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Je suis un lapin Energizer

Depuis que je suis toute petite, je me demande si le lapin de Energizer continue encore longtemps à taper sur son tambour après la fin de la publicité?

Dès mon entrée à l’école primaire, j’étais déjà furieusement productive. À 14 ans, j’ai commencé à travailler tous les week-ends au café Van Houtte pour m’acheter des « vêtements cool, t’sais comme au Château, genre »  Au Cégep, j’avais trois boulots pour payer l’université. À l’université, je devais absolument obtenir une moyenne de A pour décrocher la bourse de Maîtrise.

À la Maîtrise, je devais finir mon mémoire le plus vite possible pour chercher du travail. Voyez-vous, le marché du travail m’attendait à bras grands ouverts :  ça vaut vraiment la peine de décrocher toutes les distinctions universitaires pour travailler comme réceptionniste au centre-ville. À l’époque, aucun cégep, même en région éloignée, n’engageait de professeurs d’histoire. Parmi toutes mes tentatives, j’avais postulé sur un poste de coordonatrice dans le milieu théâtral à 20 000 $ par année. Je nourrissais de grands espoirs jusqu’à ce qu’ils me disent carrément qu’ils ne voulaient pas engager de finissants d’études supérieures.

« S’il vous plait madame, je suis surqualifiée uniquement en XVIIIe siècle. Mais je fais le meilleur café du monde : j’ai travaillé chez Van Houtte et je sais même servir le café en zone de turbulence avec mon expérience d’agent de bord.  Vous craignez que je fasse une révolution ou que je vous cite Voltaire au déjeuner? »

Je me souviendrai toujours d’une professeure d’université qui, en voyant mes gros cernes et ma mine dépitée devant ma première mauvaise note, m’a dit d’un air grave : « Tu sais ma fille, dans la vie, il ne faut pas se faire chier! » J’ai souris et c’était probablement mon premier sourire depuis le début de la session. Elle avait bien flairé que si ma machine de A+ ne produisait plus, c’est qu’il y avait un homme là-dessous. Voilà pour la première leçon de conciliation travail et amours qui dérapent. C’est probablement ce que j’aurai appris de plus utile à l’université. Travailler avec un estomac noué 101.

Comme plusieurs autres lapins Energizer, j’adore jouer du tambour et je m’éclate encore plus quand je dirige la fanfare. On dit qu’il est normal de se donner à fond en début de carrière, mais dans notre monde actuel, on recommence éternellement sa carrière. Le soleil ne se couche  jamais sur l’empire d’une multinationale, surtout quand on vous arme d’un Blackberry. Je dis armée puisque ce premier modèle venait avec une grosse attache de plastique que je portais fièrement à la ceinture. Au début, il fallait apprendre la technique pour dégainer ce gros bidule rapidement : au premier appel, j’ai eu tellement de mal à le sortir qu’il a volé à l’autre bout de la pièce. Heureusement, ces machines semblaient fabriquées chez Fisher Price, les modèles suivants ne me résistaient pas aussi longtemps. (pour de bon vieux souvenirs de Blackberry)

Mais revenons à quelques grands principes de workaholiques anonymes :
Si vous êtes encore au bureau quand le concierge passe faire le ménage ou pire quand les lumières se ferment automatiquement,
Si vous répondez à des courriels non urgents à onze heures du soir,
Si vous continuez à travailler pendant votre sommeil,
Si vous mettez votre crème de nuit le matin en pensant que c’est le soir,
Si vous suivez la pancarte sortie dans le stationnement le matin plutôt que de vous chercher une place….
Il est peut-être temps de réglementer votre usine de production polluante.

Ah! mais quand on a une tendance excessive, on travaille, on joue et on aime aussi très fort. Je lève mon verre à tous les zélés Energizer ou Duracell qui sont parfois victimes de leur capacité de performance trop prolongée.

Je vous laisse sur la chanson « Excessive » de la superbe, mais néanmoins mal accompagnée, Carla Bruni.