Société

J'ai changé de vie : Nakuset a retrouvé ses racines autochtones

Née d’une mère crie, au Manitoba, Nakuset a grandi dans une famille adoptive à Montréal. Elle a depuis retrouvé et embrassé sa culture autochtone jusqu’à changer son nom. Elle se consacre maintenant aux femmes inuites et des Premières Nations en situation d’itinérance. Un retour à ses racines qui lui a permis de prendre son envol.

Nakuset

Photo : Marie-Claude Fournier

Mon enfance…

Elle a été misérable. Je me suis toujours sentie incomprise, perdue et rejetée. J’avais une très mauvaise relation avec mes parents adoptifs. Comme ils étaient persuadés que j’allais leur causer des problèmes, ils étaient beaucoup plus stricts avec moi qu’avec mon frère et ma sœur. Ils me disaient que j’allais sans doute finir droguée et prostituée… J’ai été élevée dans la honte de ma culture d’origine. J’ai eu beaucoup de mal à m’accepter physiquement– je suis allée jusqu’à me teindre en blonde! Je pensais que, si je rejetais mes racines comme le faisaient mes parents, ils finiraient par m’aimer… J’ai quitté la maison à 18 ans.

Ce que je suis aujourd’hui

J’ai demandé mon statut d’Indienne, je suis retournée aux études, puis j’ai retrouvé ma famille biologique en Saskatchewan, plus précisément au lac la Ronge, où vivait ma mère. En 1999, j’ai commencé à travailler au Native Women Shelter à Montréal. Aujourd’hui, j’ai 50 ans et je suis la directrice de l’organisme. On accueille des femmes autochtones et leurs enfants. On ouvre d’ailleurs bientôt une maison de transition avec 23 petits appartements. Sur place, les femmes pourront avoir accès à des psychologues, des intervenants en toxicomanie, etc.

J’ai voulu revenir à mes racines parce que…

C’est ce que je voyais chaque fois que je me regardais dans un miroir. Ma sœur et mon frère étaient blonds, et je sentais bien que je n’appartenais pas à cette famille. J’étais fascinée par tout ce qui touchait ma culture d’origine. Les premiers autochtones que j’ai rencontrés étaient des Mohawks et j’étais une éponge auprès d’eux. Je copiais leur accent et je voulais tout savoir sur leur vie.

Ce que mon nom représente

En 1994, j’ai travaillé sur le film de Disney Squanto, qui parlait des Premières Nations. On portait des tenues d’époque, on faisait des danses et des chants traditionnels… J’ai raconté mon histoire aux autres autochtones qui étaient là. L’un des anciens m’a dit que j’étais forte et lumineuse, et il m’a donc donné le nom de Nakuset qui, en langue micmaque, signifie «soleil». Recevoir ce nom a été un honneur pour moi et c’est celui que j’utilise depuis. Peu de gens me connaissent sous mon ancien nom.

Photo : Marie-Claude Fournier

Une personne qui m’a inspirée

Mon modèle, c’est Mary Two-Axe Earley. J’ai eu la chance de la rencontrer à l’âge de 25 ans. Cette femme de Kahnawake a épousé un Irlandais et est partie vivre avec lui à New York pendant de nombreuses années. Quand il est décédé, elle a voulu retourner dans sa communauté, mais celle-ci a refusé. Selon la Loi sur les Indiens, si une autochtone marie un Blanc, elle perd son statut d’Indienne et doit quitter la réserve. Par contre, si un homme autochtone épouse une Blanche, sa femme ainsi que tous leurs enfants reçoivent le statut. Mary, qui était alors dans la soixantaine, s’est battue jusqu’aux Nations unies pour faire changer la loi. Cela a pris 20 ans, mais elle a réussi !

Ce qui me rend fière

Mes trois garçons, qui portent tous des noms cris. À 21 ans, j’étais fiancée à un Canadien francophone. Je me suis dit que, si je l’épousais, ma descendance aurait moins de sang autochtone. Je sentais que j’avais la responsabilité d’ajouter des autochtones sur cette terre, car la communauté est en train de s’éteindre. On ne s’est finalement pas mariés. J’ai épousé plus tard un Cri, qui est le père de mes enfants.

Un moment qui m’a marquée

La première fois que je suis allée à un pow-wow. J’avais 23 ans. C’était un moment incroyable ! Je me souviens m’être dit : « Ça, c’est mon peuple ! » Le rythme, la musique… Il n’y a rien de plus puissant. J’y retourne tous les ans depuis.

Une qualité que je possède

Je suis accro à la réussite. Et je possède la persévérance pour y arriver. Quand on est autochtone, on a l’habitude de se faire dire non. Lorsque quelqu’un m’annonce une mauvaise nouvelle ou rejette une demande que j’ai faite, j’y suis déjà préparée ! Mais si on ne tente pas d’obtenir quelque chose, on ne l’aura jamais. Donc, j’essaie tout et je frappe à toutes les portes. Et j’ai eu la chance de récolter de bons résultats.

J’aime maintenant ma vie parce que…

J’ai brisé le cercle. Ma mère biologique a été violente envers ma sœur et moi pendant les trois années où j’ai vécu avec elles avant d’être adoptée. Ma mère avait elle-même été violentée au pensionnat. Après quoi, elle a fait la fête et elle a eu des enfants dont elle ne s’occupait pas et qui lui ont été retirés. Ma sœur a fait la même chose avec ses propres enfants. Je suis donc la première dans ma famille à ne pas boire, à ne pas prendre de drogue et à avoir gardé ses enfants.