Isabella Rossellini... et le sexe chez les animaux

Top-modèle puis actrice, Isabella Rossellini débarque à Montréal avec un one woman show rigolo sur… le sexe chez les animaux.

 
Photo: Andreas Rentz/Getty Images

Au bout du fil, sa voix un peu lasse donne l’impression qu’elle connaît par cœur les questions qui lui seront posées. Sur sa mère, Ingrid Bergman, muse d’Alfred Hitchcock et star de Casablanca. Sur son passé de mannequin aux 28 couvertures du Vogue. Ou, pourquoi pas, sur Madonna, avec qui elle a jadis batifolé à poil dans une piscine pour Sex, le livre scandaleux publié par la material girl.

Il fallait donc la surprendre. Première question : « Parlez-moi de Winnipeg. »

« Oh ! a-t-elle dit, désarçonnée. Ça fait longtemps que j’y suis allée. Je n’en reviens pas que des gens vivent là en hiver, il fait si froid ! » À une certaine époque, il n’était pas rare de croiser ce célèbre visage dans les transports en commun locaux. « Isabella adore prendre le métro », m’a raconté le réalisateur winnipegois Guy Maddin, responsable des fréquents séjours de l’actrice dans la capitale manitobaine. Il a réalisé en 2005 My Dad is 100 Years Old, un court métrage dans lequel Isabella rend hommage à son père, le cinéaste italien Roberto Rossellini, qu’elle adorait. « Quand j’étais enfant, je croyais que papa était enceinte. Alors je l’ai représenté par une grosse bedaine. Ma famille n’a pas apprécié mon humour », dit celle qui a signé le scénario du film.

Déjà, la première collaboration Maddin-Rossellini n’était pas banale : dans The Saddest Music in the World (2003), l’actrice incarnait une baronne cul-de-jatte ! Le Manitobain avait écrit ce rôle pour elle. « Je priais tous les soirs en me disant qu’il y avait une chance qu’elle accepte. Quand on regarde son CV, ça saute aux yeux : cette femme ose et n’a peur de rien. »

Guy Maddin pensait sans doute à Blue Velvet, le film-choc de 1986 devenu culte et signé David Lynch, l’amoureux d’Isabella du temps. Elle jouait Dorothy Vallens, une sadomasochiste. « Encore aujourd’hui, tous les journalistes me parlent de Dorothy. Moi, je n’y pense jamais. »

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Spectacle Bestiaire d’amour | Photo: Mario Del Curto

Bientôt à Montréal

Son passé ne l’intéresse pas plus que ça. Ce qui compte pour elle, c’est d’apprendre et d’avancer, de surprendre, et bien sûr de travailler. Et elle a tout cela avec Bestiaire d’amour.

Ce spectacle-conférence scientifiquement solide et sérieusement disjoncté traite de la sexualité dans le règne animal. Le titre anglais, Green Porno, est moins poétique, mais plus punché. Presque racoleur, n’est-ce pas, miss Rossellini ? « Oui, bien sûr, le mot “porno” est là pour attirer l’attention. Au début, j’avais lancé ce titre à la blague. Les gens ont trouvé ça drôle, et il est resté. Par contre, il nous a parfois nui auprès de certains commanditaires. On en a essayé d’autres, mais tout le monde réclamait Green Porno. » Elle a pouffé : « Ce titre est tellement absurde ! »

Déjà présenté de Paris à Sydney dans la langue du pays (Isabella peut expliquer comment copule la libellule en français et en anglais avec le même savoureux accent italien), ce monologue est en réalité un produit dérivé. Il est né d’une quarantaine de courts métrages éducatifs commandés en 2008 par la chaîne américaine Sundance. « J’ai commencé par quelques vidéos, sans imaginer que cela aurait un tel succès. » Budgets chiches, mais imagination riche. Il faut voir la bella sur YouTube, déambulant dans une forêt de pénis animaliers en papier et décrivant les mécanismes de la pénétration, œil coquin sans être grivois, demi-sourire espiègle en sus.

Guy Maddin dit avoir découvert une nouvelle facette de son amie. « Je la savais excellente comédienne, mais Green Porno m’a révélé qu’elle était aussi une grande comique au timing incroyable. Et n’oublions pas que c’est elle qui a écrit les textes. »

L’intérêt d’Isabella Rossellini pour la procréation des limaces, des canards et même des punaises de lit (!) n’est pas une tocade : l’actrice a entrepris une maîtrise sur le comportement animal il y a quelques années, sans savoir quand elle serait terminée. « C’est très exigeant. Je le fais par plaisir, pas pour entamer une nouvelle carrière. » Peu importe : son travail de vulgarisation a été remarqué et sera souligné par l’Université du Québec à Montréal, qui profitera de son passage ici pour lui remettre un doctorat honoris causa. « Ce sera mon premier, et j’en suis enchantée. Je vais montrer mes petits films et faire un discours. » Prédiction : il y aura foule pour l’entendre. Et la voir.

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Ingrid Bergman avec ses enfants Robertino, Isotta et Isabella | Photo: La Presse Canadienne/ 20th Century Fox Film Corp.

La belle fermière

Elle se dit surprise de cet engouement populaire et même universitaire autour de Bestiaire d’amour/Green Porno, mais, en fait, plus rien ne l’étonne. Sa vie a été jalonnée d’épisodes imprévisibles. Et sa fabuleuse carrière de top-modèle en est le plus bel exemple. Elle avait 28 ans, habitait Manhattan et ne savait quoi faire de ses 10 doigts quand la rencontre fortuite avec un photographe de mode lui a ouvert les portes d’un univers totalement étranger. « Personne ne m’a dit qu’on ne pouvait pas commencer dans ce métier à plus de 23 ans. J’avais 32 ans et beaucoup de succès la première fois qu’on m’a demandé mon âge. Mon interlocuteur est presque tombé à la renverse en l’apprenant. »

Elle embrassera le métier de sa mère par émulation, timidement. « J’avais peur de ne pas ressentir la passion dévorante qu’avaient mes parents pour le cinéma », expliquait-elle il y a 30 ans dans le magazine New York. Avec plus de 50 titres à sa filmographie, Isabella fait honneur à l’héritage familial. Et sa dernière prestation, dans Joy, sorti en décembre, lui a valu les éloges de la presse : dans un rôle secondaire, « elle vole la vedette aux stars du film, Robert De Niro et Jennifer Lawrence », selon le Wall Street Journal.

« À 63 ans, on dirait que ma carrière au cinéma connaît un second souffle. » La fille d’Ingrid ne court pas les tapis rouges – qu’elle déteste – pour rappeler qu’elle existe. L’actrice préfère de loin la vie sur sa ferme, à Long Island, avec chèvres, moutons, cochons, poulets et abeilles. « On peut trouver nos produits sur la table de 13 restaurants new-yorkais. » Et si, par hasard, l’une de ses bêtes en rut ne savait pas comment « ça marche », Isabella Rossellini saura la renseigner.

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Isabella Rossellini présente Bestiaire d’amour, un one woman show rigolo, écrit par Jean-Claude Carrière, à la Place des Arts, les 15 et 16 avril 2016.

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