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Nos sinistres intérieurs

Cette semaine, pas de vidéos de petits chats ni autres artéfacts de notre monde insolite. Parlons plutôt de cette lourdeur, celle qui attaque sournoisement, celle qui nous coupe le souffle, qui nous cloue au lit.

Lundi dernier, Karine Champagne, journaliste réputée, triathlète, auteure et maman, a publié un billet touchant sur la dépression qu’elle combat depuis quelques mois. Son attitude face à cette maladie, qui touche en moyenne une femme sur cinq, est un bel exemple à suivre. Lisez son billet,  partagez-le et gardez-le aussi accessible que votre lampe de poche.

Dépression sujet encore tabou ? Je ne sais pas. Je ne l’ai pas senti. Et ça ne m’a pas dérangé. J’ai accepté mon obstacle.
Karine Champagne

Entre deux catastrophes environnementales, Karine m’a rappelé la nécessité de prévention de nos sinistres intérieurs. J’ai fait une dépression à 22 ans. Je marchais vers chez moi et je me suis arrêtée à bout de souffle. J’étais mal, un mal indéfinissable qui partait du plexus solaire pour se propager rapidement dans tous les pores de ma peau. Première crise d’angoisse. L’impression que je ne peux plus avancer. Cette nuit-là, je n’ai pas dormi, ni la suivante, ni les autres, jusqu’à ce que je devienne une loque, incapable de regarder la télévision. J’étais à l’université, j’avais un chum, des parents et des amis qui m’ont tendu la main. Sans ces filets humains et les médicaments, je ne sais pas comment j’aurais remonté à la surface.

Plus de dix ans plus tard, je me sens privilégiée d’avoir appris mes limites à l’université. C’était la leçon la plus utile de toute ma vie. Le souvenir de ces longs mois ressemble à une plongée en apnée dans mon cerveau. Je me souviens d’avoir demandé au médecin, par une phrase ponctuée de pleurs de petite fille: « Est-ce que ça veut dire que je suis une personne dépressive? Est-ce que cet enfer sera mon quotidien? » Oui, c’est le quotidien de certaines personnes, mais pas le mien. Je n’ai plus jamais ressenti ce mal à nouveau.

De nature intense et très exigeante envers moi-même, il m’est arrivé d’oublier mes leçons d’université et de brûler la chandelle par les deux bouts. Même si je reconnais assez bien les signes alertes, je ne suis pas à l’abri d’une nouvelle chute, personne ne l’est.

Depuis, j’ai vu des amies sombrer et remonter. J’en ai aussi vu plusieurs marcher à quelques centimètres du précipice. Dans les conversations des soupers de filles, j’ai souvent entendu : « Je pense que je suis sur le bord de la dépression. »

Que vous ayez des histoires légères ou plus lourdes à raconter, je vous rappelle que vous pouvez nous soumettre vos témoignages sur le Courrier du coeur

Bon week-end à tous!
ML