Comment encourager les femmes à se lancer en affaires?

On l’entend un peu partout. Les gouvernements, les institutions, les politiciens, tous veulent valoriser l’entrepreneuriat au féminin. Mais comment devrait-on faire ça, au juste?

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Photo: iStock.com/julief514

Sortons les trompettes! Chez les nouveaux propriétaires d’entreprises, la parité hommes-femmes est atteinte, révèle l’indice entrepreneurial québécois 2017 de la Fondation de l’entrepreneurship. En 2017, les entreprises ayant moins d’un an d’activité étaient dirigées par des femmes à 51,4 % et des hommes à 48,6 %. Il y a là de quoi se réjouir!

Or, quand on regarde sur le plus long terme, le portrait est complètement différent. Au Québec, en 2017, près de 9 femmes sur dix continuent de préférer le statut d’employée à temps plein ou à temps partiel, comparativement à celui d’entrepreneure. Au pays, les femmes ne dirigent que 17 % des PME de moins de 5 employés et à peine 4 % des PME de 100 à 500 employés. On peut donc conclure que bien qu’elles aient envie de se lancer en affaires — et elles le font —, elles ont du mal à y rester. Alors, comment les aider?

Une étude commandée par la Société d’aide au développement des collectivités Centre-de-la-Mauricie et le réseau Femmessor Mauricie concluait récemment que la charge mentale freinait la croissance des entreprises menées par des femmes. Vous savez, ce fameux hamster qui s’assure que les besoins de tout le monde soient comblés? Manteau de printemps, cadeau pour la fête du petit ami, billets de spectacle, inscription au camp de jour, rendez-vous chez le dentiste… Je l’avoue, moi, ça freine mon entreprise. Parce que mon petit hamster ne s’arrête jamais. Parce que c’est mon rôle (à moi aussi, pas juste mon conjoint) de combler les besoins de ma famille.

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Le Portrait des Québécoises en 8 temps du Conseil du statut de la femme constate que les femmes sont de plus en plus nombreuses à faire des études universitaires. Elles terminent donc leurs études à un âge plus avancé qu’avant.Par la suite, diplôme en poche, elles travaillent pour bâtir leur carrière. Puis viennent les enfants.

Et quoi de mieux qu’un congé parental, pour réfléchir à sa carrière! Soudain, les femmes ont envie d’équilibre. Elles se rendent compte que leur milieu de travail et leur belle carrière ne sont pas tout à fait compatibles avec leur réalité. Surtout celle d’une mère d’enfants en bas âge. Elles quittent donc leur emploi. Le perdent, aussi, parfois.

L’entrepreneuriat, pour plus de souplesse

Pour certaines jeunes mères, une solution s’impose: créer leur propre entreprise. Elles pourront ainsi continuer de développer leur réseau et leurs compétences dans un contexte plus souple.

Elles se butent alors à la vision classique de l’entrepreneuriat. Il faut faire des profits. Et vite! Les financiers cherchent des licornes — ainsi qu’on appelle les jeunes pousses qui font beaucoup, beaucoup d’argent rapidement — plutôt que des entreprises durables. Ces jeunes mères se retrouvent donc tout en bas de la liste pour obtenir du financement. Elles croient en leur entreprise, mais n’y travaillent pas autant que le jeune geek qui développe la prochaine application de l’heure, disons.

L’an dernier, j’assistais à une discussion sur le capital de risque lors du Rendez-vous du Réseau M. Ces investisseurs cherchent à investir dans des entreprises en démarrage, notamment du secteur technologique. Sylvain Carle, associé chez Real Ventures, une société de capital de risque, y mentionnait que, sur dix projets financés, un seul verra le jour. C’est la raison pour laquelle les investisseurs cherchent des entreprises qui feront le plus d’argent, le plus rapidement possible… pour rentabiliser leurs investissements !

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L’accès au capital, tendon d’achille

Les jeunes entrepreneures, passionnées par leur projet, s’investissent corps et âme, encouragées par leurs proches. Mais statistiquement, elles ont accès à moins de capital de démarrage, et à encore moins de capital de croissance que les entrepreneurs masculins. Les structures de financement d’entreprise ont été bâties par des hommes, pour des hommes. Les critères de performance principalement sont davantage basés sur la finalité comptable que la durabilité de l’entreprise, que la qualité des emplois proposés. Il y a bien certains programmes de financement pour les femmes, comme Femmessor. Mais ces programmes ont souvent la même exigence: il faut faire de l’argent, pis vite. Mais on peut voir le financement des entreprises différemment, notamment avec l’investissement d’impact qui valorise autant l’impact social que le rendement financier.

Pourquoi ne pas proposer l’octroi de plus petits montants, et ainsi faire la différence dans la croissance des jeunes entreprises? Pourquoi les programmes d’aide aux jeunes entrepreneurs sont réservés aux personnes de moins de 35 ans? N’est-ce pas là une discrimination, pour les femmes notamment, qui se lancent en affaires après avoir eu des enfants? Pourquoi ne pas voir les « jeunes entrepreneurs » à la jeunesse de l’entreprise et non à l’âge de la personne qui la dirige? Pourquoi ne pas tenir compte qu’une femme en affaires n’a pas la même tolérance au risque, notamment lorsqu’elle a des enfants? Pourquoi ne pas travailler sur un horizon de 5-7 ans plutôt que de 5 ans pour l’accompagnement des entreprises fondées par des parents? Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas du capital de risque, mais du capital-patience.

On veut valoriser les femmes en affaires, soit. Mais si on exige d’elles qu’elles entreprennent comme les hommes, avec les mêmes structures de financement et pour les mêmes raisons, alors on a tout faux.

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Chroniqueuse du mois

Journaliste dans l’âme et mère curieuse de deux tannants de quatre et sept ans, Mariève Paradis est éditrice de Planète F Magazine depuis 2014. La maternité lui a fait redécouvrir la société dans laquelle elle vit, à travers le prisme de la parentalité. Récipiendaire de deux prix en journalisme, d’un diplôme d’honneur de l’Université de Montréal et d’une médaille d’argent d’éditrice indépendante de l’année 2016 aux Canadian Online Publishing Awards, elle aime réfléchir sur les enjeux de société qui jalonnent son parcours de parent.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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