Ce que le cancer a changé entre ma soeur et moi

Sylvie Moreau et sa soeur jumelle, Nathalie, Marie-Pier Porlier et sa soeur Caroline, Stéphanie Lemieux et sa soeur Julie… 6 femmes racontent comment le cancer a changé leurs rapports.

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Soeurs-Lemieux

Photo: Louise Savoie

Stéphanie Lemieux
41 ans, enseignante en adaptation scolaire, en couple, mère de trois filles de 8, 12 et 15 ans
et sa sœur, Julie Lemieux
37 ans, directrice d’un service d’archives, célibataire, mère de deux garçons de 10 et 12 ans
cancer du sein diagnostiqué à l’automne 2012

Stéphanie. Ce sont nos parents qui m’ont appris que Julie avait le cancer. Sur le coup, je n’y croyais pas. Ma petite sœur était trop jeune pour ça !

Julie. Avant la maladie, j’ai vécu un divorce difficile. J’ai coupé les ponts avec à peu près tout le monde, y compris Stéphanie, le temps de panser mes plaies. C’était une question de survie.

Stéphanie. La maladie nous a rapprochées. Pendant ses traitements, on a été en contact tous les jours et on s’est vues chaque semaine. Aujourd’hui, on continue de se rencontrer fréquemment.

Julie. Au départ, les médecins étaient pessimistes. Ils m’ont conseillé de préparer mon testament. Finalement, des tests plus poussés ont révélé que les taches sur mes poumons et sur mon foie n’étaient pas cancéreuses. Mais ça a pris six mois avant que mon cancer soit rétrogradé d’un stade IV [le plus grave] à un stade moindre. Le pire a été de me demander ce qui arriverait à mes enfants. Ils sont adoptés et ça me fendait le cœur de penser qu’ils seraient de nouveau déracinés. Ma sœur a tout de suite accepté de prendre à temps plein le plus vieux, qui souffre d’un trouble d’attachement et a des besoins particuliers, et d’avoir le plus jeune en garde partagée avec mon ex. C’est le plus beau cadeau qu’elle pouvait me faire.

Stéphanie. Nos parents étaient très inquiets et j’ai agi comme tampon entre elle et eux. Je les écoutais et j’essayais de les rassurer pour que Julie puisse se concentrer sur ses enfants et sa guérison.

Julie. Stéphanie m’a accompagnée à un rendez-vous important, au cours duquel j’allais savoir si la chimio donnait des résultats. Je savais qu’elle allait écouter attentivement et poser les questions qui m’échappaient. Elle a une telle maîtrise de soi. En même temps, avec elle, je n’étais pas juste une malade. J’étais encore moi. On faisait des activités normales, comme magasiner, manger au restaurant, voir un film. Et on riait, pour éviter que ça devienne trop lourd.

Stéphanie. Une fois les traitements de Julie terminés, on s’est toutes les deux fait tatouer un ruban rose. Il me rappelle que la vie est fragile et qu’il faut profiter de chaque moment.

Soeurs-Poirier

Photo: Louise Savoie (Merci au personnel du Bistro Dolcetto & Co pour son accueil lors de la séance photo.)

Marie-Pier Porlier
36 ans, infirmière-chef, en couple, mère d’un garçon de 5 ans et d’une fille de 7 ans
et sa sœur,
Caroline Porlier
38 ans, consultante en solutions d’affaires, en couple, mère d’un garçon de 11 ans et d’une fille de 12 ans
cancer du sein diagnostiqué au printemps 2012 ; récidive au printemps 2015

Marie-Pier. Comme infirmière, j’avais déjà administré des traitements de chimio au centre où Caroline était soignée. Je savais exactement dans quoi on s’embarquait – je dis « on » parce que, avec le cancer, c’est toute la famille qui est touchée. D’un côté, ça me rassurait de savoir qu’elle était entre les mains d’une équipe ultracompétente. De l’autre, j’étais au courant des difficultés à venir.

Caroline. La maladie fait peur à tellement de monde, j’admire la capacité de Marie-Pier à y faire face. Le fait qu’elle connaisse bien le cancer du sein a été précieux. Surtout que mon médecin parlait de manière très technique. Elle est venue à quelques rendez-vous, a posé des questions et a vulgarisé le tout pour moi.

Marie-Pier. Je lui ai aussi expliqué comment fonctionnait la chimiothérapie. La séance d’information à laquelle elle devait assister avant le début de ses traitements avait lieu pendant nos vacances. Je me suis arrangée avec ses infirmières pour la lui donner moi-même de sorte qu’on puisse rester plus longtemps chez notre père, en Gaspésie.

Caroline. Pendant la maladie, Marie-Pier m’a déniché de beaux foulards pour cacher ma perte de cheveux et, à la fin des traitements, elle m’a offert des fleurs. Mais le geste qui m’a le plus aidée, ç’a été qu’elle et ma mère prennent chacune leur tour mes enfants, les soirs où mon chum travaillait. J’étais exténuée – à un moment, je pesais à peine 80 livres –, et faire semblant d’être en forme pour eux me demandait énormément d’énergie. Le matin, pour garder un peu de normalité, je les aidais à se préparer pour l’école, mais dès que la porte se refermait derrière eux, je m’effondrais directement à l’endroit où j’étais. Ne pas avoir à m’occuper d’eux seule m’a enlevé un gros poids.

Marie-Pier. Caro a connu d’autres ennuis de santé avant et je suis continuellement ébahie par sa force à travers ces épreuves. En apprenant la nouvelle de son cancer, notre mère a dit : « Qu’est-ce qu’on va faire ? » Au lieu de se demander pourquoi le sort s’acharnait sur elle, Caro a répondu : « On va se retrousser les manches et on va passer au travers. »

Caroline. On a toujours été très proches. Avec le cancer, on a eu une preuve de plus qu’on serait toujours là l’une pour l’autre.

Soeurs-Moreau

Photo: Louise Savoie

Sylvie Moreau
50 ans, comédienne, en couple
et sa jumelle,
Nathalie Moreau
50 ans, chef de promotion télévisuelle, en couple, mère de trois garçons de 22, 24 et 25 ans
cancer de l’ovaire diagnostiqué à l’automne 2012 ; récidive au printemps 2014

Sylvie. Avoir une jumelle est un privilège. Nous vivons un amour idéal, inconditionnel. Mais l’envers de la médaille, c’est la peur vertigineuse de perdre l’autre. Quand on a su que le cancer de Nathalie n’était pas génétique, ça l’a soulagée, mais, moi, j’étais presque déçue. J’avais l’impression d’avoir manqué de solidarité.

Nathalie. J’ai protégé un peu mes enfants, mais à ma sœur – et à mon conjoint – j’ai tout dit. Je savais qu’elle était capable d’en prendre. J’avais la certitude que jamais je n’aurais à vivre seule un moment de désespoir parce que je pouvais l’appeler n’importe quand. Ce n’est pas rien !

Sylvie. Moi, je désirais tout savoir. Je ne voulais pas vivre dans le déni ou me faire surprendre. Je lui suis très reconnaissante de cette franchise. Savoir qu’elle ne me cachait rien m’a apporté beaucoup de paix.

Nathalie. C’est Sylvie, avec mon conjoint, qui a annoncé la nouvelle à mes enfants alors que j’étais à l’hôpital. Ça m’a enlevé un poids énorme. Peu importe la suite des choses, je sais qu’elle sera présente auprès d’eux. C’est très important pour moi.

Sylvie. J’étais là quand elle s’est réveillée de son opération et que l’oncologue a confirmé le diagnostic. Je suis aussi passée la voir pendant toutes ses séances de chimio. Ça m’a aidée à apprivoiser la maladie, à la concrétiser.

Nathalie. Le cancer de l’ovaire a un haut taux de récidive. Je vis maintenant avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Comme dans le cas d’un deuil, il faut un certain temps pour réaliser à quel point la vie ne sera plus jamais la même. Ce n’est qu’aujourd’hui que je le mesure réellement.

Sylvie. Ce cancer est une épreuve pour nous deux. On la traverse différemment, mais on la partage. C’est pour cette raison qu’on s’est associées à l’Institut du cancer de Montréal [elles sont porte-parole de la campagne de financement]. Dans cette implication, on est sur un pied d’égalité.

Nathalie. Depuis la maladie, on crée plus d’occasions de se voir et quand on fait des plans, on ne les annule pas. Sauf que moi, j’ai le droit de dire que je suis trop fatiguée !

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