Des fêtes sans frénésie

Et si on disait non au stress, à la surabondance, à la crise de foie? Si on relâchait la pression et qu’on prenait le congé des fêtes pour se reposer? Mode d’emploi pour un Noël (un peu) plus zen.

 
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Photo: Stocksy/LUMINA

Noël approche. Et, soyons honnête, on angoisse déjà à l’idée de tout ce qu’il y aura encore à faire. Elle est passée où, l’époque où l’on pouvait relaxer pendant le congé des fêtes ? Où l’on n’avait pas à parcourir des centaines de kilomètres en quelques jours afin de faire plaisir à tout le monde (quitte à nier ses besoins essentiels) ?

Chaque année, on essaie pourtant de planifier, de s’organiser, de mettre toutes les chances de son côté pour que ça se passe bien. Or, c’est toujours à l’instant précis où l’on termine, à bout de souffle, la valse magasinage-popote-ménage-valises – dont le rythme tient davantage de la polka – et qu’on pense avoir enfin réussi à tout gérer comme une pro que le système immunitaire déclare forfait pour cause de surmenage ou de virus rapporté de la garderie par fiston… Retour au plancher des vaches et rappel cuisant que nul n’est surhumain. Aïe ! ça fait mal.

Bon an, mal an, on est nombreux à traverser les fêtes en mode « survie ». L’anxiété générée par cette période engendrerait même des symptômes physiques chez plusieurs. Le rythme cardiaque des gens en plein shopping de Noël peut augmenter de 33 %, selon une étude britannique menée l’an dernier… Autant que s’ils couraient un marathon !

« Il s’agit d’un moment où le niveau de stress est en général élevé, confirme la psychologue Stéphanie Léonard. Les facteurs les plus en cause sont les soucis d’argent, la recherche de cadeaux et le manque de temps. Quand on ajoute à tout ça une foule de tâches, en plus de la fatigue liée au manque de sommeil, ça commence à faire pas mal d’ombrage sur les festivités ! Et c’est encore plus difficile quand on a aussi à s’occuper de jeunes enfants. »

Un peu de lenteur…

Pourquoi s’infliger un tel rythme ? Myriam*, une acupunctrice de 42 ans, mère de deux petits, rejette ce stress. « Je ne m’impose plus ça, déclare-t-elle. Quand on a eu nos enfants, les premières années, on partait visiter nos familles à l’extérieur de Montréal. On embarquait tout le stock – les valises, les cadeaux, les plats à partager… L’auto débordait. Puis, on roulait de longues heures. On dormait une nuit à un endroit, puis on devait quitter le lendemain pour le prochain arrêt. Nos proches étaient déçus : “Vous ne restez pas assez longtemps !” Bref, on se tapait tout ça, on se brûlait, mais personne n’était satisfait. »

Le couple a changé d’approche. « Aujourd’hui, on vise des fêtes simples, épurées… feng shui ! » lance Myriam en riant. Ils ont décidé de s’offrir du repos, envers et contre tout. Ils restent à la maison le plus possible, ne s’imposent pas de soupers de groupe si le cœur n’y est pas et refusent la dictature des dates. « Se voir absolument parce que c’est le 24 ou le 25 décembre ? Pourquoi pas le 26, le 27 ou le 28 ? Ou bien en janvier ? »

Certaines années, s’ils se sentent d’attaque, ils acceptent davantage d’invitations. Cela dit, le premier réveillon intime qu’ils ont osé s’offrir – seulement son conjoint, elle et leurs deux enfants – demeure, à ce jour, leur plus beau Noël. Pas de banquet ni de piles de cadeaux, mais un petit souper tranquille, de la musique douce et des chandelles. « C’était magique. C’est là qu’on a compris qu’on avait raison de vouloir ralentir. »

Vanessa Giguère, 30 ans, en est arrivée à la même conclusion. Il faut dire qu’à cause de son travail de styliste technique, elle n’a jamais pu profiter de longues vacances durant les fêtes. Et c’est sans compter que ses parents, comme ceux de son conjoint, sont divorcés et habitent en région… « Quand j’ai eu mon deuxième enfant, j’ai dû me rendre à l’évidence : quatre partys et autant d’allées et venues en quelques jours, ça n’avait plus de bon sens ! On a tout arrêté. On ne se déplace plus, ou le moins possible. Par contre, nos proches savent que, s’ils veulent nous voir, notre porte est toujours grande ouverte pour eux. On pourra bruncher ensemble tranquillement et personne ne sera stressé ! »

Adepte de la lenteur et de la consommation responsable, la famille s’est créé d’autres belles traditions. « Ma mère et moi, on prend toujours une journée pour faire des biscuits au pain d’épices. Ma fille de six ans adore ça. Et plutôt que d’acheter des cadeaux, on fabrique des présents personnalisés pour chacun. Mamie aime les noix ? On décore un joli pot et on le remplit de toutes sortes d’amandes aromatisées qu’on a préparées, par exemple. »

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Photo: Stocksy/Studio Firma

Zone de confort

Tout cela est bien inspirant, mais un tel changement ne se fait pas en claquant des doigts. Car ne modifie pas qui veut les sacro-saintes traditions familiales ! Myriam et Vanessa en savent quelque chose – leurs proches ont manifesté une certaine résistance lorsqu’elles ont affirmé leur besoin de célébrer autrement.

Selon la psychologue Stéphanie Léonard, elles ont toutefois eu raison d’insister, car il est essentiel de s’écouter. « Il faut réfléchir à ce qui est important pour soi et le prioriser afin de canaliser son énergie au bon endroit. On ne réussira pas à voir sa famille éloignée ET à se reposer dans un court laps de temps, c’est irréaliste ! Et tant qu’on n’exprimera pas ses limites, on va continuer de s’épuiser, d’année en année. »

Les questions à se poser : se manque-t-on de respect quand on fait abstraction de ses besoins et de ses valeurs pour plaire aux autres ? Jusqu’où peut-on faire des compromis ? Par exemple, tient-on sincèrement à signer le No Gift Act (voir la galerie ci-bas) ou est-on simplement influencée par une mode ? Il faut le savoir, car, comme le note la psychologue Nadia Gagnier, « entrer en conflit juste pour se sentir dans l’air du temps, ça ne vaut pas le coup ! ». Si c’est toutefois crucial pour soi, il faut le dire.

Non à la culpabilité

On fait (silencieusement) des vœux pieux à la Dominique Michel chaque Premier de l’an : « C’était la dernière fois que je me tapais ça ! L’an prochain, ne comptez pas sur moi, je passe mon tour ! » Or, l’année suivante, on retombe à coup sûr dans le panneau, le sentiment de culpabilité ayant raison de notre volonté. On abdique devant les réserves des uns et des autres.

Une grossière erreur, selon Myriam. « Si on veut être capable d’établir ses limites sans culpabiliser quand arrive le temps des fêtes, il faut se forcer à le faire toute l’année. Pour s’entraîner, en quelque sorte. C’est de cette façon que je suis parvenue, petit à petit, à faire face à la pression extérieure qui revient toujours à l’approche de Noël », dit-elle. Pas fou ! Après tout, choisir son bien-être physique et mental, c’est à la fois un merveilleux cadeau à se faire, une brillante résolution à prendre et une charmante tradition à instaurer. On l’inscrit tout en haut de sa todo list des fêtes, cette année ?

*Prénom fictif

 

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