Vie pratique

Comment apprendre à dire « non » à ses enfants

Le plus jeune demande plus de temps d’écran. Sa sœur, elle, souhaite avoir un chiot. Et que dire de l’ado qui veut à tout prix se faire percer le nombril ? Savoir négocier est une compétence qu’il faut acquérir comme parent. Voici quelques façons d’apprendre à dire « non » pour la quiétude de sa famille… et pour préserver sa santé mentale.

« S’il te plaît ! Steplaît ! Steplaît ! » Il serait si facile de consentir aux nombreuses requêtes de ses enfants lorsqu’on est fatiguée, surtout en fin de journée. Pour leur propre bien-être, cependant, il faut savoir dire « non ».

Pourquoi ? Parce que la vie elle-même comporte des règles et des cadres, et qu’il est préférable de faire l’apprentissage de cette réalité à la maison, selon Nadia Gagnier, psychologue et ex-animatrice de l’émission Dre Nadia, psychologue à domicile (Canal Vie). « Si ce ne sont pas les parents qui nous l’apprennent, ce sera l’éducatrice, l’enseignante… ou les policiers ! C’est beaucoup plus chaleureux de se faire dire “non” par notre douce maman », lance l’autrice et conférencière.

Bien sûr, ces limites sont frustrantes ! « Mais elles sont aussi sécurisantes, surtout si elles sont fixées avec constance et cohérence­ », dit-elle.

Mieux outillé pour la vie

Les enfants qui apprennent à tolérer les frustrations sont également mieux équipés pour gérer leurs émotions, selon la psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers, qui a écrit Le bonheur d’être un parent imparfait (Guy Saint-Jean Éditeur). « On observe que les enfants de parents trop permissifs sont anxieux, car ils ne savent pas où sont les limites. Ils ont aussi un niveau de maturité plus faible, parce qu’ils n’ont jamais appris à tolérer un refus », dit-elle.

Quand dire non ?

On doit d’abord établir la distinction entre ce que les enfants veulent et ce dont ils ont besoin, d’après la psychologue Nathalie Parent, autrice de La famille et les parents d’aujourd’hui : la communication entre parents et enfants (Édition Québec-Livres). « On répond aux besoins fondamentaux des enfants, mais on ne répond pas à tous leurs désirs. Il faut faire la différence », insiste-t-elle.

Selon Nadia Gagnier, il existe aussi des circonstances où un refus peut être mal avisé. « Le pire serait un “non” qui contraint l’expression des émotions de l’enfant. Comme dire “ne pleure pas”, ou “ne te fâche pas”. C’est très malsain ! Toute émotion est acceptable », explique-t-elle. Si la colère de notre enfant mène aux coups, par exemple, la violence en tant que telle est répréhensible, mais sa colère demeure valable.

Bien exprimer son refus

Parfois, non, c’est non. Dans la mesure du possible, Nathalie Parent suggère d’assortir son refus de solutions de rechange. « Au lieu d’opposer un “non” catégorique, on peut dire “oui, mais pas pour le moment”, par exemple. Ça laisse une ouverture », affirme-t-elle.

Stéphanie Deslauriers conseille aussi de justifier ses décisions, puisqu’on a tendance à mieux accepter ce que l’on comprend. « Une petite explication suffit, rien de bien compliqué. Ça peut être : “quand tu es sur un écran, on ne te voit pas et je m’ennuie de toi” », avance-t-elle.

Cette approche est importante à partir de l’adolescence, selon cette maman d’une fillette de 3 ans et belle-maman d’un garçon de 14 ans. « Nos ados développent un esprit critique, et c’est correct. Même si parfois, ça peut nous obliger à nous questionner », fait-elle remarquer.

Nadia Gagnier est du même avis. « Les ados ont une maturité cognitive que les jeunes enfants n’ont pas. Ils ont besoin de savoir que notre décision est réfléchie, qu’elle repose sur des arguments. C’est plus facile à avaler. Ils ont l’impression qu’on respecte leur intelligence », dit-elle.

En plus de démontrer que notre refus est rationnel, et non pas émotif, il est aussi important d’exprimer qu’il n’est pas irrévocable. « Lorsqu’on dit “non, pas aujourd’hui, mais on en reparlera plus tard”, ça montre à l’adolescent qu’on comprend que notre rôle de parent est éventuellement d’élargir ces limites », conclut Nadia Gagnier.