en fait le tour, Il est les Tables de la Torah et aussi les feuillets du Coran ! La religion que je professe est celle de l’Amour. Où que se dirigent ses caravanes, l’amour est ma religion et ma foi ! Ibn ‘Arabi, mystique soufi, 1165-1240

extrait du Traité de l’Amour publié dans Le Maître d’amour, par Nja Mahdaoui et Rodrigo de Zayas, Albin Michel, 2004

(Envoyé par l’abbé André Barbeau)