Entrevues

Maman au boulot: Nadine Jazouli

Propriétaire de l’atelier Prune les fleurs, à Montréal, Nadine Jazouli a 35 ans et est la maman d’un garçon de 5 ans et de jumeaux de 2 ans.

Nadine Jazouli

Photo: Louise Savoie

Ce que je fais dans la vie

En mars dernier, j’ai ouvert un comptoir de fleurs à la boutique Must Société dans Griffintown. Mes arrangements ne sont pas traditionnels : je mise sur le déstructuré, le naturel, l’opulence.

Pourquoi je fais ce métier

Faire des bouquets était un loisir. Mais, en début d’année, j’ai démissionné du milieu de la pub. Plus capable des horaires de fou, d’être prisonnière d’une tour de bureaux… alors j’ai opéré un virage. J’adore travailler avec du vivant, du concret. Les fleurs, c’est du réconfort.

La maternité, ça m’apprend…

Que ça n’existe pas, une mère parfaite ! Je ne suis pas à la hauteur des attentes que je m’étais fixées. De toute façon, elles étaient ridicules, ces attentes. Je fais ce que je peux. Oui, mes garçons mangent souvent la même chose pour souper ! Des pâtes, amenez-en. Mais j’essaie de faire en sorte que personne ne manque de rien et d’être heureuse à travers tout ça.

Les qualités que ça exige

J’ai du mal à me dire « fleuriste » parce que je n’ai pas de formation. Je suis une autodidacte… C’est très physique, d’abord. On ne réalise pas à quel point. Ça prend de la créativité et il faut aimer servir les gens.

Mon style

Simple, classique, féminin, confortable. Je ne suis pas les modes. Très jean, t-shirt et ballerines. J’adore la marque COS, pour les lignes droites… Après trois enfants, dont des jumeaux, c’est plus flatteur. [Rires] Et je suis fan de Zara.

Je lâche mon fou…

Grâce à la boxe. Un soir par semaine, mon chum et moi allons nous entraîner sur le ring. C’est tellement énergisant ! Le jogging m’aide aussi. Je vais courir mon premier marathon cette année. Pour une fille qui rechigne à faire des efforts physiques, c’est tout un exploit… C’est beaucoup mon conjoint qui me donne des coups de pied au derrière, mais subtilement !

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J’ai renoncé…

Au sommeil ! [Rires] Ça ne fait pas longtemps que les garçons font leurs nuits… Aussi, j’ai dit adieu aux manucures. Aujourd’hui, j’ai des mains d’artisan tachées, qui se dessèchent et qui se fendillent. Enfin, j’ai cessé de m’acheter des robes sur l’heure du lunch pour tromper l’ennui… Plus on a d’argent, plus on le dépense. Je me concentre désormais sur l’essentiel.

Je me suis fait le cadeau…

De la liberté. Depuis que je suis à mon compte, j’ai plus de temps pour m’occuper de mes fils, de mon chum, de ma mère, nouvellement veuve. C’est ce qui m’importe le plus.

Mon conseil aux femmes

Ne vivez pas dans le regard des autres. Si j’ai mis tant de temps à ouvrir mon atelier alors que les fleurs étaient ma passion, c’est entre autres parce que je m’inquiétais de ce qu’on allait penser d’une fille qui abandonne son poste de gestionnaire. Moi, la « femme de carrière »…

Mon rituel beauté

Crème, anticernes de Clinique, blush, mascara… Et fond de teint depuis un an ou deux. Parce que je vieillis et que je trouve que je fais de plus en plus dur le matin ! [Rires] À part ça,  je me raidis les cheveux tous les deux jours. J’ai des frisettes qui ne s’assument pas.

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Je ne sors pas sans…

Ma bague en argent faite d’anneaux, achetée chez Argent Tonic quand j’avais 20 ans. C’était la grosse affaire à l’époque, je l’avais payée 80 $. Je ne m’en sépare jamais. Aussi, depuis que mon père est mort, je porte sa montre. Une Timex sans grande valeur qu’il avait trouvée quelque part.

Je ne regrette pas…

Mes nombreux détours. Ni mon bac en droit, terminé pour plaire à mon père qui était avocat, ni mes 13 années en publicité. Ça a forgé ce que je suis, et puis tout me sert au bout du compte.

Nadine Jazouli

Photo: Louise Savoie

Je suis fière…

De ma capacité à travailler et de mon dévouement dans mes relations personnelles. J’ai toujours été fiable. Je fais ce que j’ai dit que je ferais.

Une leçon que j’ai apprise

J’ai eu une relation difficile avec mon père. L’an passé, je l’ai accompagné dans la maladie, jusqu’à son dernier souffle. J’ai compris à ce moment que peu importe les conflits qu’on a avec les gens, c’est souvent secondaire. Ça ne change rien à l’amour. Depuis qu’il n’est plus là, je découvre ce qu’il représentait pour moi.

La clé de mon équilibre…

C’est d’abord mon chum, hyper impliqué au quotidien. Puis le réseau sur lequel je m’appuie. Une partie de ma belle-famille habite à deux pas de notre triplex, dans Hochelaga-Maisonneuve. On leur confie régulièrement les enfants. C’est très précieux.

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J’ai de la difficulté à…

Mettre mes limites. Vraiment. C’est un peu l’envers de mes qualités. Je veux plaire aux autres, que tout le monde soit content… Dans ma tête, on dirait que ce n’est jamais assez, que je pourrais donner encore plus. J’aimerais apprendre à m’accorder de l’importance. De toute façon, on ne peut pas satisfaire tout le monde.

Ce qui me révolte

Les heures de travail exigées par certains employeurs. Et il faut les faire au bureau en plus ! Puis être joignable les soirs et les week-ends. Ça n’a pas de sens ; il va falloir qu’ils s’adaptent, qu’ils soient plus souples. Bien des gens de ma génération ne veulent rien savoir de ce modèle. C’est trop lourd.

Je rêve…

D’habiter quelques années en Europe avec les enfants. Pour leur montrer qu’il y a d’autres manières de vivre que les nôtres, pour nous défaire de notre petit confort.

Une personne qui m’inspire

Ma mère. Encore plus depuis que je suis mère moi-même. Je me vois aller au quotidien : je suis elle ! Notamment dans ma façon d’être attentive aux autres. C’est également elle qui m’a ouverte à l’univers des fleurs. À leur beauté.

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