Ma parole!

La dictature des tailles

« J’ai tout de même quitté le magasin la mine basse. Je me sentais mal de me sentir mal à cause d’une étiquette. » Trouvez-vous, comme Geneviève Pettersen, que les marques et les magasins dictent aux femmes comment s’habiller en fonction de leur âge?

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Ceux qui me suivent sur les médias sociaux savent que ma dernière séance de magasinage s’est soldée par une petite montée de lait. C’est que j’ai osé essayer un chandail faisant partie d’une collection «réservée» aux jeunes femmes, voire aux adolescentes. Allez savoir pourquoi, j’étais apparemment la seule personne sur terre à ignorer que cette marque de vêtements n’était pas conçue pour moi, c’est-à-dire non destinée à la trentenaire mère de trois enfants que je suis.

Photo: iStock

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Je magasine, donc, et, au bout d’une allée,  j’aperçois un chandail que j’aime. Je décide de l’essayer. Je me saisis du seul chandail de taille M restant et me dirige vers la cabine. Là, sous l’éclairage cruel et sans pitié des néons, le chandail manque de me péter sur le dos. Pourtant, j’ai perdu du poids et je m’entraîne quand même pas mal. À ce moment précis, je dois avouer que je me suis vraiment sentie comme de la marde. Mais je me suis ressaisie. Ce n’est pas vrai que j’allais laisser une grandeur de chandail avoir le dessus sur moi. Je suis sortie de la salle de torture et je suis revenue illico avec une taille L. Celui-là m’allait comme un gant et je l’ai acheté.

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J’ai tout de même quitté le magasin la mine basse. Je me sentais mal de me sentir mal à cause d’une étiquette. J’étais aussi fâchée parce que j’ai vraiment eu l’impression que ce magasin criait haut et fort que ça ne lui tentait pas d’habiller des filles qui portent plus que du XL.

J’ai donc publié un statut Facebook qui dénonçait le fait que j’avais l’impression que certains vêtements ne semblaient pas destinés à toutes les femmes. Là, des dizaines de personnes sont venues me dire que j’avais tort et que, justement, je n’avais qu’à acheter mon linge du côté des madames.

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Ben imaginez-vous donc que ça me fait suer royalement qu’on me dicte comment m’habiller. Dans cette boutique, on divise l’inventaire. Dans un coin il y a les vêtements qui s’adressent aux jeunes femmes et qui sont, disons-le, beaucoup plus tendance et bien moins chers, et de l’autre, ceux pour les femmes comme moi et les femmes matures (bruit de toussotement). Comme si on était obligées de se conformer à une certaine image en fonction de notre âge. Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre le marketing et il est tout à fait normal que les marques ciblent leur clientèle, mais je débarque quand l’image qu’elles ont des femmes est à ce point formatée. Il est grand temps selon moi que les fabricants de vêtements et les faiseurs d’images se réveillent et offrent aux femmes des vêtements qui leur ressemblent, et ce, dans toutes les tailles.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)